Fille de psychiatre

Publié le

Fille de psychiatre

Mariel Chance

[TW : maltraitance parentale, abus sexuels, auto-blessures, violences psychiatriques]

La psychiatrie affirme que les diagnostics psychiatriques correspondent à des maladies organiques, incapacitantes et qui durent toute la vie, malgré le fait qu'il n'y ait aucun test physique permettant de déterminer une maladie mentale. Je dirais que les diagnostics psychiatriques s'apparentent plus à un outil de stigmatisation et de manipulation, posés sur une personne d'une manière autoritaire lorsque le psychiatre le juge bon. Je suis bien placée pour le savoir ; ma mère était une psychiatre.

Je mets l'accent sur «était» parce qu'à l'âge relativement jeune de 53 ans elle a mis fin à ses jours, laissant derrière elle ma sœur, moi-même, et un sac de sport rempli de cachets pour ses divers diagnostics. Est-elle morte à cause des cachets, ou malgré eux? Elle avait reçu le diagnostic de dépression, d'anxiété, de TSPT [trouble de stress post-traumatique], et de trouble bipolaire. Et c'est sous cet angle que j'ai découvert le paradigme des soins psychiatriques, que j'ai fini par détester.

J'avais 11 ou 12 ans lorsque ma mère m'a diagnostiquée bipolaire. Je ne suis pas certaine des facteurs qui ont conduit à cela ; par contre je sais que je ne me suis jamais entendue avec ma mère. J'étais la fille au franc-parler, la fougueuse qui ne tolérait pas les humeurs tumultueuses et la virulence fréquente de ma mère. Mais étant donné que ma mère était psychiatre et qu'elle était elle-même diagnostiquée, elle était censée être meilleure juge. Peu de temps après qu'elle m'ait faite diagnostiquer, je fus mise sous Depakote, et c'est ainsi que débuta mon périple à travers les bureaux de psychiatres, les hospitalisations, les centres de traitements, avec toujours plus de médicaments.

Je dois dire que je suis détachée émotionnellement de mes souvenirs de cette période de ma vie. Cette période est en grande partie floue, voire effacée de ma mémoire à certains moments. Peut-être est-ce à cause des médicaments, mais c'est comme si je racontais un film que j'aurais vu un million de fois.

Je n'étais pas une enfant difficile avant d'être diagnostiquée. J'avais le tableau d'honneur, et malgré ma relation instable avec ma mère (et le fait d'avoir été en thérapie pour cela depuis l'âge de 8 ans), je n'étais pas horrible. Pour ma mère, en revanche, j'étais un fardeau à porter. Après avoir été diagnostiquée et mise sous Depakote, j'allais «bien mieux», malgré mon attitude introvertie et le constant tremblement de mes mains. Elle avait prétendu que mes notes chutaient, ce qui rétrospectivement me semble infondé, par contre c'est vrai qu'après avoir été mise sous Depakote je ne me battais plus autant avec elle et mes notes se sont effectivement améliorées.

Cette période crépusculaire n'a pas duré longtemps. À un moment je commençai à toucher aux drogues récréationnelles, particulièrement après que ma mère m'ait initié à la marijuana. Ce qui, bien entendu, confirma mon diagnostic clinique, et ma première hospitalisation psychiatrique eut lieu à Boston après que j’eusse décidé d'organiser une fête non autorisée, ma déviance continuant ainsi à être médicalisée.

J'atterris à l'hôpital McLean pour deux semaines. Je me souviens peu de mon séjour si ce n'est d'avoir été lourdement médicamentée et de faire des promenades jusqu'à la mare aux canards. En plus du Depakote on m'administra un peu de Zoloft puisque, bien sûr, j'étais déprimée (par le fait d'être dans cet endroit sordide!).

Après mon hospitalisation, ma mère devint plus catégorique en proclamant à quel point j'étais malade. Elle continua à insister pour que je prenne mes médicaments étant donné que j'étais malade à ce point! Regardez donc ce que j'ai fait! J'ai organisé une fête. La prochaine chose qui valida son point de vue (dans sa tête) fut mon renvoi du pensionnat dans lequel elle m'avait inscrite. Je n'avais pas envie d'y être à la base, et après avoir été prise à fumer de l'herbe à deux reprises, je fus renvoyée. Ça me fit paniquer, je décidai de sniffer mes somnifères (qui avaient été ajoutés à mon cocktail à un moment donné) et je finis à l'infirmerie pendant trois jours en attendant qu'elle vienne me chercher avec son petit ami nouvellement acquis.

