Dernière nouvelle! La cause de la schizophrénie a enfin été découverte!(?)

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Dernière nouvelle! La cause de la schizophrénie a enfin été découverte!(?)

Noël Hunter (03/02/16)

Le 27 janvier 2016, une étude1, publiée en ligne dans la prestigieuse revue Nature brandissait la possibilité de découvrir les origines génétiques potentielles d'une «maladie» appelée «schizophrénie» (voir la note en bas de page). Par la suite, les gros titres ont relayé à travers le monde des déclarations exaltées sur la dernière percée de la recherche psychiatrique. Voici un petit échantillon de ce que les grands médias ont alors prétendu:

«Une nouvelle étude aide à expliquer la cause de la schizophrénie» - CNN

«Des chercheurs disent n'avoir jamais été aussi proches de découvrir l'explication scientifique de la schizophrénie» - The New York Times

«Des scientifiques ouvrent la «boîte noire» de la schizophrénie et font des découvertes génétiques dramatiques» - The Washington Post

«Une étude génétique permet la toute première compréhension des origines biologiques de la schizophrénie» The Broad Institute of MIT and Harvard

«Une percée scientifique concernant la schizophrénie révèle un lien avec des modifications cérébrales» The Guardian

Manifestement, des découvertes incroyables ont dû émerger de cette étude révolutionnaire! Ces phrases-chocs ont certainement conduit une très large population à le croire. Le problème, c'est que cette étude n'a rien d’approfondi et de fait, il s'agit même d'une des études les moins approfondies ayant vu le jour ces dernières années au sujet de la «schizophrénie». Les informations qui ont été diffusées au public à travers le monde, sans doute avec l'appui des biais rhétoriques que l'on trouve dans les communiqués de presse et les gros titres, sont faussées, elles soutiennent des affirmations exagérées fondées sur des conclusions réductrices et ignorent l'accumulation de données solides qui rendent caduque le modèle de la "maladie mentale" comme maladie génétique ainsi que la compréhension catégorielle des expériences regroupées sous le terme générique de «schizophrénie».

Tandis que ces articles de presse traitent de la «dramatique» «toute première compréhension» et du fait présumé que les scientifiques n'auraient pas la moindre idée de ce qui cause la «schizophrénie», les preuves accumulées indiquant un lien quasi irréfutable entre une enfance difficile et la plupart des expériences étiquetées comme psychotiques sont complètement ignorées. Et ce en dépit du fait que ces enfances difficiles pourraient réellement permettre d'expliquer les «découvertes» biologiques mises en avant. En outre, la plupart des corrélats biologiques associés à la catégorie de la schizophrénie sont aussi trouvés chez des personnes qui ne sont pas diagnostiquées comme telles, indépendamment du fait que ces personnes répondent aux critères d'un autre trouble ou d'aucun et ils sont plus généralement associés au stress chronique et au traumatisme qu'à n'importe quel autre processus pathologique. Comment est-il possible que cette étude «révolutionnaire» devienne virale dans le monde entier sans aucune prise en compte du contexte ou de la vaste documentation générale expliquant les voies causales qui aboutissent à la «schizophrénie»? En quoi cette étude s'intègre-t-elle en réalité à de plus vastes bases de recherches?

Quels sont les résultats de l'étude?

Les associations génétiques avec la "schizophrénie"

Le postulat qui a conduit les auteur·ices à mener cette étude était fondé sur une association précédemment trouvée entre la variation des gènes du locus du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH) et un diagnostic de schizophrénie à l’échelle de la population. Qu'est-ce que cela signifie simplement? Cela signifie qu'il existait une très petite probabilité statistique que des variations de gènes associés au système immunitaire soient plus prévalentes dans un groupe déterminé de personnes correspondant à la catégorie nommée schizophrénie comparé à un autre groupe non diagnostiqué comme tel. Dans la présente étude, Sekar et al. ont découvert, plus spécifiquement, qu'une partie de cette association s'expliquait par une augmentation de l'expression de la protéine C4. Cette protéine est impliquée chez les êtres humain·es dans un processus appelé l’élagage synaptique. Comme indiqué dans l'article du New York Times, une augmentation de la protéine C4 est estimée être associée à 0,25% d'augmentation du risque de correspondre aux critères diagnostiques de la schizophrénie chez la population général.

