L'intersection entre la "race" et la "maladie mentale"

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L'intersection entre la "race" et la "maladie mentale"

Par MIA Correspondent (21/01/13)

Les mots "race" et "maladie mentale" apparaissent ici entre guillemets parce que je considère ces mots comme étant des idées formalisées qui ont été utilisées pour imposer des valeurs particulières à des attributs physiques et comportementaux variés issus de diverses espèces. Ces idées, de "race" et de "maladie mentale", ont conduit à la maltraitance et à l'exploitation de certaines populations pour le bénéfice économique et culturel de certaines autres.

L'Histoire de la psychiatrie et l'Histoire du racisme sont étroitement connectées. De fait, on pourrait dire que la pratique de la psychiatrie biomédicale et le racisme reposent sur le même phénomène très basique d'oppression, qui se produit lorsqu'une institution formelle s'arroge le droit d'imposer de l'extérieur des définitions de valeurs à la personnalité et au potentiel d'un autre être humain-e.

Aucune construction culturelle n'existe isolement d'autres idées et les faits montrent que la "maladie mentale" s'applique à certains groupes différemment qu'elle ne s'applique à d'autres. Par exemple, il y a une indication statistique de connexion entre le fait d'être afro-américain-e et le taux de schizophrénie. Est-ce que cela signifie qu'être noir-e rend quelqu'un plus susceptible d'être "malade mental-e" ? Non. Cela signifie que la race de quelqu'un-e influe sur la probabilité qu'un diagnostic de schizophrénie ne soit posé. De fait, les afro-américain-e-s sont deux à quatre fois plus susceptibles d'être diagnostiqué-e-s comme souffrant de schizophrénie que les personnes blanches, dans un milieu hospitalier.

Les raisons de cette disparité de taux de diagnostics sont enracinées dans les dynamiques complexes de racisme institutionnel et d'incompétence culturelle. Et non seulement le diagnostic est influencé par des biais de race, mais l'expérience de la "maladie mentale" d'une personne est aussi influencée par la race. Dès le milieu des années 90, on a observé que les afro-américain-e-s étaient moins susceptibles de recevoir des services en consultations externes volontaires et que les afro-américain-e-s qui ont un diagnostic psychiatrique sont plus susceptibles d'être incarcéré-e-s.

Beaucoup de gens sont familier-e-s du phénomène tragique de profilage racial, dans lequel des gens sont perçu-e-s comme intrinsèquement criminel-le-s (ou inversement, intrinsèquement innocent-e-s) en raison de leurs attributs raciaux perçus. Le contenu de la personnalité de quelqu'un est présumé sur la base de la race. Un processus similaire de présupposés extérieurs a lieu dans le profilage psychiatrique, dans lequel une personne est perçue (en raison de sa communication, son apparence, ou d'un diagnostic précédent) comme souffrant de "maladie mentale" et, en partant de ce présupposé, est ensuite perçue de façons non représentative de sa condition réelle, ce qui lui fait courir le risque d'une intervention psychiatrique non consentie.

Tant dans la stigmatisation et la maltraitance fondées sur le racisme que celles fondées sur la santé mentale, la perspective imposée de l 'extérieur est considérée comme ayant une plus grande validité que l'auto-définition, et les traitements prescrits ont priorité sur l'autodétermination d'un-e individu-e. Comme dans le racisme, si la personne que l'on discrimine psychiatriquement pose des questions, résiste, ou conteste la discrimination et la maltraitance, elle est susceptible d'être encore plus discriminée ou punie pour son manque de soumission [NDT : en anglais « compliance »].

Beaucoup des lois sur les soins ambulatoires élargis qui sont actuellement envisagées et appliquées sont faites pour permettre à des systèmes formels de rendre des traitements obligatoires en dépouillant les individu-e-s de leur droit à refuser un traitement. La contrainte et la coercition dans les systèmes psychiatriques et de santé mentale sont utilisées pour faire appliquer des définitions externes et reléguer un individu-e à une moindre capacité humaine de la même manière que la construction de la race était (et est) utilisée pour largement refuser à des gens leur droits humain-e-s.

Alors que les discriminations fondées sur la race diffèrent des discriminations psychiatriques par la manière unique avec lesquelles elles affectent la vie des gens et leur identité, il existe un élément universel à toutes les expériences d'oppressions. Cet élément existe au cœur du conflit de l'humanité entre qui nous sommes et qui on nous dit que nous sommes, qui on fait de nous. Les systèmes d'exploitations ont la capacité de nous opprimer tou-te-s en créant un monde qui réduit l'humanité à la valeur placée sur des attributs perçus et qui construit la santé mentale comme étant la capacité de quelqu'un-e à se conformer à des attentes normatives en matière d'expériences, d'expressions, d'intérêts et de comportements.

Il est vital que nous considérions comment, dans le contexte de nos vies individuelles et communautaires, nous sommes collectivement affecté-e-s par l'injustice systémique et de quelle manière la conscience de l'imbrication des oppressions pourrait nous faire réaliser que nous sommes tou-te-s, d'une façon ou d'une autre, maltraité-e-s par des systèmes de profits et de pouvoir qui ont confisqué nos droits à définir nous-mêmes nos meilleurs significations et devenirs possibles.

Vous êtes invité-e-s à partager des liens et des idées concernant l'intersection entre la "race" et la "maladie mentale" dans la section commentaire ci-dessous. Il existe de nombreux groupes et individu-e-s consciencieux-ses qui travaillent à défendre les droits humains des individu-e-s affecté-e-s par les biais et les oppressions systémiques. S'il vous plaît, partagez vos prises de conscience !

[NDT : à notre connaissance aucun des documents de références cités ci-dessous n'a encore été traduit en français.]

Barnes, Arnold. (2004). Race, Schizophrenia, and Admission to State Psychiatric Hospitals. Administration and Policy in Mental Health and Mental Health Services Research. 31:3, pp 241-252. http://link.springer.com/article/10.1023/B%3AAPIH.0000018832.73673.54

Jefferson, Cord. Commentary: An Explanation for Increased Black Schizophrenia: It's African-American Mental Health Awareness Week and a new study says Black schizophrenia is overhyped. BET, Health. 02/14/2012. http://www.bet.com/news/health/2012/02/14/commentary-an-explanation-for-increased-black-schizophrenia.html

Lane, Christopher. 05/ 05/2010. How Schizophrenia Became a Black Disease: An Interview with Jonathan Metzl. Psychology Today: Side Effects. http://www.psychologytoday.com/blog/side-effects/201005/how-schizophrenia-became-black-disease-interview-jonathan-metzl

Grekin, P., Jemelka, R. & Trupin, E. (1994) Racial Differences in the Criminalization of the Mentally Ill. Bulletin of the American Academy of Psychiatry and the Law. 22:3. http://www.jaapl.org/content/22/3/411.full.pdf

 

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Source : www.madinamerica.com

Traduction de l'anglais. Cette traduction est participative, toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.

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Publié dans Approches antiracistes

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