L'antipsychiatrie...ou les antipsychiatries ? Retour sur l'histoire d'un mouvement protéiforme

Publié le

L'antipsychiatrie...ou les antipsychiatries ? Retour sur l'histoire d'un mouvement protéiforme
Par Romain (Groupe sanguin de la Fédération Anarchiste)

 

L'antipsychiatrie est un mouvement de pensées et de pratiques qui, comme son nom l'indique, s'est construit en opposition à la psychiatrie dite ''classique''. Avant d'en analyser le fond théorique et idéologique, une tentative de définition est indispensable. Elle permettra de cerner ce courant riche aux allures diverses qui dépend des protagonistes (et donc de leurs places sociales, de leurs idéologies et de leurs aspirations politiques), mais aussi des endroits dans lequel il s'est déversé. Quelques exemples de pratiques qui sont plus ou moins directement affiliées à l'antipsychiatrie et qui revêtent des habillages également bien différents, accompagneront cette tentative de clarification.

 

Généralités sur l'antipsychiatrie

 

C'est un fait, le mot antipsychiatrie proposé en 1967 par le psychiatre David Cooper dans son ouvrage Psychiatrie et anti-psychiatrie, est un fourre-tout qui regroupe tout un tas d'idées, de théories et de pratiques qui n'ont parfois qu'extrêmement peu de commun politique entre elles. Comment et pourquoi un mot, dont son créateur lui-même à regretté l'invention à cause des confusion qu'il créait, a été et est toujours autant usité, alors que personne ne peut en faire une définition claire et précise ? C'est certainement parce qu'il a mal été défini à la base et qu'ainsi, il a pu être récupéré à différentes sauces politiques au goût plus ou moins autonome, à la teneur plus ou moins libertaire. C'est probablement aussi parce que tout le monde avait besoin de condenser en un unique terme des contestations fortes et disparates qui, depuis presque deux siècles, fleurissent contre le pouvoir psychiatrique. Enfin, c'est possiblement parce qu'il s'agit d'un mot-concept naïf et efficace, dont le sens saute aux yeux d'emblée. Sens qui à cause de son usage banal et facile, s'est perdu au fur et à mesure de son emploi...

 

L'antipsychiatrie est donc un objet aux contours flou, à l'aspect opaque et au contours flou, à l'aspect opaque et au contenu complexe et ambigu. C'est donc à travers des généralités qu'il possible, dans un premier temps, de définir ce mouvement de déconstruction.

 

D'un point de vue politique, l'antipsychiatrie se veut une remise en cause radicale des notions de pouvoir et de savoir que contient la psychiatrie et dont elle fait usage.*

 

En effet, le pouvoir psychiatrique est attaqué à travers son institutionnalisation. C'est l'asile ou ''l'institution totalitaire'' qu'il faut détruire, c'est le pouvoir médical qu'il faut dénoncer, et c'est aussi toute toute sa connivence avec l’État, ses liens, voire sa similitude avec le pouvoir policier ou judiciaire qu'il faut démasquer et supprimer. Mais c'est également la façon dont ce pouvoir est exercé qui est rejetée : tous les enfermements sont inadmissibles, la distinction soignants-soigné·e n'a pas lieu d'être, les traitements sont bien trop souvent inhumains et humiliants, et le tout se déroule sous couvert d'un autoritarisme évidemment pavé de bonnes intentions (le fameux ''c'est pour votre bien''). Enfin, c'est en critiquant son rôle social (coercition, répression, normalisation, maintien de la société de classe, etc.) que ce pouvoir est combattu. C'est donc toute la violence psychiatrique, autant corporelle que symbolique, à laquelle l'antipsychiatrie s'attaque.

 

Quant au savoir psychiatrique, il a aussi subi les affronts de l'antipsychiatrie qui parle d'un savoir plein de faux-semblants servant de justification rationnelle et pseudo-scientifique à l'usage des contraintes diverses (sexuelles, morales, comportementales, politiques, etc.). Ce savoir est bien plus une machine à fabriquer de la norme et un outil à légitimer les positions dominantes existantes. De plus, la nosographie (classement des maladies) qui l'accompagne est également battue en brèche car elle ne sert qu'à stigmatiser, annihiler les individualités ou discréditer ce qui ne serait pas de l'ordre de la raison.

