Psychiatrie et autogestion

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Psychiatrie et autogestion

Interview du réseau catalan de groupes d'entraide de psychiatrisé·es, la Xarxa GAM, par Xavi López.

Les réseaux d'entraide prennent de nombreuses formes. Certains groupes durent plus longtemps que d'autres, certains font partie d'institutions publiques, tandis que d'autres essaient de se rapprocher le plus possible des méthodes d'autogestion. Aujourd'hui, nous avons discuté avec María et Juan, deux personnes qui ont fait partie de la Xarxa GAM, un groupe d'entraide mutuelle de personnes psychiatrisées à vocation autogestionnaire qui est né dans l'univers de la Cooperativa Integral Catalana, et qui continue aujourd'hui son chemin de manière beaucoup plus informelle.

(LC) Qu'entendez-vous par personnes psychiatrisées? Pensez-vous que le système psychiatrique est un écran de fumée qui cache des problèmes socio-économiques, politiques, de genre... ?

(M) Lorsque nous avons monté le groupe, le critère était très concret. Si vous étiez passé par le cabinet d'un·e psychiatre et étiez reparti·e avec un diagnostic et des médicaments, vous étiez considéré·e comme psychiatrisé·e. Mais oui, c'est vrai que le terme a une connotation de quelque chose de passif, quelque chose que l'on vous attribue. En cela, il y a une similarité avec le genre.

(J) Nous ne croyons pas à la maladie mentale. Nous croyons en la diversité mentale. Et la diversité mentale, dans de nombreux cas, constitue une subversion de la normativité. Nous considérons que la souffrance humaine est produite en grande partie par les sociétés occidentales. Il y a des causes politiques, sociales et environnementales à cela. Nous sommes influencé·es de mille façons par le cinéma, les médias, les publicités, les séries télévisées... Dans d'autres sociétés où l'on n'exerce pas de manipulation similaire de l'être humain·e, les choses se passent différemment. Dans les sociétés précolombiennes, il existait l'ayahuasca, qui était considérée comme une illumination, il s'agissait d'accéder au délire, comme au Tibet il s'agit d'atteindre le Nirvana: il existait une explication. Il y avait une acceptation sociale et politique de comportements qui allaient au-delà de la "normativité". La psychiatrie est une coercition de la diversité.

(M) Je crois que les malêtres trouvent leur origine dans l'enfance, dans la famille1. Probablement parce que l'aspiration à un lien authentique est frustrée par la réalité. C'est la théorie de la double contrainte: d'une part, l'enfant reçoit des messages d'amour et d'affection, mais le langage et les actions elles-mêmes finissent par contredire tout cela. Cela crée une méfiance générale à l'égard de la réalité, de la réalité qui fait consensus, qui est publique. C'est peut-être pour cela que l'on voyage vers d'autres réalités.


(LC) Voyager, mais voyager seul·e, n'est-ce pas?

(M) Il y a des voyages traumatisants, parce qu'ils impliquent des sentiments de persécution, des délires... mais il y en a des positifs, et il y a des personnes qui, dans leurs voyages, se sentent davantage connectées au monde, à la nature ou à un esprit cosmique...


(J) La science biochimique, qui est le paradigme hégémonique de la science psychiatrique en Occident, dit que les voyages (hallucinations, délires) sont produits par des déséquilibres chimiques à l'intérieur du cerveau. Cela décontextualise le phénomène, l'individualise, et voici le diagnostic... Toutes les "flambées" que j'ai vécues ont été produites par l'arrêt des médicaments qui m'avaient été prescrits par la science biochimique et pharmaceutique, ce qui a transformé ma singularité mentale en un problème et m'en a créé beaucoup d'autres. En l’occurrence, une maladie médicamenteuse: perte de libido, grande somnolence, apathie... sans parler des reins, de l'estomac... Si l'on arrivait un jour à ce que les produits psychopharmaceutiques n'aient pas d'effets néfastes, ça deviendrait intéressant.

