En défense de l'anormalité

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En défense de l'anormalité

Introduction de Primera Vocal:


Nous vous présentons un fanzine qui a été publié il y a plus de 14 ans, pure archéologie de la lutte politique dans le domaine de la santé mentale. Le passage du temps est une chose à laquelle on ne peut échapper. Avant la généralisation des pages Web ou des réseaux sociaux, les fanzines étaient le moyen d'expression que beaucoup d'entre nous utilisaient. Ce texte a fait partie du numéro 7 d’"Enajenadxs", une publication apériodique qui s'est éteinte au moment où elle devait le faire. En défense de l'anormalité a été publié à environ 2 000 exemplaires, et a donné lieu à de nombreuses photocopies. Il a été traduit en italien, en portugais et en anglais (peut-être aussi en grec, mais sur ce point, la mémoire nous fait défaut), et a également été publié dans certains pays d'Amérique latine. En d'autres termes, il a été beaucoup plus lu que la plupart des publications numériques actuelles, malgré les centaines de retweets qu'elles peuvent avoir.

Nous recommandons à nos lecteurICEs de tenir compte des années qui se sont écoulées et de le faire avec une certaine mise en perspective. Le contexte dans lequel ce texte a été écrit et le contexte actuel comprennent des similitudes structurelles et des distances politiques évidentes. Au-delà du style de dur à cuir qu’exigeait le moment et d’un certain verbiage situationniste qui a régulièrement vieilli depuis, ce qui demeure clair c'est que derrière ces mots les cœurs battent avec force. Essayez de sentir le sang battre au-delà de la luminosité de vos écrans.

 

 

«À mes chers anarchistes,

sous le drapeau,

sous le linceul,

sous le vin

et les versets interminables.»

Alfredo Zitarrosa
 

À mes amours de Bocanegra. Belle vertu que celle de ne pas juger.

«Je veux ressentir quelque chose qui pour moi sente la vie».
Triana

 

«C'est probablement un imbécile depuis sa naissance. Un idiot complet... Prions Dieu puisqu’il en est ainsi.»
Commentaire du Docteur de The Elephant Man, film de David Lynch.

[Le présent manifeste ne cherche pas à provoquer des jugements esthétiques, des élucubrations interprétatives ni aucune jouissance de la part du lecteur. La contemplation suppose un échec dans la tentative d’aborder le changement: subvertir la réalité n’a rien à voir avec le fait de jouer maladroitement à l’interpréter. On ne cherche ni plus ni moins qu'une secousse, une flamme. Ces pages sont heureusement condamnées à brûler. Il reste à écrire ce que le feu va emporter avec lui.]

[0] Nous avons clairement indiqué la nécessité de déblayer le terrain comme première étape au début d'un troisième assaut contre la société de classes. Le travail théorique que nous assumons est de déterminer notre place dans cette attaque, d'étudier les pouvoirs, les mouvements et les tactiques nécessaires. En même temps, nous sommes conscientEs que chacunE doit accomplir cette tâche d’identification par ses propres moyens: personne ne va venir le faire pour nous.

En tant que psychiatriséEs en lutte, nous comprenons que toute la société a comme axe la Norme. La relation entre les sujets et elle commence dès les premières années de la vie, et pas seulement à travers les institutions de la famille ou de l’école, la médication avec des traitements psychoactifs étant toujours plus précoce: il n'est pas du tout étrange de voir les médecins prescrire des tranquillisants, comme si c’était des bonbons aux enfants les plus «rebelles». Cependant, nous comprenons qu'il y a un moment clé (qui se produit souvent autour de l'adolescence, mais il n'en est pas toujours ainsi) où une grande partie des gens reconnaît qu'il y a quelque chose dans la Réalité qui ne peut pas convaincre; nous en arrivons souvent cette situation à partir du regard de nos propres parents... cela montre généralement que ce monde n'est pas si génial, que la vie n'est pas nécessairement le si beau cadeau qu'ils nous ont tant de fois répété. Lorsque le doute prend forme sur la base de claques, de souffrances diverses, déceptions, raclées et désespoir, deux chemins sont généralement ouverts: d'une part, l'autodestruction avec toutes ses variantes (drogues, suicide, ostracisme volontaire, etc.) et d'autre part, l'immersion – d'une manière ou d'une autre – dans les réseaux du système de santé mentale.

Ainsi, tu te retrouves classiquement, sans savoir comment, dans une consultation de santé publique, dans le cabinet d'un des des thérapeutes de tout poil qu'offre le marché ou directement attachéE sur un brancard dans la section psychiatrique d'un hôpital. Ici, deux choses se produisent généralement: soit une personne est réduite par les médicaments et rejoint le fonctionnement social comme si presque rien ne s'était passé (ce qui est d'autant plus difficile, que le choc avec la Norme est intense), soit elle est prise dans une spirale chronique (comme les médecins nous le rappelle habituellement: «Compte tenu de ses caractéristiques, nous ne devrions pas être obsédés par la guérison, mais plutôt essayer d’atteindre un niveau de vie aussi agréable que possible») de chutes et de rechutes, de médicaments et d'enfermement sous contrainte. Quand un sujet qui a atteint ce point se pose la nécessité de faire la guerre à la société et à sa tyrannie de la normalité, quand unE psychiatriséE se déclare ellui-même – sans l'approbation d'un curé révolutionnaire – psychiatriséE en lutte, affrontant les médocs, les ordonnances judiciaires ou la sale autorité scientifique, il s'affirme comme sujet révolutionnaire dans ce désert d'homogénéité et de désenchantement.