Les synapses réduites et l’élagage comme possibles mécanismes causals de la schizophrénie

La théorie selon laquelle l'élagage synaptique pourrait être défectueux chez les individus diagnostiqué·es schizophrènes et que cela pourrait donc expliquer pourquoi le phénomène a tendance à émerger à la fin de l'adolescence fut soutenue pour la première fois il y a plus de 30 ans par Feinberg2. L'élagage synaptique fait référence à un processus qui se produit tôt dans l'enfance (aux alentours de deux à quatre ans) et de nouveau à la fin de l'adolescence (aux alentours de 15 à 18 ans) au cours duquel des synapses neuronales «excessives», ou connexions sont éliminées du cerveau. Il existe certaines preuves montrant que les individus diagnostiqué·es schizophrènes tendent à avoir des connexions neuronales réduites dans le cerveau. L'hypothèse de Feinberg affirme que cela pourrait être expliqué par un processus défectueux se produisant pendant cet élagage synaptique dans l'adolescence et qui serait probablement d'origine génétique.

En raison du manque de preuves à l'époque, cette hypothèse a été très largement ignorée, jusqu'à ce qu'elle soit reexaminée3 10 ans plus tard durant la «décennie du cerveau». On pensait qu'un processus errant d'élagage synaptique pouvait sous-tendre la schizophrénie, au cours duquel une élimination excessive de connexions neuronales a lieu, particulièrement dans le cortex préfrontal. Cela signifie qu'il y a moins d'activité dans cette région du cerveau associée à la prise de décisions, à la résolution de problèmes, à la pensée rationnelle et à l'attention. Il a été assez fréquemment montré que le cortex préfrontal avait une activité en baisse et des connexions neuronales en baisse chez les individus qui connaissent ce qu'on appelle des phénomènes psychotiques.

L'hypothèse de Feinberg d'un élagage synaptique excessif émergeant d'un quelconque processus pathologique est toujours une hypothèse non démontrée, mais s'appuie indirectement sur les preuves qui démontrent la mort des connexions et activités dans le cortex préfrontal de certain·es individus diagnostiqué·es schizophrènes. L'étude de Sekar et al. était basée sur la tentative d'expliquer comment, si cette hypothèse s'avérait vraie, le processus pouvait être expliqué. L'étude ne prouve pas cette hypothèse ni ne développe cette hypothèse; elle a simplement produit quelques données concernant la façon dont ce processus pourrait être expliqué à un niveau biologique, si cette hypothèse s'avérait effectivement vraie. L'étude n'a pas non plus «aider à expliquer la cause de la schizophrénie» comme le prétend CNN, elle fournit simplement quelques preuves potentielles d'une corrélation se produisant chez un petit nombre de personnes diagnostiquées schizophrènes et qui pourrait sous-tendre un hypothétique processus qui pourrait exister chez quelques individus diagnostiqué·es schizophrènes. En quoi s'agit-il d'un scoop «dramatique»?

Une vision plus globale

À première vue, s'il s'avère qu'il existe effectivement un plus grand nombre de protéines C4 et de variations des gènes dans le locus CMH chez certain·es individus diagnostiqué·es schizophrènes comparé à la population générale et que cela démontre un hypothétique processus d'élagage excessif ayant lieu à l’adolescence, alors qu'est-ce qui pourrait réellement être en train de se passer? Rappelez-vous, cette étude (et la plupart des autres études similaires) a découvert un corrélat biologique associé à un petit nombre d'individus qui correspondent à la catégorie spécifique que l'on nomme schizophrénie. Ceci ne signifie pas nécessairement qu'il existe une relation causale associée ni qu'un véritable processus pathologique soit en train d'avoir lieu. Tandis que j'écris ce texte, mon cerveau manifeste de nombreux corrélats biologiques en activité, y compris une augmentation du stress. Alors que vous lisez ces lignes, votre cerveau manifeste un corrélat tout à fait différent qui peut ou non être également associé à une réaction de stress. Le simple fait qu'il y ait une différence dans la biologie du cerveau et le simple fait qu'il y ait une réaction de stress associée ne signifie pas qu'une maladie est à l’œuvre ni ne prouve que l'un·e d'entre nous a une «maladie mentale».

