Ce que le gouvernement sait mais ne nous dit pas au sujet du suicide et de la dépression

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Ce que le gouvernement sait mais ne nous dit pas au sujet du suicide et de la dépression

Bruce Levine (15/02/15).

Pendant près de deux décennies, les publicités de Big Pharma  ont faussement annoncé aux étasunien·nes que la maladie mentale était associée à un déséquilibre chimique du cerveau, mais en vérité la dépression et le suicide sont associés avec la pauvreté, le chômage, et l'incarcération de masse. Et en vérité la société étasunienne est devenue si particulièrement oppressive pour les jeunes qu'un nombre honteusement important d'adolescent·es étasunien·nes et de jeunes adultes sont déprimé·es et suicidaires.

En novembre 2014, l'administration des services en toxicomanie et santé mentale (SAMHSA) du gouvernement des États-Unis a publié un communiqué de presse intitulé: «Près d'un·e adulte étasunien·ne sur cinq a eu une maladie mentale en 2013». Ce bref communiqué de presse donne un aperçu du nombre d'étasunien·nes qui sont suicidaires, déprimé·es, et malades mental·es, et déplore le nombre d'étasunien·nes qui ne sont pas sous traitement. Cependant, exclues du communiqué de presse de la SAMHSA – mais comprises dans les longs résultats de l'enquête nationale de la SAMHSA – il existe des données en termes économiques, d'âges, de genres et d'autres données démographiques qui sont corrélées avec les maladies mentales graves, la dépression et l'état suicidaire (pensées suicidaires sérieuses, projets, ou tentatives). Ce sont ces corrélations démographiques qui ont des implications politiques.

Ces longs résultats incluent par exemple de nombreuses preuves qu'un passage par le système judiciaire pénal (comme en étant en libération conditionnelle ou en probation) est hautement corrélé avec l'état suicidaire, la dépression, et les maladies mentales graves. Pourtant on ne dit pas aux étasunien·nes que prévenir des passages inutiles par le système judiciaire pénal – par exemple, en légalisant la marijuana et décriminalisant l'utilisation de drogues – pourrait bien se révéler être un meilleur antidote aux états suicidaires, aux dépressions et aux maladies mentales graves qu'un quelconque traitement médical.

En outre, les résultats de l'enquête fournissent de nombreuses preuves que le chômage et la pauvreté sont hautement associés avec l'état suicidaire, la dépression et les maladies mentales graves. Alors qu'une corrélation n'équivaut pas à une causalité, il paraît plus sensé d'examiner plus longuement des variables que l'on sait être associées avec le suicide, la dépression et les maladies mentales graves, que de se focaliser sur des variables telles que les déséquilibres chimiques, qui elles ne sont même pas corrélées (voir «3 inquiétantes raisons pour lesquelles la psychiatrie conserve du pouvoir malgré une perte de crédibilité scientifique»). Ces résultats amènent des questions telles que: est-ce que le chômage et la pauvreté causent la dépression, est-ce que la dépression rend plus vulnérable au chômage et à la pauvreté, ou bien les deux sont-ils vrais?

Et les résultats de l'enquête fournissent aussi de nombreuses preuves que les jeunes étasunien·nes sont plus dépressive·ifs que les étasunien·nes plus âgé·es, que les femmes ont plus tendance à être dépressives que les hommes, et que les américain·es native·ifs et les américain·nes biracial·es· ont plus tendance à être dépressive·ifs que les autres groupes ethniques/raciaux. Encore une fois, alors qu'une corrélation n'équivaut pas à une causalité, la dépression ne peut évidemment pas faire que quelqu'un·e devienne jeune, femme, ou américain·e native/if. Plus rationnellement, les chercheuseurs devraient se demander qu'est-ce qui dans la société étasunienne est si particulièrement déprimant pour les jeunes, les femmes, et les américain·es native·ifs.

Cette enquête récente de la SAMHSA fournit une opportunité en or pour un changement scientifique et sociétal qui permette de reconsidérer ce qui dans la société et la culture étasunienne produit de la souffrance émotionnelle et des comportements autodestructeurs, en particulier pour certains groupes. Voici un résumé de quelques statistiques clés des résultats de l'enquête de la SAMSHSA qui ont été enterrés.

Résumé des résultats enterrés de l'enquête de la SAMHSA

Passage par le système judiciaire pénal: En 2013, le pourcentage d'adultes étasunien·nes ayant de graves pensées suicidaires: 10,7% pour celles et ceux qui étaient en liberté conditionnelle ou en liberté surveillée au cours des 12 derniers mois, 9,2% parmi les personnes en probation, et 3,9% pour les personnes qui n'étaient pas impliqué·es dans le système judiciaire pénal. Le pourcentage d'adultes ayant une maladie mentale quelle qu'elle soit: le chiffre est de 32,3% chez les personnes en probation, 36,5% chez les personnes en liberté conditionnelle, le double du pourcentage chez les adultes non impliqué·es dans le système judiciaire pénal (18,3%). Le pourcentage d'adultes atteint·es de maladies mentales sérieuses: en probation le chiffre est de 9,4%, en liberté conditionnelle ou surveillée 13,9%, plus du triple du chiffre de celles et ceux qui ne sont pas impliqué·es dans le système judiciaire pénal (4,1%).

