Définitions et divisions : handicap, antipsychiatrie et invalidisme*

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Définitions et divisions : handicap, antipsychiatrie et invalidisme*

Par A.J. Withers.

 

Je suis ici aujourd'hui en tant que personne handicapé·e et militant·e. Je suis ici parce que je veux participer à la discussion sur la façon dont les gens qui s'identifient comme handicapé·e·s et survivant·e·s de la psychiatrie peuvent avancer ensemble dans la lutte pour la justice sociale. Pour aller de l'avant, cependant, je pense qu'il est important de présenter une critique constructive de l'organisation du mouvement de l'antipsychiatrie jusqu'à maintenant. Mes critiques vont de pair avec le plus grand respect pour le mouvement et, en particulier, ces organisatriceurs, dont beaucoup combattent l'institution psychiatrique depuis de nombreuses années et ont lutté pour apporter des changements significatifs dans la vie des personnes psychiatrisé·e·s. Je suis ici dans l'esprit de cette citation de Bonnie Burstow :

 

Les mouvements sociaux ont toujours eu à dire ce qui pour beaucoup de gens serait indicible. Lorsque nous ne sommes plus capables de dire ces choses nous ne sommes plus à la pointe de quoique ce soit. Nous avons été acheté·e·s et vendu·e·s1.

 

J'aimerais commencer par une question. Qu'est-ce que le handicap ? Le handicap est une construction sociale, une identité créée pour décrire et inventer la déviance à une norme sociale contrainte et historiquement contingente. Je rejette l'idée que la déficience ou le handicap sont une réalité biologique. Ceci ne veut pas dire que la biologie ne joue pas un rôle dans nos vies ; cependant, la biologie est construite par et hautement imprégnée de significations sociales, à tel point que les deux sont indissociables. La pauvreté est héréditaire2. Les femmes sont nerveuses et hystériques3. Les personnes noires sont génétiquement paresseuses4. Ceci n'est qu'une petite partie des choses que la biologie a un jour « prouvé ». La biologie d'aujourd'hui n'est pas plus à l'abri de l'influence sociale qu'elle ne l'était lorsque la science a soutenue ces croyances.

 

De fortes significations sociales sont imposées à nos corps et nos esprits. Ce sont ces contextes sociaux qui créent le handicap. Nous sommes étiqueté·e·s comme handicapé·e·s par les personnes au pouvoir pour leur propre avantage. Qui est considéré·e comme handicapé·e – et ce qui est considéré comme un handicap – dépend de l'époque, la culture et du contexte.

 

Dans un monde sans escaliers, les utilisatriceurs de chaises roulantes seraient perçu·e·s très différemment qu'iels ne le sont ici et maintenant. De nombreuseux utilisatriceurs de chaises roulantes pourraient ne pas être du tout considéré·e·s comme handicapé·e·s, ou peut-être même perçu·e·s comme ayant un avantage sur les non-utilisatriceurs de chaise roulantes puisqu'iels n'auraient jamais à se soucier de trouver un siège.

 

Selon Gale Huntington, parlant de sa communauté dans le livre de Nora Ellen Groce Tout le monde ici parle la langue des signes, Martha Vineyard était une communauté parlant majoritairement la langue des signes au tournant du siècle dernier. Huntington a dit que les habitant·e·s de la ville « ne pensaient rien d'elleux [les personnes sourd·e·s] en particulier, iels étaient simplement comme tout le monde »5. La surdité était perçue très différemment dans une communauté où tout le monde ne connaissait pas la langue des signes6.

 

Et nos conceptions du handicap intellectuel ont changé avec le temps tandis que nous sommes passé·e·s d'une société agraire à une société industrielle7. Ces conceptions du handicap changent toutes, en fonction de leurs contextes.

 

En outre, ce qui est considéré comme un handicap change en fonction de ce que dicte le pouvoir, souvent de façon contradictoire. Les définitions les plus utilisées et influentes sont celles qui sont utilisées pas le gouvernement pour déterminer l'accès aux prestations sociales. En règle général, lorsque les avantages sont réels ou substantiels, en particulier concernant l'allocation de ressource, le gouvernement exclut de nombreuses personnes, si ce n'est la plupart d'entre nous, de la catégorisation de handicap et utilise une définition médicale stricte et dégradante8.

 

La définition médicale et le modèle médical du handicap sont nécessairement erronés, puisqu'ils permettent à un organisme externe de qualifier le handicap et d'ignorer les réalités sociales de la discrimination et de l'oppression. Le modèle médical limite nos réalités à ce que l'institution médicale définit comme des expériences biologiques et physiologiques plutôt que de refléter ce que sont nos vies et ce qui nous arrive dans le monde en général.