Si l'on examine l'ensemble de la documentation scientifique, il est clair qu'il existe certains corrélats biologiques associés au diagnostic de schizophrénie à l'échelle du groupe. Mais, cela ne nous dit pas grand-chose, si ce n'est que le cerveau et le corps manifestent une physiologie différente comparée à celles des personnes qui ne sont pas dans une souffrance aussi extrême. Il fallait s'y attendre. Cependant, ces associations sont également évidentes dans d'autres catégories diagnostiques majeures définies par le DSM, y compris le trouble de stress post-traumatique. La plupart des problèmes catégorisés comme des maladies mentales émergent aussi pendant l'adolescence et il a été suggéré que l'élagage synaptique serait l'une des principales causes de ce phénomène, quelle que soit la catégorie diagnostique6. En d'autres termes, il semblerait que ce que nous observons soit en fait des réponses physiologiques et neurologiques à des expériences de vie difficiles corrélées à des manifestations variables de détresse, de souffrances émotionnelles et de comportements socialement inacceptables.

En quoi tout cela à avoir avec l'étude de Sekar et al.?

Le système immunitaire

Le système immunitaire, l'inflammation et la schizophrénie

Rappelons que les variations génétiques qui ont été découvertes dans cette étude et dans les études précédentes comme étant précisément associées à la schizophrénie sont aussi les gènes associés au système immunitaire. Les protéines C4, celles dont le taux était plus haut chez les personnes atteintes de «schizophrénie» dans l'étude de Sekar et al., fonctionnent au sein du système immunitaire en partie en répondant par l'inflammation dans le but de protéger le corps. En général, quand le système immunitaire répond à une blessure ou une infection perçue, il en résulte l'inflammation. Les anormalités dans les protéines C4 sont associées à de nombreuses maladies auto-immunes, comme le lupus, les maladies rénales et même les maladies du foie liées à l'alcoolisme (d'ailleurs, que je sache, il n'a pas été tenu compte de la confusion potentielle avec l'alcoolisme).

Fait intéressant, une réponse immunitaire déséquilibrée et un léger processus inflammatoire du système nerveux central ont été associés aux personnes diagnostiquées schizophrènes4. En raison de la découverte d'un taux d'activité des cellules immunitaires plus élevé que la normale dans le cerveau des personnes diagnostiquées schizophrènes ou considérées à risque, il a été suggéré que des traitements précoces anti-inflammatoires pourraient se révéler être une intervention thérapeutique extrêmement utile5. Ainsi, l'idée que le système immunitaire pourrait être défectueux chez certaines personnes diagnostiquées schizophrènes n'est pas surprenante. Il n'est pas non plus surprenant que des gènes associés avec le système immunitaire puissent manifester certaines variations chez les personnes diagnostiquées schizophrènes. Cependant, cela ne signifie pas que les anormalités des protéines C4 ou des réponses inflammatoires causent une maladie appelée schizophrénie. Il se pourrait que certaines personnes faisant l'expérience d'une réaction psychotique souffrent des résultats directs d'une réaction auto-immune qui touche la structure neuronale du cerveau. C'est le cas pour l'encéphalite. Bien sûr, nous appelons cette maladie de l'inflammation du cerveau encéphalite et non pas schizophrénie. Il est admis qu'il s'agit d'au moins deux problèmes entièrement différents.

Il est aussi entièrement possible (et cela n'est même pas envisagé dans ces études) que des comportements et des expériences associés avec le diagnostic de schizophrénie soient interconnectés avec une réponse immunitaire résultant entièrement, ou partiellement, d'une autre source. En effet, l'augmentation du taux de protéines génétiques C4 et d'autres variations trouvées pourrait être entièrement le résultat d'une crise émotionnelle plutôt que la cause. Les gènes ne sont pas les déterminants de la plupart des comportements ou expériences humain·es. Les gènes sont affectés par l’environnement et peuvent être «activés» par des événements au sein de l’environnement, comme la pollution, les virus, le traumatisme psychologique et d'autres expériences acquises. L'affirmation de Sekar et al. selon laquelle la «schizophrénie est une maladie cérébrale héréditaire» est une déclaration rhétorique qui n'a pas été prouvée et il existe de nombreuses réfutations des études sur lesquelles ces assertions sont fondées7,8. Ceci est un point important à noter, parce que les variations génétiques n'équivalent PAS à une maladie génétique (ou héréditaire). De plus, les différences au niveau du cerveau n'équivalent PAS à une maladie cérébrale. Des variations génétiques et cérébrales peuvent facilement découler d'événements environnementaux; cependant, dans un premier temps, il est nécessaire de mettre de côté l'hypothèse selon laquelle la schizophrénie est une maladie génétique et d'examiner les preuves dans leur ensemble.