La situation dans laquelle se trouve lae psychiatriséE en lutte est celle d'être une contradiction ambulante dans ce fouillis. C'est cellui qui dit: les maîtres ont parfois tout faux, leurs prévisions et leurs théories scientifiques ne valent rien: je suis ici, je ne suis ni mortE ni droguéE, j'ai vécu et je vis l'enfer de la Machine et je veux régler mes comptes. Ici, le système a perdu son innocence apparente, et il est impossible qu'il puisse un jour la récupérer. Il n'a plus rien pour séduire. La démocratie se présente comme la vieille traînée
édentée et fardée qu’elle est [Note de Primera vocal : nous gardons le texte original ... l'image à laquelle il se réfère est une image esthétique classique dans l'anarchisme du début du XXe siècle, après elle nous semble de mauvais goût et une référence malheureuse...] La santé dérobée, on ne veut plus de marchandises-babioles, mais tout simplement et clairement se venger. Il y a là la possibilité de porter de nouveau le conflit hors de toute ardeur réformiste, des discours citoyennistes et socio-démocrates triomphants de nos jours. On inaugure un champ de bataille vieux comme l'histoire du monde. La Norme contre lae fou/folle qui n’a aucune envie de crever. Cette société si parfaite, si inébranlable et séduisante, a donc unE ennemiE qui l'a vue de l'intérieur et de l'extérieur, qui ne reproduit pas ses comportements assignés, un fantôme qui attend sur le bord de la route, les dents serrées.

Nous savons comment les rouages de notre ruine fonctionnent, il faut maintenant que chacun de nous devienne stratège. Bien sûr, nous sommes dans une position privilégiée: ils ne nous achèteront pas en augmentant les salaires, ils ne nous calmeront pas en nous donnant des espaces ou des infrastructures, ils ne peuvent pas négocier avec nous pour la simple raison qu'ils ne peuvent même pas nous voir. La haine est trop enracinée et ne sera pas facile à extirper. Nous ne voulons pas promettre un monde meilleur. Nous voulons autre chose, et cela signifie brûler le présent. Jusque-là, nous ne voyons pas de sens à spéculer davantage. Nous n'avons rien à vendre, nous ne prétendons convaincre personne.

Nous ne sommes pas arrivés seulEs à la douleur, nous sommes tombéEs parce qu'ils nous ont poussés. Le monde nous a entraînés vers le trou, et le monde le payera.

[1] Pour comprendre quelque chose de nos jours, il est absolument nécessaire d'utiliser ce qui nous est caché.

[2] La nécessité de stratégie est aujourd'hui plus évidente que jamais... L'éclair ne se déplace pas en ligne droite.

[3] Nous avons cru toute la merde qu'ils nous ont fait avaler dès le plus jeune âge, nous avons reproduit le mécanisme subtil du pouvoir par lequel nous faisons d'une contrainte une valeur. Mais puisque que nous avons pris conscience du fonctionnement de ce mécanisme, nous pouvons avertir du fait qu'inventer un nom ne résout pas un problème. Nous en sommes un bon exemple. Imbéciles, aliénéEs, idiotEs, fols, débiles mental·aux...Guerre au monde qui nous a déclaré la guerre il y a si longtemps !

[4] Vous souvenez-vous de quand nous étions des bambins? Quand, à l'école, chaque jour, unE enfant vomissait, et le gardien avait toujours un seau de sciure de bois. Combien d'entre vous vomissent maintenant au turbin, dans la salle de classe, dans le cabinet du médecin? Vous ne comprenez pas? Nous nous sommes habitués au dégoût.

[5] Ingénierie de la douleur. Ils ont construit une réalité aux écrous flottants.

[6] Mieux vaut gagner un monde différent de celui que nous avons perdu, que de vivre dans cette décharge de rêves. Mieux vaut être en guerre, qu'atrophiéE, vivant des heures mortes. Mieux vaut être dans le délire que dans le cauchemar journalier. Mieux vaut ouvrir les brèches, que de dormir dans des niches. Mieux vaut fol que zombie.

[7] L'ordre devient nécessaire. Pas en tant qu'imposition, mais en tant que détermination. Construction stratégique. Cesser de nager au milieu de l'océan. Il s'agit d'attaquer. Vivre.

[8] Tout le sens de la subversion se réduit à la confrontation avec le normal. De là surgissent douleurs et plaisirs et ils ne le font presque jamais à parts égales. Savoir où on est, cartographier la toile dans laquelle l'on est immergéE, est une condition nécessaire pour ne pas tomber encore et encore. Déployer les cartes qui nous permettent de reconnaître nos ennemis nous permet de rester en vie, de ne pas faire définitivement partie du domaine des objets.