 

[Contenu sensible : le paragraphe suivant aborde la torture psychiatrique raciste]

 

La psychiatrie, comme beaucoup de personnes ici en ont conscience, a été utilisée comme un outil de contrôle social depuis des siècles. Sous l'esclavage aux États-Unis, de nombreuseux esclaves étaient diagnostiqué·e·s comme souffrant de « drapetomanie ». Ceci, Selon le Dr. Michael Greger, était définit comme « ''une propension irrépressible à la fuite''. Pour les esclaves atteint·e·s de drapetomanie...une simple procédure – l'amputation des orteils – était utilisée. »9

 

Il va sans dire que, dans ce contexte du moins, pour une personne qui est détenu·e et réduit·e à l'esclavage, l'une des actions les plus saines consisterait à s'enfuir. Ici la psychiatrie a été utilisée pour légitimer la torture et la punition des esclaves et pour légitimer le système raciste dans son ensemble. Pour plus d'information sur cette connexion particulièrement explicite entre le racisme, l'esclavage aux Amériques et la psychiatrie institutionnelle, ça vaut la peine de s'intéresser au travail de Suman Fernandob.

 

Les esclaves ne furent pas le seul groupe à être la cible du contrôle social de la profession médicale/psychiatrique. Selon le célèbre survivant de la psychiatrie, Don Weitz :

 

La psychiatrie fabrique des centaines de « troubles mentaux » classés dans sa bible intitulée le Manuel Diagnostic et Statistique des Troubles Mentaux (DSM). Le DSM n'est pas un ouvrage scientifique mais un catalogue de jugements moraux négatifs que les psychiatres utilisent pour médicaliser, cibler, et stigmatiser des manières de percevoir, d’interpréter ou d'être au monde dissidentes et alternatives10.

 

Le DSM est devenu un ouvrage de référence que les psychiatres utilisent pour légitimer les décisions morales qu'iels prennent concernant la déviance, la différence, et la diversité dans la société. Les jugements moraux de l'institution médicale, cependant, s'étendent bien au delà de la psychiatrisation. L'épilepsie était autrefois considérée comme étant entre autre causée par un "tempérament incontrôlé", notamment la consommation d'alcool et le sexe11. Des groupes incluant les personnes intersexué·e·s, les personnes trans, les personnes gros·ses et les femmes sont aussi médicalisés à travers un jugement moral.

 

Dans les années 1960, des organisations gays et lesbiennes ont créé un mouvement de défense des droits pour résister activement à la médicalisation, ce qui en fait l'un des, si ce n'est le premier mouvement anti-psychiatrisation. L'homosexualité était considérée comme pathologique – un handicap – à partir de la fin du 19ème siècle. Un des objectifs clés de la lutte était d'établir l'homosexualité comme, pour reprendre leurs termes, un « groupe minoritaire » plutôt que comme un handicap.

 

Un·e des militant·e·s étasunien·ne·s les plus connu·e·s dans la défense des droits homosexuel·le·s, Frank Kameny, souligna que « tout le mouvement homophile » serait un succès ou un échec en fonction de la question de la psychiatrisation des personnes queer12.

 

La critique dominante dans le mouvement de défense des droits homosexuel·le·s ne portait pas sur la pathologisation ou la nature oppressive de la classification de handicap en général, mais simplement sur le fait que les personnes au pouvoir avaient commis une erreur en les classifiant elleux en tant que handicapé·e·s. Cette stratégie a en fait contribué à maintenir l'oppression validiste et le statut quo tandis que l'on négociait la co-optation privilégiée des homosexuel·le·s.

 

En 1973, le courant majoritaire du mouvement de défense des droits des homosexuel·le·s a réussi à obtenir que l'homosexualité soit retirée de la liste des handicaps psychiatriques. Un·e militant·e a appelé cela « la réalisation la plus importante du mouvement de libération homosexuel·le »13

 

Au moment de la décision de l'AAP [Association Américaine de Psychiatrie] sur l'homosexualité, le mouvement de l'antipsychiatrie et des survivant·e·s de la psychiatrie a commencé à acquérir son autonomie. Ce mouvement commença aussi à faire en sorte qu'on lui retire l'étiquette de handicap. Selon Beresford, Gifford et Harrison dans Speaking Our Minds: Personal Experience of Mental Distress and its Consequences :

 

De nombreuseux survivant·e·s du système psychiatrique ne veulent pas se considérer comme handicapé·e·s. Iels associent le handicap avec la médicalisation de leurs souffrances et de leurs expériences. Iels rejettent les explications biologiques et génétiques de leurs souffrances imposées par les expert·e·s médical·e·s. Il est possible qu'iels ne se considèrent pas non plus comme étant en souffrance mentale ou émotionnelle, mais qu'iels célèbrent plutôt leur différence et leurs perceptions particulière14.

