Manifeste “Folie Féministe”

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Deux textes du groupe ''Être folle ce n'est pas comme être fou'' (''No es lo mismo ser loca que loco'') qui fait lui-même partie du Collectif Autogestión Libre-Mente, Chili.

 

"Être folle ce n'est pas comme être fou" est née de la nécessité de dénoncer la psychiatrie en tant que complice du Patriarcat, puisqu'elle met ses techniques au service de la normalisation et de la pathologisation des femmes qui résistent ou ne peuvent tout simplement pas répondre aux demandes que les rôles de genre nous imposent. Nous sommes une instance du collectif Autogestión Libre-Mente qui est un groupe d'utilisateurices et ex-usagèr·es de la santé mentale qui s'organise à partir des principes d'autogestion, de soins et de soutien mutuel, pour promouvoir une santé mentale qui ne porte pas atteinte aux droits des personnes.
 

Nous pensons que la folie et les caractéristiques considérées comme des pathologies mentales, comme le fait d'entendre des voix ou de se comporter de manière différente, ne sont rien de plus que des moyens différents de faire face à la réalité et nous ne voulons pas qu'elles continuent à être traitées comme des maladies en les laissant sous l'emprise des pratiques psychiatriques, elles qui se déchaînent violemment lorsque le corps qui leur fait face est féminin, à travers les médicaments psychopharmaceutiques, les électrochocs, la psychochirurgie et les stérilisations forcées. Aujourd'hui, quand on est une femme et pauvre, c'est un rapport psychiatrique qui décidera de notre vie, en nous privant de la garde de nos enfants ou en restreignant notre droit de décider de notre reproductivité, si le professionnel estime que nous n'avons pas les compétences sociales et psychologiques standards qu'ils qualifient de "normalité".
 

Le Collectif revendique le droit à la folie comme une forme légitime d'affronter la réalité et affirme que les réponses face aux situations d'oppression dans la vie des femmes ne sont en aucun cas des "symptômes" d'un "trouble mental", mais des réactions compréhensibles, des formes de survie et de résistance à une société injuste et inégale.

 

Nous nous battons pour dé-pathologiser les réponses des femmes au traumatisme et à l'oppression, en nous fondant principalement sur le féminisme, un courant qui nous a donné la clarté de comprendre que beaucoup de nos mal-êtres subjectifs et objectifs ont pour origine des causes culturelles et sociales complètement transformables, et non des déséquilibres biochimiques ou un manque en lithium. Nous luttons pour éliminer ces causes, tout en invitant tous les groupes féministes à nous rejoindre dans notre dénonciation de la psychiatrie et des pratiques qui cherchent à faire taire nos différences et à nous adapter à ce système, droguant nos mal-êtres et médicalisant nos indignations légitimes.
 

En tant que folles, nous continuerons à lutter pour l'égalité, parce que la défense du droit à la folie sera féministe ou ne se sera pas.

 

Image: 5 femmes sont assises derrière une estrade pour prendre la parole, derrières elles est suspendue une banderole sur laquelle est écrit en espagnol ''contre la psychiatrie patriarcale'', devant elles une autre banderole indique ''être folle ce n'est pas comme être fou''

Image: 5 femmes sont assises derrière une estrade pour prendre la parole, derrières elles est suspendue une banderole sur laquelle est écrit en espagnol ''contre la psychiatrie patriarcale'', devant elles une autre banderole indique ''être folle ce n'est pas comme être fou''

Déclaration du 8 Mars 2017

Déclaration des femmes du Collectif Autogestión Libre-Mente concernant la violence sexiste en santé mentale.
 

En ce jour du 8 Mars où nous commémorons la journée des femmes, nous avons cherché à contribuer aux luttes féministes en questionnant la psychiatrie pour sa complicité avec ce système oppressif et sa participation au répertoire du patriarcat, mettant ses techniques au service de la naturalisation et la pathologisation de la diversité humaine et des effets subjectifs que la violence structurelle de cette société provoque chez les gens.

La condition de femme a été associée historiquement à des caractéristiques liées à l'infériorité et au pathologique – irrationnelles, émotionnelles, faibles et hystériques – . Nous sommes stigmatisées en tant que "malades mentales" lorsque nous dépassons les limites que le rôle étroit de genre nous impose, ainsi exposées à ce que le système de santé mentale perçoive nos expériences comme anormales et nous étiquette avec des diagnostics psychiatriques. Aujourd'hui, ce sont nous, les femmes, qui sommes les plus représentées dans les chiffres des prises en charge en santé mentale, en particulier celles qui sont constamment exclues: les femmes trans, lesbiennes et bisexuelles, enfants et adolescentes, les femmes âgées et celles qui vivent dans la pauvreté.