Le système immunitaire, le traumatisme, et les problèmes auto-immuns

Lorsque le système immunitaire devient défectueux, particulièrement avec le temps qui passe, des lésions des tissus peuvent survenir. Des maladies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde, sont effectivement des maladies inflammatoires qui se produisent lorsqu'un organe, un tissu, ou un système interne est endommagé par la réponse immunitaire. La protéine C réactive (CRP) est un biomarqueur de l'inflammation également impliqué dans la régulation du système complémentaire9, qui inclut la protéine C4 mesurée par Sekal et al. En 2007, Danese et al.10 ont publié une étude démontrant que les difficultés survenues dans l'enfance étaient associées à une augmentation des nivaux de CRP chez des adultes 20 ans après l'apparition du traumatisme. En fait, le traumatisme durant l'enfance s'est avéré être indépendamment associé à des maladies auto-immunes (y compris la polyarthrite rhumatoïde11 et le syndrome de fatigue chronique12) survenant plus tard dans la vie, en partie à travers le processus de réponses inflammatoires et neuroendocriniennes.

Il pourrait être utile de tenir compte des résultats de Sekar et al. dans la compréhension de certaines formes de psychoses comme étant le résultat d'une maladie auto-immune issue de traumatismes durant l'enfance. Les relations entre les difficultés traversées dans l'enfance et la «schizophrénie», ainsi que les problèmes dus au fait d'ignorer ces relations seront discutés d'ici peu, mais ce qu'il faut souligner ici, c'est que de telles possibilités n'ont même pas été soulevées. Au contraire, il a été question de la possibilité que la «schizophrénie» soit une maladie auto-immune causée par des anormalités génétiques, malgré le fait que TOUTES les personnes diagnostiquées comme souffrant de ce trouble ne démontrent pas de réponses inflammatoires, que TOUTES ne démontrent pas de différences physiologiques prédictibles quelles qu'elles soient et que la génétique (ou plus exactement, l'épigénétique) pourrait simplement être un facteur de médiation tandis que quelque chose dans l'environnement (c.-à-d. des difficultés survenues dans l'enfance) pourrait effectivement en être la cause.

L'élagage synaptique

L'élagage synaptique, comme indiqué précédemment, est un processus normal qui se produit chez tou·tes les êtres humain·es durant deux différentes périodes de la vie: la petite enfance et l'adolescence. Il existe une large variation dans le taux d'élagage qui se produit, particulièrement selon les genres6. Le processus consiste essentiellement dans l'élimination des connexions du cerveau qui sont redondantes où inutilisées. Ainsi, si une personne est isolée, déprimée et négligée par les autres, des zones du cerveau associées à l'empathie, à la socialisation et au fonctionnement exécutif sont susceptibles d'être éliminées. Bien que le déterminisme génétique joue sûrement un certain rôle dans la sélection des synapses à éliminer, cela n'a pas été prouvé et l’environnement ainsi que le style de vie d'une personne semblent être des facteurs bien plus sûrs dans ce domaine.

L'hypothèse de Feinberg, qui constitue la base sur laquelle sont fondées l'étude de Sekar et al. et leurs conclusions, soutient que la «schizophrénie» serait le résultat d'un excès d'élagage synaptique dans le cortex préfrontal. Pourtant, il a été découvert que le stress et le traumatisme, surtout lorsqu'ils sont vécus durant l'adolescence, peuvent provoquer une baisse de la densité synaptique du cortex préfrontal et que ces changements peuvent persister durant l'âge adulte13. En d'autres termes, on ne peut pas différencier si la baisse synaptique dans le cortex préfrontal est le résultat de traumatismes et de difficultés survenues dans l'enfance ou celui d'un hypothétique processus pathologique appelé «schizophrénie».