 

Liz Sayce, dans From Psychiatric Patient to Citizen: Overcoming Discrimination and Social Exclusion, a suggéré des raisons supplémentaires pour lesquelles certain·e·s survivant·e·s du système psychiatrique ne s'identifient pas comme handicapé·e·s, notamment :

(1) « les personnes handicapé·e·s (pensent certain·e·s usager·e·s/survivant·e·s) ont une déficience tangible, par exemple, être incapable de marcher ou de voir. Un diagnostic de maladie mentale est beaucoup plus subjectif ; on ne sait pas s'il y a quelque chose qui ne va pas15 », que (2) « La souffrance mentale n'est pas un handicap parce que ce n'est pas quelque chose avec laquelle on est né·e·s et ce n'est pas permanent ; les gens se rétablissent, iels sont des 'survivant.e·s' »16, et que (3) « adopter le terme 'handicap' signifie adopter un autre stigmate. Subir un stigmate est déjà assez dur. »17

 

Je voudrais répondre à ces trois positions à partir d'un point de vue radical sur le handicap. Tout d'abord, ce qui est étiqueté comme handicap n'est pas toujours immédiatement apparent. Plus important encore, ces étiquettes dépendent de l'époque, de la culture et du contexte au sein desquels elles sont assignées.

 

À qui et à quoi on donne l'étiquette de handicapé·e·s varie en fonction de ce que dicte le pouvoir. Une des principales raisons pour lesquelles nous sommes classé·e·s en tant qu'handicapé·e·s est le fait que nous soyons considéré·e·s comme improductives·fs ou sous-productives·fs dans le système capitaliste. Puisque ce qui est perçu comme socialement acceptable ou désirable change, les personnes qui sont perçu·e·s comme handicapé·e·s changent aussi. C'est pourquoi l'homosexualité n'est plus considérée comme un handicap psychiatrique.

 

En ce qui concerne la permanence du handicap, 80% des personnes handicapé·e·s acquièrent leurs handicaps et ne sont pas né·e·s avec18 et beaucoup d'entre nous font des vas et vient dans l'identité d'handicapé·e·s. Pratiquement tout le monde connaîtra une forme ou l'autre d'étiquette de handicap à un moment donné de leur vie.

 

Enfin, concernant le fait que certain·e·s survivant.e·s de la psychiatrie ne veulent pas adopter un autre stigmate en s'identifiant comme handicapé·e·s, je dirais qu'il importe peu de savoir si les personnes veulent ou non être stigmatisé·e·s ou être associé·e·s au stigmate du handicap. La réalité est que ce stigmate existe, et comme pour les personnes ayant un handicap physique ou cognitif, il est d'ors et déjà imposé aux personnes psychiatrisé·e·s.

 

Je dirais qu'il n'y a pas de différence entre une perspective de survivant·e de la psychiatrie et une perspective radicale sur le handicap. Chacun·e d'entre nous se considère comme une personne chez qui fondamentalement rien ne cloche, et qui apporte une contribution significative à sa communauté. La raison de ce point commun réside simplement dans le fait que rien ne cloche fondamentalement chez nous ; le problème étant plutôt enraciné dans la façon dont nous sommes étiqueté·e·s, considéré·e·s et traité·e·s par la société.

 

De façon similaire au courant majoritaire du premier mouvement pour les droits gays et lesbiens, beaucoup de survivant·e·s de la psychiatrie ainsi que le mouvement antipsychiatrie se sont rallié·e·s contre la notion de handicap les concernant. Il y a un rejet manifeste de l'idée de handicap appliquée aux survivant·e·s de la psychiatrie. Tandis que des groupes de survivant·e·s en sont venu·e·s à rejeter ce qui est considéré comme des « déficiences », « des défauts », ou des handicaps par l'institution médicale, iels continuent de porter ces jugements contre d'autres personnes handicapé·e·s. Parfois, les tentatives de certain·e·s survivant·e·s de la psychiatrie pour se dégager de l'étiquette de handicap se manifeste comme ouvertement et activement invalidiste*. Griffin Epstein dans Extension: Towards a Genealogical Accountability, dit qu'il existe un « mandat national pour les personnes anciennement marginalisé·e·s visant à reprendre le flambeau de l'oppresseur en échange des droits et des privilèges de la citoyenneté »19. Dans la lutte des survivant·e·s de la psychiatrie pour la dignité et le respect, les gens reprennent parfois le flambeau de l'invalidisme.