Mes parents avaient divorcé lorsque j'avais 10 ans, et lorsque ma mère est apparue avec un homme que je n'avais jamais rencontré, je fus choquée. Je ne le savais pas encore à l'époque, mais rencontrer cet homme, «Tony», sera un point de bascule dans la vie de toute ma famille.

Tony était un patient de ma mère et l'avait été pendant plusieurs années. Selon elle, il était un peu déprimé et légèrement anxieux. Elle lui prescrivait de l'OxyContin pour son mal de dos.

Tony s’avéra aller bien plus mal que ma mère ne le pensait. Il prétendit être un «exécutant» et voulut que je travaille pour lui. Il sentit l'état mental fragile de ma mère et utilisa cela comme une arme contre elle, prétendant (sans réellement le faire) avoir mis les lignes téléphoniques sous écoute et avoir mis des micros dans les arbres autour de notre maison. Il commença à être aux petits soins avec moi, à essayer de se lier d'amitié avec moi, me donna de la marijuana et les cachets d'anxiolytiques que ma mère lui prescrivait, et ensuite il commença à abuser de moi.

Les choses empirèrent vraiment lorsqu'une nuit, ma mère m'appela alors que j'étais chez mon père en me disant que mon père allait m'envoyer dans un hôpital ou dans un programme et qu'il fallait que je vienne avec elle sur-le-champ. La voilà qui me manipulait pour me faire croire que mon père utiliserait les mêmes tactiques qu'elle avait utilisées contre moi.

Je me glissai hors de la maison de mon père cette nuit fatidique et je retrouvai ma mère et Tony en bas de la rue. Nous restâmes chez ma mère, et puis le matin suivant nous partîmes dans un hôtel à environ une demi-heure de là. Tony paya le réceptionniste pour qu'il efface nos noms de leurs dossiers de sorte que si la police n'appelle, ils ne me trouvent pas ; j'étais maintenant considérée en fugue parce que mon père ne savait pas que j'étais partie. Ma mère et Tony prétendirent qu'iels ne savaient pas où j'étais pendant tout ce temps.

Je suis restée dans l'hôtel pendant deux semaines. Les jours furent consacrés à consommer apathiquement de la marijuana, des cachets, et de l'alcool, tout cela fourni par Tony et ma mère. Elle partait la nuit et Tony abusait de moi sexuellement. Je ne me rappelle plus si j'étais sous traitement pour ma «bipolarité» à l'époque.

Finalement, je sortis de là. Alors que Tony me promenait en voiture en journée, fait rare ; un policier lui demanda de s'arrêter et dans la panique, Tony me demanda de sauter de la voiture ; ce que je fis, et ensuite les policiers m'emmenèrent. Je fus alors placée dans diverses maisons d’accueil, la première pour quelques jours, la seconde pour plusieurs mois. Ensuite je fus admise dans ma première institution de traitement à long terme, l'école de Red Rock Canyon dans l'Utah.

À cette époque mon cocktail de médicaments comprenait du Depakote, du Zoloft, des somnifères et du Seroquel. Le Seroquel c'était le coma en cachet. Pour que j'entre à Red Rock, mon père prétendit que nous allions rendre visite à ses ami·es dans l'Utah ; il me donna alors une dose plus forte de Seroquel dans l'avion, je tombai dans les vapes, et quand je me réveillai j'étais dans cet endroit bizarre avec des gens me demandant de retirer mes piercings à l'arcade ou bien ils le «feraient pour moi».