[9] L'appel, des maîtres du monde et de leur porte-parole à respecter les règles du jeu, n'a pas pour nous la moindre consistance. A ce stade du cauchemar, nous nous sommes déjà rendu compte que nous n'avions jamais eu la possibilité d'entrer ou de quitter le «jeu». Il embrasse la totalité de l’existant. En fait, il œuvre à donner forme à tout ce qui pourrait potentiellement exister. Telles sont les capacités démesurées du pouvoir à notre époque. A l'ère d'Orwell, on peut dire que nos rêves sont surveillés. Nous les cachons, nous les aiguisons. C'est pourquoi nous ne pouvons pas approcher la Norme, c’est pourquoi nous ne pouvons pas renoncer à eux. Nous ne pouvons pas nous trahir... ou la domination absolue serait consommée.

[10] Notre astuce: la folie est difficilement récupérable; pourrais-tu récupérer quelque chose que tu ne peux pas comprendre? Toutes ces sciences de l'homme moderne qui jouent à la disséquer sont-elles autre chose qu'un écran de fumée pour cacher ce qui leur échappe dans les égouts de leur savoir? La folie dirige ton regard sur le point précis que tu n'as jamais voulu regarder.
C'est pourquoi du/de la fol émanent l'art et l'hostilité, c'est pourquoi iel n'arrête pas de l'être, et c'est pourquoi iel est seulE.
Risque.

[11] On fait toujours la guerre pour la gagner. Une autre pensée dans la tête du/de la combattantE n'aurait aucun sens.

[12] Dans l'insurrection contre la domination de l’homo normalis, il faut faire face à l'étude des différents actes de pouvoir qui façonnent nos vies. Il ne s'agit pas de construire de grandes théories ou de systématiser des totalités (ou globalités), mais d'analyser la spécificité des mécanismes de domination.
Tirer les brins du fil pour dénuder la trame de ce fouillis. Chercher des instruments, fuir les systèmes. Gueuler à la face de nos ennemis à propos de la (leur) vérité et autres mensonges.

[13] Lorsque nous examinons de près la psychiatrisation de la vie quotidienne, nous révélons le pouvoir invisible. De cette façon, nous concluons que lorsqu'un jugement ne peut être exprimé en termes de bien et de mal, il s'exprime en termes de normal et anormal; et cette différenciation au sein de la société est justifiée en ayant recours à ce qui est positif ou nocif pour l'individu.
La perpétuation et la reproduction de l'homo normalis et de ses dominations se consomment à travers la modélisation du quotidien par le pouvoir. Le quotidien va du corps des sujets à leurs gestes, attitudes et discours. Et il est façonné par l'exercice des différentes technologies opérant dans la société de la normalisation. Parmi celles-ci la technologie médicale et pénale nous intéressent particulièrement. Dans l’office obscur des psychiatres, les deux se rejoignent, démontrant à quel point la pratique médicale interagit avec l'ordonnancement juridique de la vie quotidienne.
La conséquence du déploiement du discours psychiatrique est la médicalisation du comportement. Nous pouvons le constater avec l'introduction de la psychiatrie en tant que technologie auxiliaire dans une cour de justice ou par le simple fait que le Valium est une partie fondamentale de l'imaginaire collectif de l'Occident.

[14] Le diagnostic médical n'est autre qu'un mensonge qualifié. Rouage qui garantit les bonnes performances du spectacle.
Les médecins sont des flics. Bras armés d'un style de vie. Ils vont même jusqu’à porter l’uniforme. Les pilules, les scalpels, les sangles et les électrodes devraient autant si ce n’est pas plus nous faire peur que des armes à feu. Et bien sûr, ils devraient nous donner le même mépris et dégoût. Leur impunité, le prestige social dont ils jouissent, nourrit une rage sans fin.
À tous ces sbires, quelle que soit la porte des cieux qu'ils gardent, nous souhaitons le même sort. La douleur n'est jamais gratuite, c'est une leçon que nous avons apprise.
Alors non, la paix ne peut pas nous intéresser. Tendre l'autre joue, nous laissons ça aux esprits médiocres qui sont encore incapables de rien comprendre. D'ailleurs, si nous ne voulions pas répondre, nous n'aurions pas d'autre choix que de nous laisser battre. Il n'y a pas d'échappatoire. Nous avons été mis en morceaux depuis longtemps. Nous sommes si intolérantEs: nous n'acceptons pas leurs médicaments, leurs enfermements, leurs thérapies faites d'électrochocs ni leurs belles et scientifiques paroles. Nous avons survécu une fois et nous sommes de retour pour poignarder nos ennemis.
Quelqu’unE trouve-t-il cela mal? Nous l'invitons à aller chez le psychiatre.
Devrions-nous comprendre, nous mettre à la place de nos ennemis de classe? Bien sûr que non. Si eux l'avaient fait, ils ne pourraient pas non plus dormir la nuit.

[15] La douleur s'est matérialisée depuis longtemps. Nous avons tous des yeux pour le voir, les tortionnaires ne peuvent s'exclure de cette observation. ChacunE doit repenser sa place dans la machine. N'ayez pas peur de perdre votre statut, messieurs et mesdames les psychologues et les psychiatres. Si vous continuez à nous anéantir, en niant les personnes que nous sommes, vous risquez de perdre plus qu'une position sécurisée dans cette réalité.