 

Ce faisant, de nombreuseux militant·e·s parlent du handicap en termes entièrement négatifs. On entend souvent des survivant·e·s du système psychiatrique affirmer quelque chose comme « Je ne suis pas handicapé·e, j'ai été la cible d'un système oppressif, et rien ne cloche chez moi. » En tant que personne handicapé·e, lorsque j'entends de telles déclarations, ce que j'entends c'est « Rien ne cloche chez moi, mais quelque chose cloche chez vous, et je ne veux pas être associé·e à ça. » Les positions de ce genre fonctionnent en réalité comme des légitimations de la médicalisation et rendent tolérable de décider qui est une personne acceptable et qui est inacceptable, elles s'opposent uniquement au fait que ce système ait imposé des présupposés négatifs sur elleux.

 

Cette dynamique se met fréquemment en place lorsque des militant·e·s anti-psy parlent des problèmes de la psychiatrie. Par exemple, la façon dont les gens parlent des médicaments psychiatriques. Une des principales raisons évoquée pour arrêter d'administrer des médicaments psychiatriques c'est que cela crée plus de gens comme nous, les personnes handicapé·e·s. Brain-Disabling Treatments in Psychiatry [Ouvrage non traduit dont le titre signifie : 'traitements psychiatriques qui handicapent le cerveau'] du Dr Peter Breggin est l'un des livres les plus fréquemment cités par le mouvement anti-psychiatrie. Dans une présentation lors de la consultation présidentielle étasunienne concernant les services de santé mentale communautaires, six célèbres militant·e·s antipsychiatrie ont écrit : « les médicaments psychiatriques tels que les neuroleptiques ne guérissent pas et ne sont pas fait pour guérir ou soulager la maladie mais pour handicaper et affaiblir par leurs effets uniquement handicapants »20. Et le texte de Don Weitz intitulé 25 bonnes raisons d'abolir la psychiatrie cite en raison n°1 : « Parce que les psychiatres causent fréquemment des dommages, des handicaps permanents, et la mort – la mort du corps et de l'esprit »21.

 

Douglas A. Smith, lorsqu'il parle des « effets handicapants » des médicaments psychiatriques, dans « Janelle's Story » dit que Janelle est « acculée à sa chaise roulante par son handicap physique induit par les médicaments » et que « malgré » cela « son mari, Greg, est tombé amoureux d'elle et l'a épousée »22. Smith insinue à la fois que la création de corps handicapés est une tragédie et que les utilisatriceurs de chaises roulantes sont peu attirant·e·s, peu désirables et doivent être « exceptionnel·le·s » pour attirer des partenaires. Tandis que les discussions autour des médicaments psychiatriques tendent à renforcer l'idée que les survivant·e·s de la psychiatrie ne sont pas handicapé·e·s, elles établissent aussi le handicap, et par extension les personnes handicapé·e·s, comme entièrement négatives·fs, indésirables et à éviter le plus possible.

 

Bien sûr, tou·te·s les survivant·e·s de la psychiatrie et les militant·e·s antipsychiatrie ne voient pas les choses de cette façon. Gisella Sartori, la fondatrice de Second Opinion Society, dit de son organisation, « nous en sommes arrivé·e·s à dire 'Oui. Nous sommes handicapé·e·s ; nous n'avons pas un handicap inhérent, mais le système a rendu·e certain·e·s d'entre nous handicapé·e·s. »23. Toutefois cette déclaration porte sur les effets secondaires des médicaments psychiatriques, plutôt que sur le système qui impose des identités d'handicapé·e·s aux gens.