Je suis sûre que ma mère raconta à l'institution tout un tas de choses horribles sur moi : que j'étais une délinquante, une fugueuse, que j'étais incontrôlable, etc. Cet «internat thérapeutique» contribua vraiment à roder mon diagnostic, et les médecins de l'institution expérimentèrent toutes sortes de cachets. Je prenais tellement de Seroquel que j'étais fatiguée toute la journée et que mon séjour à Red Rock demeure flou. Ils me firent aussi essayer divers stabilisateurs de l'humeur et antidépresseurs parce que j'avais un nouveau diagnostic de TSPT en raison des abus sexuels. En plus de me médicamenter, cette institution mit en œuvre un paradigme de soins appelé la «culture positive entre pair·es», qui était une méthode de modification comportementale dans laquelle vos pair·es pouvaient vous confronter agressivement dans le cadre d'un groupe. C'est au cours de ce programme que je commençai à m'auto-mutiler. Je pense que je voulais juste ressentir quelque chose. J'étais tellement engourdie par tous ces médicaments, alors qu'on m'encourageait constamment à exprimer mes émotions au risque de ne «pas coopérer au programme». La souffrance physique était, en revanche, quelque chose que je pouvais encore ressentir, je me lacérai donc les jambes, à l'insu du personnel.

Et voilà qu'âgée de 15 ans je me retrouvais déjà dans une institution de traitement à long terme. En théorie j'étais : folle ! Depuis tout ce temps, toutes et tous les adultes dans ma vie avaient parlé à ma place. Je n'ai jamais eu l'impression d'être quoi que ce soit de ce qu'iels prétendaient, mais je m'y suis faite. Qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre? À chaque fois que je m'étais rebellée, cela n'avait fait que confirmer à ma mère ce qu'elle pensait de moi. Pendant la période où on me trimballait d'un endroit à l'autre, je me suis retrouvée dans une salle d'audience face à ma mère disant au juge à quel point j'étais malade et incontrôlable. J'avais besoin d'être sous médicaments, et j'avais besoin de tout le traitement qu'on m'administrait.

Après être sortie de Red Rock, ma mère fit une fixation sur le fait que je sois gravement malade, et elle commença à dire que je serais considérée comme irresponsable. Elle me disait que j'étais si malade (et maintenant que j'avais pris des drogues, j'étais aussi une toxicomane) que j'aurais besoin d'être sous ISS [Inhibiteurs de la Synthèse de la Sérotonine] et ISRS [Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine] toute ma vie. Elle aimait me dire (et à quiconque voulait l'entendre, y compris les psychiatres) que j'étais «doublement pénalisée génétiquement» – une toxicomane et une bipolaire. En raison de cela, disait-elle, je ne serais pas capable de prendre soin de moi passé mes 18 ans. Cette menace a plané au-dessus de ma tête pendant un bon moment.

Je vivais avec ma mère à Orlando, en Floride, à l'époque de ma sortie de Red Rock (et ce malgré que nous ne nous entendions pas et que j'ai été soumise à des abus sexuels sous sa garde). Ce fut pendant cette période que je me suis retrouvée menottée pour la première fois de ma vie. Elle utilisa le régime du Baker Act contre moi, ce qui en Floride signifie que quelqu'un·e est admis·e contre sa volonté dans un hôpital psychiatrique pour 72 heures d'observation.

En raison des humeurs tumultueuses de ma mère, l'heure à laquelle elle décidait que je devais rentrer n'était jamais la même. J'étais sorti avec un·e ami·e, et une fois arrivée à la maison ma mère décida que j'étais «en retard». Je montai les escaliers jusqu'à l'appartement, fumant une cigarette, quand elle déboula à l'extérieur en exigeant que je monte immédiatement. Je voulais finir ma cigarette et je le lui dis. Sa réponse fut de dévaler les escaliers, de m'attraper par le bras, enfonçant ses ongles dans ma chair, et de me tirer vers le haut des marches. Ma désobéissance étant de toute évidence symptomatique de mes «maladies», elle me demanda donc de prendre mes médicaments sur-le-champ. Je lui dis que je ne prendrai pas les cachets, et elle commença à essayer d'ouvrir ma bouche et de me forcer à les avaler. En réaction je rejetai vivement sa main et les cachets roulèrent sous le frigo.