(LC) Qu'est-ce qui te transforme en malade mental·e, le diagnostic ou les médicaments?

(M) Parfois, les médicaments, si on a une flambée et que l'on souffre beaucoup, peuvent aider. Le diagnostic regroupe des modèles de symptômes, rien de plus. La science biochimique, en ce sens, ne repose pas sur des preuves. Je pense que cela fonctionne pas mal à base d'essais et d'erreurs. Il y a des psychiatres qui ne pensent pas seulement aux médicaments, mais à l'être humain·e dans sa globalité. Mais je ne pense pas que l'institution facilite quoi que ce soit. Tout est compartimenté. Le ou la travailleuse sociale fait son travail, le ou la psychologue aussi, et il peut arriver qu'il ait une coordination entre les professionnel·les d'un centre de santé mentale, mais c'est souvent insuffisant. Il faut sonner au bon endroit et chez les bonnes personnes. Tu deviens dépendant·e de ça. Je crois que les gens devraient sentir qu'iels peuvent apporter une contribution utile à leur ville, à leur entourage. L'institution ne peut pas nous donner cela, l'institution est séparée de la vie de la personne.

(J) Au fur et à mesure que nos capacités d'attention, de concentration et de jeu disparaissent sous les effets des médicaments, tu peux finir par croiser des gens qui errent dans les galeries avec un café dans les mains, sans rien faire d'autre. C'est le profil des malades chroniques. Une thérapie humaniste améliorerait la situation des gens, cela t'empuissanterait. Mais le système est axé sur la thérapie pharmacologique. Ce n'est pas une thérapie faite pour parler, accompagner, donner des outils pour se comprendre soi-même.


(LC) Dans votre fanzine, on peut lire des commentaires tels que: "On dit que l'ennui est contre-révolutionnaire, et l'hôpital psychiatrique, en la matière, à une partie d'avance sur nous". Que penser de l'ennui induit par les hôpitaux psychiatriques?

(J) Souviens-toi du mai 68 français: "Nous ne voulons ni mourir de faim ni d'ennui". L'hôpital psychiatrique est l'endroit le plus ennuyeux au monde. Je connais des prisonnier·es qui ont été en FIES2. Je ne pourrais pas. Moi je mens au psychiatre pour sortir de là le plus vite possible. Je veux récupérer petit à petit, à la maison et avec mes ami·es. C'est tellement confiné qu'il ne te reste plus rien à faire, aucune variété, aucune musique, aucun baiser à personne. Les téléphones portables et Internet ne sont pas autorisés. Cela t'isole complètement du monde. Surtout le régime pour les personnes en crise aiguë. Dans le régime général, il y a des ateliers artistiques, mais c'est si peu de choses.... L'institution est obligée de le faire, de proposer ce service aux interné·es. Ensuite, ça fera bien sur la photo (rires). Pour elleux, il ne s'agit pas d'empuissanter les gens, mais d'une activité subsidiaire. Il y a des gens qui vous dérangent et vous devez les isoler. Certain·es vont en prison, certain·es d'entre nous finissent à l'hôpital psychiatrique, mais il n'y a pas une si grande différence.

(M) À Sant Pau, il y a des jeux de société, des livres de "peinture et coloriage"... Vous pouvez prendre des livres avec vous tant qu'iels pensent que cela ne va pas altérer votre état. Iels les vérifient, iels vérifient tout ce que la famille et les ami·es vous apportent. Moi on m'a confisqué un comics de superhéros qu'une personne de ma famille m'avait amené, iels ont considéré que cela aurait pu altérer mon état (rires). C'est peut-être à cause de l'omnipotence des superhéros (nouveaux rires). Les livres politiques iels les laissent entrer au cas par cas, en fonction de l'évaluation spécifique faite par l'institution.


(LC) Un des piliers de l'antipsychiatrie est la reformulation, ou peut-être la destruction, du concept de maladie mentale. Vous pensez que le diagnostic est une construction qui a un intérêt autre que strictement scientifique?