 

Je dirais que les militant·e·s antipsychiatrie, les universitaires, les survivant·e·s de la psychiatrie et les militant·e·s de la mad pride ont tou·te·s besoin de repenser non seulement la manière dont iels parlent du handicap mais aussi la manière dont iels conceptualisent le handicap. Oui, je pense que la valeur négative qui est donnée au handicap par les militant·e·s antipsy est problématique et doit changer, de plus les gens doivent trouver des façons de parler du mal qu'iels subissent sans renforcer les idées invalidistes. Plus encore, je pense qu'il est important que les gens reconnaissent qu'aucun·e d'entre nous n'est handicapé·e parce que quelque chose cloche chez nous, mais plutôt parce que cette identité politique nous est imposée. Que nous voulions ou non du stigmate, que nous nous considérions ou non comme handicapé·e·s, franchement, importe peu puisque ça n'a pas d'impact sur le fait d'être ou non étiqueté·e·s comme handicapé·e·s.

 

Il y a aussi un intérêt personnel pour les survivant·e·s du système psychiatrique à adopter cette position. Retirer un groupe de la case handicap tout en maintenant les mécanismes permettant aux étiquettes de handicap d'être imposées aux gens laisse courir le risque permanent de la repathologisation lorsque cela arrange celleux au pouvoir. Des déclarations sont régulièrement faites sur ce qui constituerait les causes biologiques de l'homosexualité, de la transsexualité, et de ce qui est appelé « les maladies mentales ». De nouveaux développements dans ces domaines apportent constamment des façons nouvelles et innovantes de pathologiser les gens. Cependant, ce qui mène à la repathologisation ce n'est pas les dernières études ; c'est le contexte social et politique.

 

Parce que le mouvement de survivant·e·s de la psychiatrie et le courant majoritaire du mouvement de droits des homosexuel·le·s ont permis de renforcer l'idée que le handicap et, par extension, les personnes handicapé·e·s sont une mauvaise chose et sont indésirables, iels se retrouveront avec peu de choix politiques possibles si une campagne pour leur repathalogisation a lieu.

 

À moins que le courant majoritaire du mouvement pour les droits homosexuel·le·s et le mouvement anti-psychiatrie ne rompent avec le modèle d'organisation de la séparation et de la division, iels ne seront capables, encore une fois, que de se mobiliser contre la médicalisation de ces dernier·e·s selon les termes du pouvoir – une lutte qui pourrait ne pas être couronnée de succès. Même si elle était couronnée de succès, il existerait cependant toujours le risque de repathologisation.

 

L'antipsychiatrie est à la croisée des chemins. Soit le mouvement continue sur la voie qu'iel a emprunté jusque ici et lutte pour retirer les personnes psychiatrisé·e·s de la case handicap, ce qui signifie participer à maintenir l'oppression de celleux d'entre nous qui sont laissé·e·s pour compte, ou bien iel peut appliquer beaucoup des analyses sérieuses et approfondies qu'iel fait de la psychiatrie à la totalité de l'institution médicale et reconnaître que les personnes psychiatrisé·e·s sont handicapé·e·s uniquement parce que celleux au pouvoir disent qu'iels le sont. Il ne s'agit pas de dire que cette tâche n'incombe qu'au mouvement antipsychiatrie. Il y a une longue histoire de militant·e·s pour les droits des personnes handicapé·e·s qui excluent, rabaissent et discriminent les personnes qui sont ou qui ont été psychiatrisé·e·s. Ces questions doivent aussi être abordées et réglées. Cependant, si nous parvenons à affronter nos histoires d'oppression mutuelle, je crois qu'à partir de là nous pourrions utiliser cette compréhension comme un point de ralliement pour construire un large mouvement pour la justice sociale qui serait bien plus inclusif et qui pourrait obtenir un changement fondamental.

 

L'auteur aimerait remercier Griffin Epstein pour ses modifications et son assistance dans la recherche et Loree Erickson pour avoir fourni des commentaires utiles et nécessaires.

 

Discours tenu à l'occasion de PsychOut: Une conférence pour organiser la résistance contre la psychiatrie, OISE, Toronto, 2010.

a Note de Traduction : L'auteur·e préfère employer le terme invalidisme (disableism) plutôt que validisme (ableism), pour désigner l'oppression contre les personnes considéré·e·s comme handicapé·e·s. Pour une explication en anglais de ce choix voir : https://stillmyrevolution.org/2013/01/01/disablism-or-ableism/

 

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Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations en nous contactant (zinzinzine[at]riseup.net), cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée. 

 

Lire le texte en anglais

 

Le blog de l'auteur·e : stillmyrevolution.org

 

 

1 Burstow, Bonnie. Call Me Crazy: Stories from the Mad Movement. Ed. Irit Shimrat. Vancouver: Press Gang, 1997. Press Gang, Vancouver, 1997, 43.

2 Rafter, Nicole H. “Claims-Making and Socio-Cultural Context in the First U.S. Eugenics Campaign.” Social Problems, vol. 39, no. 1, 1992, 21.