Ma mère décrocha immédiatement le téléphone pour appeler la police. «Ma fille adolescente est incontrôlable!» gémit-elle à la/au standardiste du 911. Quelques minutes plus tard, je fus escortée à la voiture de police, menottée et conduite dans un hôpital psychiatrique. Je me souviens de la blouse marron que je portai, mais pas grand-chose d'autre. Après 72 heures je fus transférée dans un autre hôpital où je passai deux semaines.

Au cours de ce second séjour à l'hôpital, le plus marquant fut mon sentiment d'impuissance. Je me souviens de me dire que ma mère me maltraitait et que personne ne m'écoutait. J'essayais de m'exprimer face à des médecins, des infirmièr·es, n'importe qui, mais je sentais que parce que ma mère était psychiatre et moi sa fille folle, on ne me prenait pas au sérieux. J'acquis le diagnostic de «trouble de la personnalité borderline» dans cet hôpital, malgré que le diagnostic ne pouvait être donné à quiconque ayant moins de 18 ans et que j'avais 16 ans à l'époque. Je suppose que mes auto-blessures et ma désobéissance n'étaient pas des symptômes de mon environnement, du traumatisme que j'affrontais, ou du fait d'être médicamentée de force – non, c'était ma personnalité qui était problématique.

Cet hôpital aimait faire des expériences avec mes médicaments. Je fus mise sous Paxil, Seroquel, Depakote, Trazodone, et je suis sûre que j'en oublie d'autres. Après une séance de «thérapie» particulièrement pénible avec ma mère, je me suis mise tellement colère que je lui ai criée dessus. La réponse de l'hôpital fut de me donner de l'Haldol et de me mettre en isolement dans ma chambre pour toute la journée. Je me rappelle avoir pensé qu'au moins les médicaments me fatigueraient et qu'ainsi je pourrai dormir pour passer le temps.

Après ma sortie je retournai vivre avec ma mère. Malgré que je sois une «toxicomane», elle continuait à fumer de l'herbe avec moi et à me donner son Ativan, ce qui ne me dérangeait pas parce qu'elle était en fait plutôt supportable quand elle était défoncée.

Je ne me doutais pas que cela faisait partie de son plan pour me faire admettre dans une autre institution résidentielle à long terme. Elle a admis plus tard avoir pris de la drogue avec moi parce qu'elle savait qu'ainsi je finirais par prendre d'autres drogues, et que ça lui permettrait de m'envoyer me faire soigner.

Je ne sais pas comment elle me piégea pour que j'aille dans cet endroit ; peut-être avec quelque chose d'aussi simple qu'un rendez-vous chez le médecin. J'atterris en enfer. Ça s’appelait S.A.F.E. (Éducation Familiale contre l'Abus de Substance) Inc. C'était dans un centre commercial anodin. Je ne savais pas à l'époque que les méthodes qu'iels employaient étaient expérimentales et suivaient les principes du lavage de cerveau utilisé dans les camps d'emprisonnement chinois. Je ne savais pas non plus que le programme était une émanation d'un autre programme appelé Straight Inc., fermé en raison de ses méthodes abusives, mais réouvert le même jour sous le nom de S.A.F.E. Inc.! Tout ce que je savais à ce moment-là c'est que j'étais fichue.

Je pourrais dédier un livre entier à ce que j'ai vécu à S.A.F.E. Cet endroit n'employait pas de psychiatres, de médecins, de travailleurs et travailleuses sociales, ou de thérapeutes. C'était un programme du type «qui aime bien châtie bien» pour des toxicomanes adolescent·es, et les seules personnes qui pouvaient aider nos âmes rebelles étaient celles et ceux qui avaient traversé cela par elleux-mêmes. En dépit du manque de surveillance médicale, nous étions tout de même sous médicaments. Les toxicomanes étaient sous médicaments! Selon certains récits il est arrivé que S.A.F.E surmédicamente des personnes avec de l'Adderall, mais ce ne fut pas mon cas. On me donnait mon régime triquotidien de stabilisateurs de l'humeur, d'antidépresseurs, et d'antipsychotiques atypiques. Si je ne prenais pas mon traitement, j'étais perçue comme non-coopérative et n'«appliquant pas mon programme». Pour un tel crime, je pouvais être réprimandée et renvoyée à une phase antérieure (c'était un programme graduel en cinq phases). Je me souviens comment une fille qui était là-dedans avec moi était si lourdement médicamentée qu'elle dormait debout et avait constamment un filet de bave coulant de son menton.