Chômage: Parmi les adultes étasunien·nes en 2013, les chômeuseurs étaient plus susceptibles que les personnes qui avaient du travail à plein temps de: développer de graves idées suicidaires (7,0 contre 3,0 %), faire des projets de suicide (2,3 contre 0,7%), ou tenter de se suicider (1,4 contre 0,3%). Le pourcentage d'adultes atteint·es de maladie mentale quelle qu'elle soit: pour les chômeuseurs était de 22,8%, celui des travailleuseurs à temps partiel était de 4,8%, et pour les travailleuseurs à plein temps il était de 2,7%. Parmi ces adultes ayant un épisode dépressif majeur: le pourcentage de chômeuseurs était de 9,5%, celui de travailleureuses à mi-temps était de 7,8%, et celui des travailleuseurs à plein temps était de 5,3%.

Revenu familial: Parmi les adultes étasunien·nes en 2013, de graves pensées suicidaires sont observées chez: 6,6% de celles et ceux dont le revenu familial est en dessous du seuil de pauvreté, 4,7% des personnes dont le revenu familial est entre 100 et 199 % du seuil de pauvreté, et 3,1 % des personnes dont le revenu familial annuel représente 200% au plus du seuil de pauvreté. Parmi les adultes étasunien·nes, le pourcentage de personnes atteintes de sérieuse maladie mentale: chez les personnes dont le revenu familial était en dessous du seuil de pauvreté il était de 7,7%, chez celles et ceux dont le revenu familial était entre 100 et 199% du seuil de pauvreté il était de 5,1%, et chez celles et ceux dont le revenu familial était de 200% ou plus du seuil de pauvreté il était de 3,2%.

Âge: Aucune donnée du taux de suicide pour les étasunien·nes de moins de 18 ans, cependant, parmi les adultes étasunien·nes le pourcentage de personnes ayant de graves pensées suicidaires est de: 7,4% chez les 18 et 25 ans, 4,0% chez les 26 à 49 ans, et 2,7% chez les personnes de 50 ans et plus. Et parmi les adultes qui ont planifié un suicide l'année dernière : 2,5% étaient âgé·es de 18 à 25 ans, 1,3% étaient âgé·es de 26 à 49 ans, et 0,6% étaient âgé·es de 50 ans et plus. Le pourcentage d'étasunien·nes souffrant d'un épisode dépressif majeur était de: 10,7% chez les 12-17 ans, 8,7% chez les 18-25 ans, 7,1% chez les 26-49 ans, et 5,1% chez les personnes de 50 ans et plus.

Genre: En 2013, les femmes adultes étaient plus susceptibles que les hommes adultes d'avoir: n'importe quelle maladie mentale (4,9 contre 3,5%), un épisode de dépression majeur (8,1 contre 5,1%), et des pensées suicidaires (4,0 contre 3,8%). Parmi les étasunien·nes âgés entre 12 et 17 ans, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d'avoir un épisode dépressif majeur (16,2 contre 5,3) et un épisode dépressif majeur avec invalidité sévère (12,0 contre 3,5%).

Ethnicité/Race: En 2013, le pourcentage d'adultes âgés de 18 ans ou plus souffrant de graves pensées suicidaires l'année précédente était de: 2,9% parmi les noir·es, 3,3% parmi les asiatiques, 3,6% parmi les hispaniques, 4,1% parmi les blanc·hes, 4,6% parmi les hawaïen·nes natives·ifs ou les personnes issues des îles pacifiques, 4,8% parmi les autochtones américain·es ou les native·ifs d'Alaska, et 7,9% parmi les adultes déclarant deux races ou plus. Le pourcentage d'adultes souffrant d'un épisode dépressif majeur était de: 1,6% parmi les Hawaïen·nes native·ifs ou les personnes issues des autres îles pacifiques, 4,0% parmi les asiatiques, 4,6% parmi les noir·es, 7,3% parmi les blancs, 8,9% parmi les autochtones américain·es ou les native·ifs d'Alaska, et 11,4% parmi les adultes déclarant deux races ou plus.

Conclusions

Le communiqué de presse de la SAMHSA indique que parmi les adultes étasunien·nes en 2013: 10 millions d'adultes étasunien·nes (4,2%) ont souffert d'une maladie mentale grave, 15,7 millions d'adultes (6,7%) ont souffert d'un épisode dépressif majeur, et déclare que «les épisodes dépressifs majeurs atteignent approximativement un·e jeune sur cinq (2,6 millions) âgé·es de 12 à 17 ans.» Le communiqué de presse se lamente ensuite sur le nombre d'étasunien·nes atteint·es de maladie mentale qui ne reçoivent pas de traitement.

Bien que ces statistiques du communiqué de presse de la SAMHSA sont troublantes, le diable est dans les détails, et les détails sont nombreux vu la longueur des résultats de l'enquête. Ces résultats rendent clairement compte du fait que les tendances suicidaires, la dépression, et la maladie mentale sont hautement corrélées au passage dans le système judiciaire pénal, au chômage, et à la pauvreté, et qu'on les trouve plus fréquemment parmi les jeunes, les femmes, et les native·ifs américain·es.

Les chercheuseurs ne devraient-iels pas examiner les variables culturelles et sociétales étasuniennes qui rendent de si nombreuses personnes parmi nous dépressives et suicidaires? Nous autres, en tant que société, ne voulons-nous pas au moins savoir ce qui peut bien rendre de jeunes adolescent·es en bonne santé plus dépressives·ifs que des personnes âgées?

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Source : www.madinamerica.com

Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations en nous contactant, cette version est donc susceptible d'être modifiée.