Le traumatisme et la psychose

Récemment, une autre étude a été publiée au sujet de la «schizophrénie», qui n'a pas connu le même succès médiatique, mais certaines personnes (moi en l'occurrence) considèrent qu'elle l'aurait mérité. Anjnakina et al.14 se sont appuyé·es sur plusieurs autres études récentes pour démontrer la spécificité des liens entre les difficultés survenues dans l'enfance et les expériences psychotiques à l'âge adulte. Une corrélation robuste a été découverte entre les difficultés survenues dans l'enfance, plus particulièrement les abus sexuels durant l'enfance et les délires ainsi que les hallucinations. Dans une précédente étude, Bentall et al.15 ont découvert que le harcèlement scolaire avait une relation spécifique avec la paranoïa. Peut-être plus important encore pour l'étude de Sekar et al., il a été découvert que le fait d'être pris·e en charge par l'état (c.-à-d. foyers d'accueils, justice pour mineurs) durant l'enfance a été directement et solidement associé avec une dimension «excitée» des psychoses, caractérisée par l'hostilité, le manque de contrôle de l’impulsivité et le manque de coopération. Cela vient s'ajouter aux précédentes recherches démontrant que les enfants qui ont subi des abus dont ont été informés les services sociaux sont davantage susceptibles de se comporter de façon antisociale et impulsive16. Ces traits sont souvent associés à une baisse de l'activité dans le cortex préfrontal.

Sur un ton bien différent d'une affirmation telle que: «la schizophrénie est une maladie cérébrale destructrice et héréditaire», Anjnakina et al. indiquent au sommet de leur article que «la relation entre les difficultés survenues durant l'enfance et le trouble psychotique est bien documentée». En effet, voilà qui est vrai. Je n'ai pas la place ici pour rendre justice à la large quantité de publications, mais je vais fournir quelques références essentielles. Read et al.17 ont conclu en 2005 que l'abus durant l'enfance était un facteur causal de la «schizophrénie». Read et al.18, après avoir identifié des similarités dans les cerveaux des enfants traumatisé·es et des adultes diagnostiqué·es schizophrènes, ont démontré les voies neuro-développementales à travers lesquelles des difficultés survenues durant l'enfance pourraient causer la psychose. En 2004, Janssen et al.19 ont établi une forte relation dose-réponse entre l'abus durant l'enfance et la psychose après avoir suivi 4045 personnes parmi la population générale pendant deux ans. Bentall et al.15 ont aussi trouvé une relation dose-réponse entre l'abus durant l'enfance et la psychose (qui signifie que plus les expériences difficiles étaient nombreuses et/ou sévères, plus le risque était élevé), dans laquelle celles et ceux qui avaient vécu des abus très sévères durant l'enfance avaient 48.4 fois plus de chance de développer une psychose à l'âge adulte. Lorsque la spécificité ainsi que les relations dose-réponse sont démontrées, une relation causale est fortement probable. De fait, Bentall et al.15 affirment que «vivre de multiples traumatismes semble causer un risque de développer une psychose approximativement similaire à celui de développer un cancer des poumons lorsque l'on fume.» Enfin, le mois de la sortie de l'étude de Sekar et al. (Janvier 2016), est aussi sorti une cohorte d'études nationales en provenance du Danemark et de la Suède20 qui ont démontré que l'expérience de la mort d'un·e parent·e au premier degré avant 18 ans, surtout des suites d'un suicide ou d'un accident, causait une augmentation de 39% du risque d'être diagnostiqué·e schizophrène.

Pourtant, les médias annoncent à grandes pompes la "dramatique" découverte d'une variante génétique qui est à l'origine d'une augmentation estimée à 0,25 du risque de «schizophrénie»? Comment cela est-il possible? Je peux imaginer bien des raisons à cela, comme les intérêts corporatifs et commerciaux et les ressources financières qui vont avec, mais en fin de compte personne n'aime entendre parler des problèmes qui existent dans le monde. Malheureusement, il en résulte que celles et ceux qui ont la malchance de vivre l'oppression, l'isolation sociale, la pauvreté, l’institutionnalisation et/ou la maltraitance durant l'enfance s'aperçoivent que lorsqu'iels demandent de l'aide, leurs expériences traumatiques sont vidées de leur sens, leurs réactions au traumatisme sont réduites à une «maladie cérébrale» probablement issue de gènes défectueux et que «l'aide» qui leur est apportée consiste à leur faire subir davantage de traumatismes et d'isolement et à leur promettre une vie meilleure au moyen de comprimés. À l'heure actuelle, ceci est injustifiable.