Le moins qu'on puisse dire est que mon emprisonnement à S.A.F.E. fut une expérience déplaisante. L'expérience la plus particulièrement désagréable (mis à part ce sentiment constant et dominant de crainte et de malheur ressentis chaque seconde de chaque jour) a été lorsque l'équipe perdît mon traitement. Même si j'étais censée être une horrible toxicomane destinée à mourir sans l'aide du programme, je n'avais jamais vécu de sevrage – mais c'était avant qu'iels perdent mes médocs! Pendant trois jours je n'ai fait que me contorsionner, transpirer et vomir, étendue sur un matelas en plastique à même le sol poussiéreux. À l'époque, je ne savais pas à quel point il était dangereux d'arrêter ces médicaments si soudainement, mais je suis maintenant consciente que j'aurais pu subir une crise convulsive puisque le Depakote est un anticonvulsif.

Je suis sortie du programme dans un délai relativement court de 14 mois (court si l'on considère que certaines personnes sont resté·es là pendant 4 ou 5 ans, et que la moyenne était de 2 ans). Après ma sortie, je connus ce que la sociologie appelle un sentiment d'«anomie» ; qui est l'absence totale de normes. Je ne savais pas ce que la société attendait de moi. J'avais été soumise à une forme de contrôle de la pensée pendant les derniers 14 mois et je ne savais pas quoi faire de moi.

Je ne pouvais pas retourner vivre avec mon père (il ne voulait pas avoir affaire à moi) ou ma mère (elle avait changé d'avis vis-à-vis du programme en décidant à mi-parcours que c'était une mauvaise chose, et avait donc été excommuniée ; je n'étais pas autorisée à lui parler ou même à penser à elle). Je suis donc allée vivre pendant quelque temps avec un·e parent·e pour le programme de post-soins, jusqu'à ce que je décide d'envoyer balader le programme et que je parte.

Bien que ce fut une période très instable de ma vie – j'étais de fait sans-abris, logeant chez des ami·es, et vivant dans des hôtels – ce fut aussi très instructif. Je pris la décision d'arrêter tous mes médicaments, et je le fis sans assistance médicale. Je n'avais jamais vraiment ressenti le besoin de ces cachets de toute façon, je décidai donc de m'en libérer.

J'aimerais pouvoir dire que c'était comme si un brouillard disparaissait, mais je ne m'en souviens pas du tout. Par contre je peux dire qu'au moment où mon cerveau et mon corps s'habituaient à ne plus recevoir de médicaments, j'ai connu une incroyable période maniaque. J'étais comme une enfant sauvage: les yeux exorbités et remplie de méfiance. J'ai fini par me calmer et me stabiliser, mais ça a pris un moment.

Aujourd'hui, à l'âge de 29 ans, j'ai un sentiment de clarté que je n'aurais probablement jamais connu si j'étais restée sous médicaments. Je sais que je ne suis pas la seule à avoir été soumise à cette ribambelle d'institutions, psychiatriques et autres. J'essaie d'avoir une vision générale maintenant, et de questionner les méthodes de traitements que moi et de si nombreuseux autres avons subi. Pourquoi suis-je restée silencieuse? Pourquoi me suis-je retrouvée coincée dans des institutions qui étaient censées m'aider, mais qui me blessèrent davantage? Pourquoi n'avais-je pas mon mot à dire sur mon propre traitement, et pourquoi est-ce que ces institutions ne prennent pas en compte les patient·es à partir d'une perspective holistique plutôt que comme si nous étions de simples symptômes? Ce sont de vastes questions, mais des questions qui devraient être posées par les patient·es et les médecins ; particulièrement les médecins s'occupant d'enfants. Il est temps de prendre du recul et de regarder l'ensemble du tableau. Que se passe-t-il réellement? Et est-ce que ces traitements aident-ils ou font-ils du mal?

                                                                 ★ ★ ★

Source: texte publié sur madinamerica.com le 15/05/16

Traduction de l'anglais. Cette traduction est participative, toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.