[16] Nous allons entrer dans l'histoire et n'admettrons aucune une loi d'exception.

[17] Nos valeurs, en aucun cas, ne sont ni ne seront celles du marché. Il n'y a pas de marche arrière possible. Nous rejetons une fois pour toutes un monde parfaitement organisé pour le désenchantement. Le marché, allant main dans la main avec la technique (dans notre cas, fondamentalement la médecine) couvre en capital humain les exigences que la configuration (mercantile) de la société implique. Notre souffrance entant que «malades mentaux» reste un élément nécessaire dans les flux du capital qui parcourent les démocraties occidentales. Le spectacle de notre douleur se traduit par des bénéfices économiques gigantesques, par une cruelle paix sociale: qui souhaite vraiment que cela s'arrête? Les compagnies pharmaceutiques? Les thérapeutes-autoentrepreneurs? Les chercheurs universitaires? Les juges? La police?... La lutte contre le système de santé mentale ne questionne pas les partialités, elle doit être consciente que ce qu’elle pose en fin de compte c’est la destruction de ce monde.

[18] Nous, la démocratie nous a laissé voir son vrai visage le jour où nous sommes entréEs pour la première fois dans la salle de consultation d’une blouse blanche.

[19] Nous savons déjà que ce que nous pensons est dangereux.
Mettre en évidence la fragilité du faux...
Un jour, il faudra lutter à l'air libre contre les fabricants de dégoût!

[20] La maladie mentale n'est pas une simple conséquence de l'organisation sociale existante, c'est aussi son présupposé. Prendre conscience de cela est essentiel pour distinguer nos ennemis: il n'y aura plus de bourreaux innocents.
Devenir dingue: vivre dans un état continu de simulation, les allers-retours incessant d’une infinité d'images vides, avec absolument rien derrière elles, avec leur silence bruyant. La folie n'est pas un temps mort, même si ce n'est pas évident, c'est un moment de plus dans la machine de production et de consommation.

[21] Nous reconnaissons qu'il existe un véritable conflit entre nos têtes – leur fonctionnement – et l'organisation actuelle de la vie. Nous sommes d'accord en cela avec les spécialistes chargés de sauvegarder la santé mentale correcte de la société. Ceci dit, ce chemin et ce fossé existants entre notre ici et leur ailleurs, dont nous affirmons la réalité respective, nous ne les parcourrons jamais dans leur sens. Nous n'acceptons aucune réinsertion, nous ne voulons pas nous adapter à leur vie ni apprendre à respirer sous leurs mots d'ordres... sous le règne absolu de la marchandise. Dans la guerre de puissances qu'est le monde, nous optons décidément pour nous-mêmes et pour nos désirs. Est-ce que nous devons quelque chose à quiconque? La douleur ne se paye pas par la soumission, à celle-ci nous opposons le mouvement de la révolution constante pour laquelle nous prenons parti.
Autonomie et auto-valorisation contre l'aliénation démocratique. La folie contre la raison mercantile. La rage et le désespoir déchaînés contre l'argent et l'infamie.

 

[22] La machine a ébranlé à l'excès notre vérité, c'est-à-dire la négation de cette société. Il est impossible de la défendre avec de bonnes manières. Les temps sont durs. Le moment est venu de commencer à attaquer.

[23] La peur donne lieu à des douleurs. Ou de la même manière...la douleur prend sa source dans la peur. Et la peur a toujours une origine. Peu importe si c'est irrationnel, si c'est imprévisible ou si c'est seulement dans nos têtes. Les difficultés à la comprendre, ou le caractère impénétrable qu’on pourrait lui octroyer, ne changent rien au fait irréfutable qu'elle vient de quelque part. La peur n'est pas Dieu, même si elle a coutume de se comporter comme tel: elle ne se donne pas d'existence propre. Dans cette affirmation, il y a de l'espoir. Un espoir qui prend forme à partir de la constatation suivante: la douleur est la condition de toute notre vérité. Peu importe si de nos jours la vérité est légitimée par la majorité, c'est-à-dire par la quantité. Nos jours sont construits sur le mensonge, en fait, ils sont tout sauf nôtres, ils sont spectacle, l'empire de la non-vie. La défense de nos pensées est devenue impossible, nous ne pouvons pas parler avec celleux qui sont incapable d'écouter. Nous avons tardé à comprendre que les cris et les coups de pied ne servent plus à rien. Le dialogue est brisé à la base, nous devons cesser de nous cogner la tête contre des murs de béton. Nous devons cesser de le faire au risque de disparaître, de donner la victoire absolue à l'ennemi. Nous devons passer à l'offensive.
Pourquoi rester, se comporter dans les règles d'un jeu qui n'est aucunement le nôtre? Un jeu étranger, dans lequel tout est joué à l'avance. Un jeu assassin.

[24] Défaite. Une fois que l'on parvient à avancer en rampant au-delà de ses limites, la force qui nous déplace ne connaît aucune loi logique. Arrivé dans cet endroit inconnu, l'impossible acquiert la vertu surprenante d’être possible.
Non, personne ne pourra juger nos actions sous l'angle du bon sens. La seule garantie qu'à un pas déterminé en succède un autre, n'est donnée que par la raison de l'homo normalis. Et la raison est un jouet qui, dans nos mains, a sauté en l’air.