 

D'un point de vue social, l'antipsychiatrie réclame une réclame une liberté individuelle pour toutes et pour tous. Elle propose de soigner autrement que par la coercition, notamment en prenant davantage en compte l'environnement et les interactions entre les individu·e·s elleux-mêmes. À ce titre, la communauté a une place particulièrement grande sur laquelle il faudra revenir ultérieurement. Aussi, l'antipsychiatrie suggère que la maladie mentale ne se passe pas seulement dans l'individu·e mais entre les individu·e·s. Ces derniers souffrant alors davantage de maladies sociales ou existentielle que de maladies mentales à proprement parler. Ce point est particulièrement difficile à synthétiser et à généraliser, étant donné les avis extrêmes et divergents qu'il est possible de trouver au sein du courant antipsychiatrique.

 

Enfin sous l'angle philosophique, l'antipsychiatrie possède une éthique propre, qui se veut une éthique de la confiance, de la liberté et de l'autonomie. Personne ne peut décider mieux que l'individu·e ellui-même ce qui est bon ou mauvais pour ellui. Voilà pourquoi un de ses slogans était que la psychiatrie doit être faite et défaite par tou·te·s. Sous-entendu, la folie nous concerne tou·te·s (dansnotre intimité et dans notre relation aux autres) et nous devons tou·te·s nous en occuper plutôt que de la laisser aux psychiatres ou autres technocrates. Par ailleurs, elle se veut aussi une entreprise épistémologique cherchant comment et pourquoi l'emprise psychiatrique occupe une telle place dans les sociétés occidentales. Il faut enfin rajouter qu'un travail de déconstruction a été réaliser autour de l'équation ''maladie mentale = folie''.

 

Des antipsychiatries ?

 

Mais après ces généralités auxquelles il est aisé d'acquiescer paisiblement, et que l'on pourra presque réduire à un simple renversement de l'ordre psychiatrique, il faut s'enfoncer davantage dans la profondeur de ce mouvement et voir s'il ne serait pas pertinent de distinguer deux antipsychiatries. Une première qui dépasserait le concept même d'antipsychiatrie puisque chronologiquement bien plus ancienne que lui (les premiers témoignages contestataires de psychiatrisé·e·s remontent carrément à ''l'ancêtre'' de la psychiatrie qui, courant XIXème siècle, s'appelait l'aliénisme), et une autre que l'on considère comme l'antipsychiatrie ''officielle''.

 

 

En effet, il semble possible de cerner une antipsychiatrie portée par les militant·e·s psychiatrisé·e·s ou ex-psychiatrisé·e·s qui dénoncent ce que la psychiatrie leur à fait subir, qui réclame que cette violence cesse coûte que coûte et qui cherchent ensemble à s'en défendre. C'est la révolte la plus ancienne mais aussi celle quia le plus de force et d'authenticité contre l'ordre psychiatrique. Les sujets qui la porte, puisqu'iels sont passé·e·s par l'espérience du vécu, savent de quoi iels parlent matériellement. Iels n'ont pas forcément besoin des concepts de philosophie politique ou médicale pour mener à bien leur lutte car iels l'incarne concrètement et leurs témoignages suffisent déjà. Mais lorsqu'iels parviennent à s'organiser, la révolte prend une tournure bien plus subversive. C'est ce qui c'est passé en France (mais certainement dans aussi beaucoup d'autres pays), dans le courant des années 1970 avec des collectifs comme le Groupe Information Asile, le mouvement Marge, celui autour de la revue garde-fous, et dans une moindre mesure les infirmier·e·s de l'AERLIP (Association pour l’Étude et la Rédaction du Livre des Institutions Psychiatriques) et le comité de lutte des handicapés. Même s'iels n'avaient pas les mêmes positions et objectifs politiques, tous, plus ou moins directement, remettaient en cause le fonctionnement des asiles et de la société qui les produit et les soutient, cherchant les moyens juridiques ou médicaux pour défendre les psychiatrisé·e·s, et tentaient de briser l'isolement et le silence en prenant (ou en leur donnant) la parole. Pour ce faire les publications et diffusions de journaux , les groupes d'auto-supports, les interventions publiques, les libérations d'individu·e·s interné·e·s d'office, etc., se multipliaient dans les villes et les quartiers. Tous ces collectifs sus-cités ont d'ailleurs travaillé ensemble à l'élaboration de la Charte des internés [à lire ici] qui exigeait l'application de différentes mesures.