3 Ehrenreich, Barbara and Deirdre English. Complaints and Disorders: The Sexual Politics of Sickness. New York: The Feminist Press, 1976. 22.

4 Beckwith, Jon. “A Historical View of Social Responsibility in Genetics.” Bioscience, vol. 43 no. 5, 1993, 327.

5 Groce, Nora Ellen : Tout le monde ici parle la langue des signes. Surdité héréditaire à Martha Vineyard. Cambridge: Harvard University Press, 1985. 2.

6 La communauté Sourde est un autre groupe qui a œuvré pour se démarquer des personnes handicapé·e·s en soutenant que les personnes Sourdes étaient une minorité linguistique plutôt qu'un groupe handicapé. S'il est vrai que les personnes Sourdes sont une minorité linguistique, cela n'a rien avoir avec le fait qu'iels sont considéré·e·s comme handicapé·e·s, cette étiquette est imposée extérieurement sur les gens sans qu'iels en aient le contrôle.

7 Gobel, Colin. “Dependence,Independence and Normality.” Disabling Barriers, Enabling Environments. Eds. John Swain, Sally French, Colin Barnes, Carol Thomas. Thousand Oaks, CA: Sage, 2004. 41.

8 voir, par exemple, the Ontarians with Disabilities Act et The Ontario Disability Support Program Act.

9 Greger, Michael, M.D. “Appendix 43.” Heart Failure: Diary of a Third Year Medical Student. Retrieved February 12, 2005 from http://www.upalumni.org/medschool/appendices/appendix-42.html

b Note de Zinzin Zine : pour se faire une idée du travail de Suman Fernando, voir la traduction en français de son texte les racines du racisme en psychiatrie

10 Weitz, Don. “25 Good Reasons to Abolish Psychiatry,” “What Difference Does it Make?” (The Journey of a Soul Survivor). Ed. Wendy Fk. Cranbrook, B.C.: Wildflower, 1998. 159.

11 The Cincinnati Medical And Surgical News, v. III, 1863. 158

12 Kameny, Franklin E. “Civil Liberties: A Progress Report.” New York Mattachine Newsletter,

July 1965, 12. Extrait de : http://www.rainbowhistory.org/kameny75b.pdf

13 Silverstein, Charles. “Are You Saying Homosexuality Is Normal?” Journal of Gay & Lesbian Mental Health, vol. 12 no. 3, 2008. 277.

14 Beresford, P., Gifford, G. & Harrison, C. “What has disability got to do with psychiatric survivors?” Speaking Our Minds: an Anthology of Personal Experience of Mental Distress and its Consequence. Eds. J. Reynolds and J. Read

Eds. Basingstoke: Macmillan, 1996. 209.

15 Sayce, Liz. From Psychiatric Patient to Citizen: Overcoming Discrimination and Social Exclusion. New York: St. Martin's Press, 2000. 133.

16 Sayce, Liz. From Psychiatric Patient to Citizen: Overcoming Discrimination and Social Exclusion. New York: St. Martin's Press, 2000. 134.

17 Sayce, Liz. From Psychiatric Patient to Citizen: Overcoming Discrimination and Social Exclusion. New York: St. Martin's Press, 2000. 135.

18The Politics of Women's Health: Prenatal Testing and Disability Rights,” Our Bodies Ourselves Health Resource Center retrieved April 29, 2010 from: http://www.ourbodiesourselves.org/book/companion.asp?id=31&compID=43

19 Epstein, Griffin. Extension: Towards a Genealogical Accountability (The Critical [E]raci[ing] of Mad Jewish Identity),

unpublished thesis, OISE, University of Toronto, 2009. 33.

20 McCubbin, Weitz, Spindel, Cohen, Dallaire, Morin. “Submissions for the President's Consulation Regarding Community Mental Health Services,” Radical Psychology. Retrieved April 22, 2010 from: http://www.radpsynet.org/journal/vol2-2/submission-mccubbin.html

21 Weitz, Don. “25 Good Reasons Why Psychiatry Must Be Abolished” retrieved April 22, 2010 from:

http://www.antipsychiatry.org/25reason.htm

22 Smith, Douglas A. “Jenelle's Story” retrieved April 22, 2010 from: http://www.antipsychiatry.org/jenelle.htm

23 Sartori, Gisella. Call Me Crazy: Stories from the Mad Movement. Ed. Irit Shimrat. Vancouver: Press Gang, 1997. 131.

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