[25] Contre l'existant, nous n'avons finalement rien à dire de plus que NON.

[26] Le dialogue avec les maîtres ne peut ni ne doit pas avoir lieu. L'absolutisme de la marchandise n'admet pas de relativiser sa position, elle empêche toute communication parce que toute réfutation se heurte de front au système lui-même. Pour cela même, il n'y a que deux possibilités: attraction ou conflit. Quand le chant des sirènes de la séduction démocratique échoue, la chasse répressive se déchaîne.
Le capital ne doute pas, il se lève sur le fanatisme. L'invraisemblance de l'équilibre social, économique ou écologique du capitalisme se traduit par l'infaillibilité de son système: absolu et incontestable... et absolument indestructible. Une foutue absurdité. Le capital subsiste mais ne convainc pas. La cohérence interne ne protège pas le système de sa barbarie.

[27] L'être humainE est devenu une bête de somme abandonnée au vertige de ses propres productions...
Maudite soit l'Humanité, maudits ses droits et ses valeurs. Nous sommes autre chose.
Comment nous nommer? Qui sommes-nous, ces personnes folles qui devraient être mortes et ne le sommes jamais, qui devaient céder une fois pour toutes et ne cessent jamais de taper du pied? Est-ce que nous appartenons à une famille innombrable? Notre folie, ce délire anticapitaliste, nous donne-t-elle la clé de l'invisibilité. Où nous situer alors? Dans quel service ou dans quel tiroir? Existe-t-il un lieu pour les psychiatrisés en lutte au sein du réseau d'oppositions avec lequel le système a dompté la vie humaine?
Un secret: l'indétermination récemment découverte, avec laquelle le système lui-même nous a rejetés, est notre puissance... puisqu'à ses yeux nous ne sommes rien, nous pouvons être tout. Et c'est précisément ce que nous cherchons.

[28] Qu'y a-t-il de plus étranger au système que lae malade mentalE qui cherche l'estime de soi dans la confrontation sans intermédiaires avec le système lui-même?
Nous sommes cetTE ennemiE imprévuE, cette machine de guerre que le pouvoir n'a jamais regardée comme une menace et a jetée à la benne. C'est précisément pourquoi nous ne rentrons pas dans la dialectique déchirante selon laquelle les deux parties du conflit se donnent vie mutuellement (la critique devenant une partie de ce qui est critiqué), et nous fermons pour toujours le cercle de la fatalité. Nous sommes et nous apportons le soupçon du chaos.

[29] Et qui nous guidera, qui peut nous guider? Qui voudra s’ériger comme notre nouveau maître? Voudront-ils donc nous convaincre qu'ils peuvent aussi nous orienter et éclaircir un territoire dont nous pouvons affirmer qu'ils l'ignorent dans une large mesure? Il faut chercher des armes que l'ennemi ne pourra jamais récupérer.

[30] UBI LEONES [Ancienne inscription dessinée sur les bords extérieurs des cartes de Rome] (où sont les lions ?)
Quelles sont les limites – à partir desquelles persiste le danger réel – de la civilisation occidentale?
Nous sommes au-delà.
Qu'ils viennent nous chercher s'ils le souhaitent.

[31] Sans pilules, sans électrodes, sans sangles, sans serrures... comment la société assumera-t-elle cette différence avec laquelle elle devra vivre? La simple présence d'un monde, d'une complexité non structurée comme sienne, provoquera la perturbation et la terreur. (Aspirons-nous à être terroristes? Vous nous le direz).

[32] Personne ne nous a invitéEs, nous somme sortiEs de ce «lieu éloigné» dans lequel ils nous ont confinés. Notre présence même démasque la fragilité artificielle sur laquelle est édifiée la réalité de l’homo normalis. Notre présence à elle seule est le premier pas de la destruction du monde. La révolution qui n'est jamais partie est déjà là.

[33] Dans l’éclat de la bataille, où iront-ils nous chercher? Les défenseurs de Norme auront-ils l'idée de jouer l'ancien jeu d'entrer dans la tête de l'adversaire et de penser comme il pense? Non, ils ne sont pas si stupides. Ils savent bien qu'ils ne tiendraient pas.

[34] Sommes-nous loin ou près? Nous avons l'avantage que cela n'a pas encore été précisé.

[35] Vive l'anormalité folle, car c'est une anormalité sauvage!
Nous évoquons la grande contradiction de ce capitalisme rance et trop tardif dans lequel nous nous trouvons. Elle combine sa propre propagande démocrate en même temps que l'existence d'anormalités: comment sauvegarder l'unité de l'organisation sociale contre ceTTE fol étrange et stigmatiséE, tout en maintenant la position libérale qui suppose la vile croyance dans la justice et l'égalité «humaines»?

[35] Nous voulons tout, mais nous ne convoitons rien. Rien de ce que nous prendrons par la force ne calmera notre soif. Seule la destruction pourra le faire, seule la possibilité de s'affronter un instant où nous n'attendons rien et où tout est possible. Embrasser la dignité.