 

En parallèle, ''l'autre'' antipsychiatrie est portée par des psychiatres (Thomas Szasz, Roger Gentis, Giovanni Jervis, et bien d'autres dont certains noms figurent plus bas) des sociologues (Robert Cqtel, Ervin Goffman, etc.) ou des philosophes (Michel Foucaut, Gilles Deleuze, etc.), et a été retenu par l'histoire comme ''la véritable'' antipsychiatrie ? À travers cette dernière, bon nombre d'idées ont été proposées et tout un tas de bouquins sur ce sujet sont parus afin qu'un culture bourgeoise moyenne se l'approprie. Bien sûr les expériences relativement connues à ce jour, et dont on brossera un portrait plus loin, méritent une attention particulière. Mais il faut bien avoir en tête que des psychiatres qui ont alimentés cette antipsychiatrie – et l'ont d'une certaine manière exercée – aucun ne s'est à proprement parler auto-défini comme antipsychiatre!

 

Dans la pratique les choses ne se sont pas déroulées ainsi. Il n'y a pas eu ce découpage à la hache qu'il est facile d'exposer par écrit des années après . En réalité, des allers-retours perpétuels ont été faits entre des deux antipsychiatries, que ce soit au niveau des discours ou bien des engagements corporels.

 

Prenons deux exemples pour illustrer cela.

 

En Allemagne, au début des années 1970 se forme un collectif de patient·e·s psychiatrisé·e·s nommé SPK (pour Sozialistiches Patientkollectiv) qui à l'aide d'un marxisme révolutionnaire de bon aloi, dénonce l'ordre psychiatrique d'une manière extrêmement radicale. Alors qu'il s'agit d'un des collectifs de psychiatrisé·e·s les plus radicale-aux, cela ne l'a pas empêché de s'acoquiner de la présence d'un psychiatre pendant qu'il voulait en juger d'autres.

 

Le Groupe Information Asile (GIA), formé en 1971, est à l'origine crée par des internes en psychiatrie et d'autres personnes issues de professions paramédicales. Il sera quelques temps plus tard ''repris'', ou plutôt poursuivi par un bon nombre de psychiatrisé·e·s, pour en faire une arme antipsychiatrique puissante. Leur journal trimestriel Psychiatrisés en lutte (21 numéros publiés entre février 1975 et décembre 1979) qui sous-titrait ''Nous avons tous un passée ou un avenir psychiatrique'', rapportait témoignages comabtifs et luttes du monde entier contre le pouvoir psychiatrique en cherchant autant à se défendre qu'à attaquer l'oppression qui s'y rapporte.

 

Il me semble donc difficile de scinder le mouvement antipsychiatrique de ces années là, mais, a posteriori, force est de constater que les enjeux et les places sociales ne sont pas les mêmes. Entre les psychiatrisé·e·s qui sont maltraité·e·s, étiqueté·e·s, stigmatisé·e·s et bien souvent issu·e·s de la classe prolétaire ; et les intellectuels qui sont bien vus, encensés voire appelés à causer avec les politiciens ou des médias du capital et qui viennent de la petite bourgeoisie, il y a un fossé qu'il semble compliqué de sauter. Mais c'est peut-être ce fossé qui a empêché la dépsychiatrisation des problèmes psychiques car, au final, toutes ces tentatives (surtout celles qui vont être présentées par la suite) ont peut-être été faites moins pour le profit des ''usager·e·s'' que pour celui des soignants qui ont continué à exercer leur métier d'assistance tout en conservant leur position confortable.