 

La psychiatrie pour sa part, réduit tout l'enchevêtrement de violence systémique à de simples fonctions biologiques du corps, nous traitant avec des médicaments psychiatriques, nous endommageant le cerveau avec des électrochocs et de la psychochirurgie, s'assurant même que nous n'ayons aucun droit sur notre corps et notre maternité, en nous stérilisant de force et en nous enlevant le droit de prendre soin de nos fils et de nos filles. La peur du viol et des violences sexuelles augmente lorsque nous sommes hospitalisées, puisque ce sont ces types spécifiques de violence institutionnelle qui sont utilisés contre nous comme mode de punition.

 

En tant que féministes folles, nous célébrons notre diversité et nous défendons le droit à la folie, nous considérons que les réponses aux situations d'oppression dans la vie des femmes ne sont en aucun cas des "symptômes" d'un "trouble mental", mais des réactions compréhensibles, des façons de faire face, de survivre et de résister à une société injuste et inégale. Nous luttons pour dé-pathologiser les réponses des femmes au traumatisme et à l'oppression, dans le contexte d'une lutte plus large contre les maltraitances psychiatriques et la violence sexiste.

Nous considérons que les contributions féministes sont importantes pour affronter la psychiatrisation de l'expérience humaine, et nous reconnaissons l'importance des efforts féministes pour se joindre à nous dans notre interpellation de la psychiatrie et de ses pratiques, dans le cadre d'un enrichissement mutuel pour l'élargissement de nos luttes communes. Valoriser nos différences implique de se débarrasser de nos peurs face aux diverses formes de liens avec la réalité, comme le fait d'entendre des voix ou de se comporter différemment, et implique de reconnaître que de nombreuses femmes peuvent légitimer les interventions psychiatriques dans la mesure où elles ne disposent pas d'alternatives pour comprendre leurs souffrances et leurs mal-êtres à partir de la perspective sociale que le féminisme peut offrir. Par conséquent, il est nécessaire d'unir nos forces et de cesser d'être complices d'un système d'oppression qui cherche à faire taire toute forme de différence ou de dissidence en matière de subjectivité.

 

Contre la violence psychiatrique et patriarcale, nous continuerons à dénoncer systématiquement toutes sortes de pratiques abusives dans le domaine de la santé mentale, en revendiquant l'autonomie de la subjectivité des femmes, et le renforcement communautaire de nos camarades. Nous reconnaissons et valorisons les connaissances et les expériences des femmes, qui en recherchant leur bien-être, ont développé des formes de solidarité et de soutien mutuel. Pour nous, la lutte contre l'oppression psychiatrique est au centre de la résistance féministe. En tant que folles, nous continuerons à lutter pour l'égalité, parce que la défense du droit à la folie sera féministe ou ne sera pas.

Image: un groupe de femmes, pendant une manifestation, tient des banderoles sur lesquelles on peut lire : ''être folle ce n'est pas comme être fou'' et ''contre la psychiatrie patriarcale''

Image: un groupe de femmes, pendant une manifestation, tient des banderoles sur lesquelles on peut lire : ''être folle ce n'est pas comme être fou'' et ''contre la psychiatrie patriarcale''

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Traduit de l'espagnol. Cette traduction est participative et D.I.Y., elle n'est probablement pas parfaite, mais toute personne peut proposer des améliorations en nous contactant (zinzinzine[at]riseup.net), cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée. 

 

Source : locurafeminista.wordpress.com

Pour lire le 1er texte en espagnol

Pour lire le 2ème texte en espagnol

Illustration principale: le logo du Collectif, un cercle violet dans lequel est écrit en espagnol ''être folle ce n'est pas comme être fou, contre la psychiatrie patriarcale''.

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Commenter cet article

LM 19/08/2017 22:19

On pourrait aussi parler du droit à disposer de son corps pour les patientes hospitalisées en psychiatrie : problème d'accès à la contraception, contraception forcée type implant posé pendant une HO, forte incitation à l'avortement alors que la grossesse est souhaitée, refus de modifier le traitement alors qu'une grossesse est souhaitée, etc.
Quand j'étais en HP j'ai été harcelée sexuellement et agressée. L'ergothérapeute à qui j'essayais d'expliquer ce qui m'arrivait m'a expliqué que "ca rassurait certaines patientes sur leur potentiel de séduction" et n'a évidemment rien fait.

Zinzin Zine 20/08/2017 15:17

Oui, tout à fait d'accord avec les points que vous évoquez, les entraves que rencontrent les femmes psychiatrisées dans leurs droits à disposer de leurs corps mériteraient d'être plus largement développés, merci beaucoup pour votre commentaire. Et effectivement, bien trop souvent les problèmes de violences sexuelles dans les institutions psy sont complètement ignorés par les soignant-es.