[36] Si nous n'avalons pas les pilules, comment nous calmeront-ils?

[37] Ne pas savoir, ne pas voir, ne pas se rendre compte. Survivre léthargiques, végéter; que rien d'inexplicable ne les éclabousse... que feraient-ils alors? Finiraient-ils par vivre? La terre est couverte de zombies. L'homo normalis pue.

[38] «La haine est l'antithèse de l'altruisme: un sentiment qui régule l'économie des relations sujet-objet tout en préservant l'identité du Je. Pour vivre en nous respectant nous-mêmes, nous devons non seulement aimer mais aussi haïr, essayer de détruire tout ce qui porte atteinte à notre dignité ».

[39] La misère suréquipée rend malade. La maladie semble être la seule forme d'existence qui nous reste sous l'égide des mensonges organisés.
Et cela fait mal.

[40] Décision: soit nous nous diluons dans l'histoire, soit nous en devenons les protagonistes. Le deuxième choix implique le risque. Nous pouvons mourir... ou survivre emprisonnéEs, ou être complètement seulEs, ou devenir complètement fols. Cette possibilité ne peut être niée. Simplement, le premier choix, l'acceptation de la misère équipée de marchandises, ne signifie que la mort. Rien de plus.
En conséquence: si nous décidons, nous devons provoquer la peur chez qui doit la ressentir.

[Peut-être est-ce le seul point où nous nous déclarons démocrates: en ayant marre que la peur soit le patrimoine d'une seule partie de la population, nous défendons la démocratisation de la crainte. Nous voulons persécuter avec la même fureur avec laquelle nous avons toujours été persécutéEs et démontrer ce que notre douleur a de terriblement réel. Retourner ce qui semblerait éternel, nous voulons nous amuser.]

[41]
• La vie présentée comme une pilule qui nous anesthésie jusqu'à la fin de nos jours.
• Le jeu et le feu comme un pouvoir qui nous permet d'ouvrir les yeux, de prendre contact avec la signification de ne-pas-être-mort.
• Découvrir les autres, ces indésirables que nous aimons tellement. Solidarité, contrebande.
• Trouver les armes, ouvrir les sorties. Que l'homo normalis s’étouffe avec le normal et le pathologique, qu'il apprenne qu'à lui aussi on peut lui faire couler les larmes.

[42] Face à ce qui est couramment dit, les drogues n'aident pas à s'évader de cette réalité (si cela était réellement le cas, nous irions touTEs nous camer sans le moindre scrupule), leur fonction est plutôt de permettre l'existence à l'intérieur de cette réalité. Que chacunE tire ses propres conclusions...

[43] Comprendre. Dans la compréhension, se forgent les armes ultimes de l'adieu à ce mode de vie fuyant. Une fois que nous nous sommes rendu compte que soit nous digérons cette réalité petit à petit – en fuyant la question de savoir comment il en est ainsi – soit nous explosons dans le ciel en même temps que nous l'avons placée en nous, il ne peut y avoir de retour en arrière. Le temps reste ouvert comme la blessure fraîche laissée par une lame audacieuse. Alors, tout peut être.

[44] Le fait que ce monde ne puisse être assimilé que par petites doses, sa létalité, se manifeste aux yeux de celleux qui ont compris comment il fonctionne. Le néant reste ancré dans les rétines. La perspective, presque transformée en privilège militaire, impose le prix du désenchantement et de la fracture à touTEs celleux qui ont regardé et à l'intérieur de qui quelque chose s'est rompu.

[45] Il faut apprendre à ne pas courir avant de savoir que l'on est poursuivi. De cette façon, il devient plus difficile de se faire attraper. «La peur peut être une alliée, car cela vous rend plus prudent et plus rusé. Mais si tu te chie dessus, l'ennemi te trouvera tout simplement à l'odeur de la merde.

[46] Les enfants jouent à cache-cache. L'un d'elleux a été surpris dans son repaire, face à l'approche de son délateur, il couvre ses yeux avec ses petites mains. Il pense que s'il ne peut pas le voir, l'autre ne le découvrira pas. Il déduit à tort l'invisibilité de l'aveuglement, mais au fond, il sait qu'il est déjà pris au piège. Et pourtant, il répète ce geste impuissant: il cache son visage, refuse de regarder. Eh bien, le parti de la subversion ne le sera que lorsque l’on apprendra à surmonter cette erreur.