 

Des expériences dites antipsychiatriques

 

En 1962, en Angleterre, le psychiatre David Cooper prétend faire de l'antipsychiatrie dans un pavillon d'un hôpital psychiatrique (HP) londonien classique. Cela dure quatre ans et sert de base pour fonder en 1965, avec les psychiatres Laing et Esterson, un centre communautaire connu sous le nom de Kingsley Hall. Ce dernier existe pendant cinq ans et voit passer près de cent-vingt personnes. Dans ce centre, il n'y avait prétendument pas de hiérarchie entre les résidents, les infirmiers et les psychiatres. Il n'y avait ni staff, ni rite institutionnel, ni médicaments, mais des assemblées réunissant soigné·e·s et soignants. Beaucoup de place était laissé à la solitude tout en évitant les sentiments d'isolement. Chacun·e était libre de faire ce qu'iel désirait et le but était d'accompagner les plus délirant·e·s à accomplir leur ''voyage''. Le magnifique livre Mary Barnes, Voyage à travers la folie retrace cela tout comme, dans une autre mesure, le film de Ken Loach, Family Life. Ces psychiatres dénoncent l'emprise familiale sur l'individu·e et l'instrument de conditionnement idéologique qu'elle constitue afin de maintenir les assises de la classe dominante. En lien avec l'anthropologue américain Gregory Bateson, ils débutent aussi le grand courant théorico-pratique connu sous le nom d'analyse systémique. Ils sont davantage axés sur les problèmes de communication et surfent bien plus sur une approche interactionniste que structurale, omettant ainsi les quelques analyses freudo-marxistes pertinentes.

 

L'expérience italienne, bien plus conséquente en terme de changement des mentalités et des pratiques psychiatriques, a également débutée dans les années 1960. Bien qu'un seul nom, celui du psychiatre Franco Basaglia, soit retenu dans ce bouleversement socio-politique, il n'en demeure pas moins que c'était l'ensemble de la société italienne qui était impliquée dans le combat contre le pouvoir psychiatrique. Il est difficile de lier directement ce mouvement systémique à l'antipsychiatrie, mais si cela se fait, c'est parce qu'un fond politique commun existe bel et bien entre les deux. Basaglia, grandement influencé par la phénoménologie d'une part et la philosophie politique de Gramsci d'autre part, prend la direction d'un hôpital psychiatrique à Gorizia, en 1961. C(est à partir de là qu'il dénoncera l'univers infâme de l'asile, qu'il reconsidérera le colloque singulier de la relation médecin-malade, qu'il critiquera le savoir scientifique psychiatrique et sa façon de dire ce qui est normal ou pathologique, qu'il prendra la défense des ''intérné·e·s'' en se définissant comme ''un allié'', et donc qu'il mettra en œuvre une autre manière d'être psychiatre. Il propose des assemblées au sein de l'asile où soigné·e·s comme soignants peuvent s'exprimer librement et ouvre les portes de tous les services. Il retranscrit cela dans son livre L'institution en négation paru en 1968, dans lequel il explique le pourquoi et le comment de son travail ''anti-institutionnel''. Car la finalité, à laquelle la société italienne est parvenue en 1978, est de supprimer les hôpitaux psychiatriques. Mais quand le parlement italien adopte le loi 180 qui ordonne la fermeture des dits hôpitaux, c'est avec l'élimination du jugement de ''dangerosité'' des malades mentales-aux qu'il le fait. Double victoire donc, puisque à titre d'exemple la psychiatrie française est toujours embourbée dans les hôpitaux psychiatriques et continue à associer allègrement dangerosité et maladie mentale.

 

En, France, l'antipsychiatrie ''pratique'' s'est construite avec d'autre couleurs dont une partie de son histoire, à ma connaissance, n'est relatée que dans un seul bouquin, à savoir celui de l'increvable militant Jacques Lesage De La Haye : La mort de l'asile.

 

Je n'évoque pas les liens entre l'antipsychiatrie d'un côté, la psychothérapie institutionnelle et la politique de secteur de l'autre car, même s'il en existe réellement, les divergences politiques de fond me semblent trop grandes.

 

Outre l'expérience du couple Mannoni à Bonneuil en 1975 qui s'inscrivait directement en lien avec l'antipsychiatrie anglaise et qui a permis l'accueil d'adolescent·e·s, il semble indispensables de relater les pratiques ayant vu le jour autour des lieux de vie.