Pour résumer

Il semblerait, après lecture, que l'étude de Sekar et al. nous ait bel et bien fourni certaines découvertes utiles dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques qui sous-tendent l'expérience psychotique chez certaines personnes. On peut l'affirmer, tant qu'il est question d'intérêt académique. L'inflammation est à l'origine de la plupart des maladies modernes et les modifications de régimes alimentaires, l'exercice, ainsi que la psychothérapie se sont avérés extrêmement utiles pour traiter de telles conditions. Il s'agit d'un pas positif dans la prise en compte des effets bénéfiques des changements anti-inflammatoires dans le régime alimentaire et le style de vie.

Cependant, les conclusions et les recommandations en matière de possibles réponses cliniques suggérées par Sekar et al. évoquent dangereusement une sorte d'horreur orwellienne. Allons-nous vraiment entretenir l'idée qu'il serait utile de jouer avec la manière dont le cerveau se développe et évolue dans le temps en utilisant des interventions chimiques ou biologiques? Est-ce que quiconque à une idée des résultats dignes de Frankenstein qui pourraient découler de telles actions? Sommes-nous supposé·es commencer à manipuler génétiquement les gens à cause d'une augmentation à peine notable du risque de survenue d'une catégorie de maladie qui à la base n'est même pas valide ou fiable? Il y a une forte association entre «maladies mentales» et créativité; allons-nous débarrasser le monde de l'innovation et de la création? Cela sent peut-être l'hyperbole à plein nez, mais s'il existe ne serait-ce qu'une petite chance pour que cela se produise, le jeu en vaut-il la chandelle? Nos leçons des expériences passées ne nous ont-elles pas appris qu'il ne suffit pas que les personnes au pouvoir affirment l'existence ou même l'utilité de quelque chose pour que cela soit vrai?

Nous continuons à entendre vanter les mérites du fabuleux système de santé mentale occidental... s'il l'était vraiment, pourquoi l'Organisation des Nations Unies aurait-elle découvert que les pays qui n'ont pas adopté notre paradigme de «soin» (c.-à-d. les pays «sous-développés») obtenaient de meilleurs résultats21, 22 pour ensuite constater que 30 ans plus tard, après l'adoption de ce même paradigme, les résultats n'étaient pas meilleurs qu'ici? Si notre paradigme de traitement était si «avancé», alors pourquoi les taux de handicaps et de maladies ont-ils continué à grimper année après année, alors même que les maladies non-mentales ont diminué?23

Et si nous tentions plutôt de faire baisser la pauvreté, les inégalités et la maltraitance des enfants? Que se passerait-il? Et si nous accordions une attention particulière aux interventions plus humaines face à la variété des expériences humaines (comme le réseau sur l'entente de voix, les maisons Soteria, le Dialogue Ouvert, etc.) et que nous aidions les gens à se sentir moins isolé·es, plus en sécurité et en capacité de trouver du sens à la vie, comme l'ont demandé celles et ceux qui ont personnellement vécu de telles expériences? Et si nous prenions en compte la personne dans son ensemble au lieu de la réduire à des cellules dans un cerveau? Il s'agirait de considérations absurdes pour une personne affrontant une maladie cérébrale génétique. En revanche, pour une personne affrontant les résultats qui découlent naturellement d'expériences de vie bouleversantes, peut-être pas. Les médias prêteront-ils attention à cela avant qu'il ne soit trop tard?

Note: Il a été déterminé que la catégorie «schizophrénie» manquait de validité et de fiabilité en tant que catégorie diagnostique et ne possède aucune valeur prédictive et cela est reconnu même par les plus éminent·es expert·es de la recherche en santé mentale. Afin de faire valoir les arguments tels qu'ils ont été mis en avant dans les médias et tels qu'ils existent dans la recherche, ce sujet n'a pas été discuté ici pour des raisons de brièveté.

 

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1. Sekar, A., Bialas, A. R., de Rivera, H., Davis, A., Hammond, T. R., Kamitaki, N.,…& McCarroll, S. A. (2016). Schizophrenia risk from complex variation of complement component 4. Nature. doi:10.1038/nature16549
2. Feinberg, I. (1983). Schizophrenia: Caused by a fault in programmed synaptic elimination during adolescence? Journal of Psychiatric Research, 17(4), 319-334.

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4. Muller, N., Myint, A. M., Schwarz, M. J. (2012). Inflammation in schizophrenia. Advances in Protein Chemistry and Structural Biology, 88, 49-68.
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Source et texte en anglais: madinamerica.com

Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.