[47] Plus de consolations.
La conscience est l'étincelle qui enflamme la mèche. Une fois l'allumage commencé, les rideaux s'effondrent un par un. La langue du monde n'est plus chiffrée, le décryptage suppose de commencer à voir et nous découvrons que tout cela n'est pas un mauvais rêve, mais un cauchemar perpétuel.
L'homo normalis ne vit pas, il attend juste. Le fait que nous le sachions et lui pas ne nous rend pas différents. Des mondes différents, différentes racines. Comme il doit le comprendre, il est clair à nos yeux qu’il fait ostentation de sa supériorité. C'est une question d'honnêteté, cette civilisation du mensonge a duré trop d'hivers. Le mensonge doit céder à autre chose. La folie est notre postulat. Comprendre signifie voir les choses telles qu'elles sont, abandonner la condition de personnes dupes, découvrir la main de la marchandise dans chaque partie de la réalité. Apprendre son sens. La faire tomber.
Une fois que nous nous sommes séparéEs de cette société et que nous commençons à conspirer entre égalaux sous la lune, la rage et les rêves fleurissent dans nos cœurs. Les rêves ont besoin de rage pour être poursuivis. Cellui qui n’éprouve pas de rage contre l’existant, est un zombie: il chie, dort, travaille, boit, baise, achète, prie... il vit dans un cimetière et s'entoure de charogne; ses jours sont d’interminables rituels mortuaires dont le seul but est d'exalter l'annihilation. La colère sans rêve est un gâchis gratuit, les rêves sans la férocité de la négation sont des chimères. Et les deux, comme des couteaux fabriqués avec des feuilles faites de nuit étoilée, chacun dans une main, sont nos trésors, notre menace.

[48] Contre l'optique hygiénique de l'homo normalis, il est impératif de tout risquer d’emblée et pour toujours.

[49] Les droits de l'homme sont des concessions. Nous ne voulons rien avoir à voir avec cette foutue humanité. Nous sommes autre chose. Dans cette certitude, réside notre résistance à la mort. L'être humainE a fini par être l'être normalE, et nous connaissons trop la vie qu'iel a tracée pour celleux de notre genre.

[50] Nous n'essayons de sauver personne. Les zombies sont généralement heureux de leur condition. Accroche-toi aux tienNEs, découvre-les parmi les ombres. Respire avec elleux, forme une bande, attaque les villes.

[51] Fraude: c'est ainsi que nous expliquons le spectacle actuel des relations entre les gens. Une scène pleine de fumée, une tromperie brute et mal conçue. Nous désirons devenir des enseignantEs d'hérésies.

[52] Ouvrir les yeux : supporter une pluie d'acide. Nous devons la voir venir et agir en conséquence.
Rien à offrir, rien à recevoir. C'est ainsi que fonctionne la communication dans la maudite ville. Peu importe combien tu crois ou combien tu as cru. La seule formule valide est la déception. La démolition se répète encore et encore, et pourtant, rien ne s’est encore effondré. La sale planète tourne et tourne.
Brûle!

[53] La Norme est partout.
Oui, elle vit également dans les groupes «anticapitalistes», dans les syndicats «révolutionnaires», dans les «coordinations» rédemptrices, dans les maisons occupées, dans l’«organisation diffuse», au sein des saboteurs nocturnes, dans les «groupes d'affinité»... Déception. C'était réellement une stupidité d'en arriver à penser que c'est la même chose (ou quelque chose qui s'en approche) de dire que l'on s'oppose à quelque chose et de s'y opposer réellement... Et ainsi nous cherchons refuge dans le militantisme du vide, pour nous désoler du constat que l'homo normalis avait déjà étendu son discours jusqu'aux entrailles de ses prétendus rivaux. Il n'existe pas de terrain libéré à priori. Il faut se battre pour l'arracher.
L'homo normalis est un administrateur, un comptable qui fait le bilan des investissements. Cette activité fleurit partout où notre regard s'arrête, les étiquettes ne signifient rien.
Notre ruine a été de rester sans rien à lui offrir.
Et pourtant, nous préférons célébrer notre pauvreté que de commencer à pleurer.

[54] C'est une erreur capitale, qui fait mal à vie, d'avoir cherché des amiEs là où il ne pouvait y avoir que des personnes connues ou saluées. L'apparence n'a pas de valeur qualitative. Le geste qui reproduit l'apparence non plus. Dans le ghetto politique antagoniste [Note de Primera vocal : c'est un concept conçu pour la première fois dans la brochure Ad Nauseam, nous espérons que les lecteurICEs peuvent en deviner le sens, il se réfère aux contextes humains immobilistes générés dans les luttes sociales, autant en raison de notre propre bêtise et que du fait de lutter dans des conditions hautement hostiles.], les comportements sur lesquels la société critiquée fonctionne sont reproduits mécaniquement. Ainsi, des règles, des rôles et des modèles sont établis, rendant fréquente l’apparition de mécanismes d'exclusion qui ne sont que les enfants bâtards des systèmes de construction sociale. Dans ce contexte, nous préférons être marginaliséEs-marginaliséEs (marginaliséEs au carré), que marginaliséEs-marginaliseurs. C'est une question d'élégance révolutionnaire. D'honnêteté.

[55] Dans une réalité spectaculairement organisée, les images elles-mêmes ne valent pas rien. L'homo normalis peut avoir une «apparence révolutionnaire», être squatteur ou porter du noir et une capuche. L'essentiel est maintenu: la raison mercantile de la gestion du monde, le calcul de rentabilités. Et la maladie n'a rien à offrir, il n'y a pas d'échange possible avec le sourire de la normalité (d'où qu’elle vienne). Sur la table, nous ne pouvons que mettre la fureur, les désirs d'attaquer que nous avons construits sur les ruines de notre douleur.
Nous luttons contre la guerre psychologique que cette société a déchaînée, et c'est une lutte que presque personne ne veut voir. Il n'y a pas de martyrs ou de grands actes à signaler dans les «médias de contre-information», la bataille est clandestine, quotidienne et mortelle, et quand les gens tombent, la prison est à l'intérieur d'elleux-mêmes, et l'uniforme bleu est troqué contre la blouse blanche, les autres regardent toujours ailleurs. Il semble que la maladie inspire plus de dégoût que le dégoût qu'inspire ce monde. Elle remplit le premier des objectifs militaires de nos ennemis et de leur sale guerre: l'isolement.