 

C'est Claude Sigala, également en 1975, qui a lancé le mouvement des lieux de vie en ouvrant le Corail, à Aimargues dans le Gard. Le docu-fiction de Jean-Michel Carré Visiblement je vous aime relate admirablement l'ambiance de cet endroit. Cette initiative fait écho au congrès de Bruxelles où étaient rassemblés nombres d'acteurs de l'antipsychiatrie et où a été créé le réseau Alternatives à la psychiatrie. Ce réseau se voulait proposer une alternative concrète à l'asile psychiatrique, car sa destruction semblait inatteignables à cette époque. Les lieux de vie, véritables communautés thérapeutiques autogérés et imprégnées des idées antipsychiatriques, ont alors proliféré à partir de cette date. Plutôt installés en campagne, ils étaient souvent l’œuvre de travailleurs sociaux qui faisaient appel à des psy de confiance. On estime à 300 leur nombre en France entre le fin des années 1970 et le début des années 1980. Il était possible de se référer à un annuaire qui les recensait tous. Certes cela n'a pas suffit à rendre l'HP inutile, mais a tout de même inquiété l’État qui, en lien avec une sombre embrouille judiciaro-médiatique, mis un coup de frein à ces lieux de vie qui finiront par perdre toute leur substance alternative et contestataire au cours des années 1980.

 
Est-il possible de conclure ?

 

Le mouvement dit antipsychiatrique est né dans un contexte socio-politique assez particulier où la contre-culture montrait le bout de son nez et les ''anti'' étaient à la mode. En inscrivant ce mouvement dans une perspective historique non linéaire, il est important de reconnaître qu'il n'avait rien de très nouveau dans son contenu mais qu'il a su profiter de la vague gauchiste et humaniste des années 1960.

 

Une antipsychiatrie ''officielle'' a été relayée par un paquet d'écrits (essentiellement universitaires) tandis qu'une autre, davantage anti-autoritaire, militante et portée par des psychiatrisé·e·s, reste encore dans l'ombre.

 

Reprendre alors point par point toutes les expériences qui ont été associées à l'antipsychiatrie et en analyser les positions politiques au peigne fin semble un boulot conséquent qu'il reste à faire. Il pourra probablement s'en dégager une sorte de ''typologie politique'' allant des plus autonomes et révolutionnaires, aux plus légalistes et réformardes, démontrant au passage qu'il existe bel et bien plusieurs formes d'antipsychiatrie.

 

Quand à la question de savoir si l'antipsychiatrie est morte, il va falloir se mettre d'accord. Ou bien l'antipsychiatrie est enfermée dans une époque avec des dates fixes de naissances et de mort (1967 pour sa naissance et disons 1977 pour sa mort), et il n'est plus possible d'en parler qu'au passé, en lui mettant un A majuscule et en faisant le constat de son échec (comme le faisait déjà Cooper en 1980). Ou alors, c'est un courant qui existe depuis la naissance de l'asile psychiatrique (mais innommé à cette époque), un peu à l'instar du combat anticarcéral qui a pris forme dès que le premier homme a été foutu dans une prison. Ainsi, les ravalements que nous imposent les administrateurs du désastre et autres technocrates du malheur avec leur santé mentale n'y changeront rien. Le terme restera parce qu'il aura acquis une sens évident pour tout le monde. Sens qu'il semble alors important de clarifier dès aujourd'hui.1

 

Et l'existence de collectifs comme Sans Remède, dont le travail autour d'une revue apériodique (4 numéros pour l'instant, depuis Mars 2010), d'une liste mail (désaliéner), de plusieurs rencontres collectives, d'entraides en tout genre entre psychiatrisé·e·s ou ex-psychiatrisé·e·s, laisse fortement penser que l'antipsychiatrie existe encore et toujours de nos jours...

 

1 Note de Zinzin Zine : Pour poursuivre cette proposition de clarification, voire l'article L'Antipsychiatrie revisitée : vers une plus grande clarté de B. Burstow.

 

* Note de Zinzin Zine : tous les surlignages sont de notre initiative.

 

 

Source : Le Monde libertaire, hors-série n°56 Juillet-Août 2014.

Publié dans Antipsychiatries

Commenter cet article