[56] Nous avons passé des jours entiers à chercher la puissance entre les ruines et les débris, mais nous avons enfin réalisé que ce n'était pas là qu'il nous fallait chercher. Ce que nous poursuivons ne peut pas habiter dans ce monde misérable qui n'est pas le nôtre, et dont la toile de fond est un snuff-movie éternellement sur play. Il s'ébauche ici, dans cette étoile sur le point d'exploser que chacunE d'entre nous porte sur ses épaules. Nous pouvons dire que maintenant que nous avons perdu un monde entier et que nous maudissons avec toute la force de nos âmes, nous sommes en mesure d'en conquérir un nouveau, qui nous est propre.

[57] Considérations sur l'attaque:
• Attaque de telle manière que quand tu sauteras sur ton ennemi et qu'il prendra conscience de la situation, tu sois entrain d'attaquer depuis longtemps. Seulement ainsi ses possibilités de réponse peuvent s'évanouir, seulement ainsi pour lui tout sera imprévu, alors que tu as déjà tout vu.
• L'ennemi n'est presque jamais évident. Au moins pas dans une guerre longue comme la nôtre, où il y a ce paradoxe que frapper peut même être réconfortant pour notre adversaire. C'est un corps, un organisme qui doit être disséqué pour trouver ses points faibles – qui ne sont pas innocents – à attaquer.

[58] Étant assez audacieuseux pour comprendre le fonctionnement du monde, il y a tout un chemin à parcourir, avec la seule et unique intention de pouvoir vivre une vie. Conflit.

[59] Assumer des contradictions. Et par conséquent, la douleur de vivre avec elles. Ce qui se sent si profondément à l'intérieur ne peut jamais totalement disparaître. Il y aura toujours une braise ardente. Prête à mettre feu à tout. Sans concessions, quel que soit le prix. La tension brise les nerfs. Elle nous pousse à la solitude. Nous rend fols. Pour le moment, nous ne trouvons rien d'autre que tout exploser. Fin du trajet auquel un monde et ses valeurs nous ont amené à coups de pieds. Ils ont toujours su ce qu'ils faisaient.

[60] Une façon de vivre a échoué. La normalisation est le nom de la contrainte après l'expérience des camps de concentration. L’uniformité démocratique. Le concept d'existence se traduit par l'obéissance. Regardez les rues. Regardez les téléviseurs. Regardez le bétail sans volonté que les êtres humainEs sont devenuEs. Notre maladie en est témoin, se fait juge et en énonce le verdict: un mode de vie a échoué.

[61] Nous n'offrons pas une nouvelle gestion de la réalité. Nous n'offrons aucune alternative messianique à ce qui existe. Nous exigeons la fin de l'infamie, le déclin de la civilisation occidentale, la mort d'une forme de vie (ou de non-vie plutôt) et de l'homme qui l'a construite. L'ère de l'homo normalis doit être balayée avant que dans sa bêtise, elle ne fasse exploser toute la planète. Depuis la maladie, nous crions en faveur d'une mutation anthropologique, la seule révolution digne d'être appelée de cette façon. C'est simple: nous voulons vivre nos vies.

[62] L'homo normalis est un être essentiellement lâche. Un meurtrier caché derrière le sourire obscène des bonnes intentions. Notre tâche: le démasquer.

[63] Lae révolutionnaire est unE suicidaire qui n'accepte pas le destin que la Machine lui a dicté. Il s'agit simplement de demander une vie qui vaut la peine d'être vécue. Cellui qui nie totalement cette société, risque déjà de mourir. La lutte contre ce qui existe est un adieu armé. Ou la guerre, ou le suicide.

[64] Ne rien espérer ne signifie pas s'habituer à perdre.

[65] Nous allons apporter la tempête au nom de notre amour. Que personne n'essaye de le diagnostiquer, iels ne s'en sortiraient pas à bon compte. Nous nous sommes perduEs dans la folie. Nous avons été engloutiEs par cette forêt dans laquelle nous nous sommes promenéEs. Il y a quelques jours, il y a quelques mois, nous avons trouvé un petit chemin enterré sous les feuilles d'automne. Nous avons marché, et nous continuons à le faire. Nous nous approchons lentement du bord. Nous pouvons vous assurer que nous ne tomberons pas. Préparez-vous, nous arrivons.

Longue vie aux enfants en lutte!

Mars, 19ème année de l'ère Orwell

 

★★★

Source: article publié sur Primera Vocal le 04/09/17.

Traduit du castillan. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc susceptible d'être modifiée.

Description de l'image: sur un arrière plan végétal très coloré, une personne nous fait face, elle porte un masque noir sur les yeux et du haut de sa tête sort un fouillis de flammes colorées et une sorte de cerveau parsemé de serrures.


Crédit image: Clément de Ruyter