(J) Voilà ce que je pense : l'espèce évolue grâce à l'entraide. Sans entraide, il n'existerait pas de multiples formes de résolution de problèmes et, par conséquent, il n'existerait pas autant de solutions. Chacun·e contribue librement à sa façon et cela nous fait avancer et survivre. Le diagnostic, le concept de maladie mentale, a été inventé précisément pour nier l'entraide, pour réduire l'espèce à une normalité inventée pour quelques-uns3.

(M) Je ne pense pas que ce soit exactement ça. Je crois que le diagnostic est un ensemble de symptômes regroupés, auquel on donne un nom. Il ne répond pas vraiment à la variabilité personnelle de chacun·e. Il ne peut pas aller au fond des choses. Même si bien sûr, l'industrie pharmaceutique a intérêt à élargir la notion de maladie et rendre les gens plus dépendant·es. Y compris dans les cas où cela ne serait pas strictement nécessaire.

(J) La tristesse due à la perte d'un·e conjoint·e est maintenant considérée comme une maladie mentale. Cela correspond à un tableau clinique dépressif médicalisable. Parfois, on médicalise même le trouble menstruel dépressif. Dans certains cas, même le fait d'être antisystème ou rebelle est médicalisé. Ceci porte un nom, quelque chose comme «trouble oppositionnel». C'est l'esprit de la personne criminelle, subversive, ou "radicale". Ces idées sont issues des études menées par l'Association Américaine de Psychiatrie, dont 60 % des fonds proviennent des compagnies pharmaceutiques.


(LC) Les clichés comme celui du «tueur fou» ont-ils produit beaucoup de dégâts?


(M) Oui, beaucoup. Mais je pense davantage à la presse, parce que si tu as un point de vue un tant soit peu critique, tu peux faire la distinction entre réalité et fiction. Maintenant, quand il est dit dans la presse qu'une personne qui a violemment tué quelqu'un·e était sous traitement psychiatrique, avait un diagnostic, cela produit beaucoup de dégâts, parce que ça associe les deux éléments. En réalité, les statistiques montrent elles-mêmes qu'une personne atteinte d'un trouble mental n'est pas davantage susceptible de blesser quelqu'un·e d'autre. Dans tous les cas, elle aura tendance à se faire du mal à elle-même.

(J) Il faut garder à l'esprit que l'espérance de vie d'un·e schizophrène est diminuée de 20 ans par rapport à la moyenne. Et ce n'est pas parce que les schizophrènes font du mal aux autres, mais parce qu'iels se font du mal à elleux-mêmes. Beaucoup finissent par se suicider.


(LC) Parlons de l'origine du réseau. Pensez-vous que la collectivisation de vos expériences vous a apporté la santé?

(M) À moi oui. Même si ces derniers temps, le réseau n'a pas très bien fonctionné. Je pense que la première chose dont nous ayons besoin est de ne pas nous sentir seul·es. Par conséquent, le fait de pouvoir parler ouvertement de ces choses avec des personnes qui ont vécu les mêmes choses que toi, facilite une empathie qu'il est difficile de trouver à l'extérieur. Mais nous étions de petits groupes sans méthode très claire.

(J) Il y avait un psychiatre de l'Association Espagnole de Neuropsychiatrie. C'est une association géniale. Iels ne parlent pas de psychiatrie ou d'antipsychiatrie, mais de postpsychiatrie. Iels veulent un changement de modèle et constituent un groupe de pression, bien qu'iels n'aient pas beaucoup de pouvoir.

(LC) Donc, cela vous réconfortait qu'il y ait des gens à l'intérieur de la psychiatrie qui pensent comme vous?

(J) Oui. Nous avons des allié·es (rires).

(LC). Et iels vous ont donné des alternatives au système hégémonique?


(M) Les psychiatres n'étaient pas à l'intérieur des groupes. Ils faisaient partie d'un "cercle", une sorte de "comité" de personnes qui voulaient contribuer. Mais il n'a jamais été clairement établi qu’elle pouvait être la fonction de ces personnes, et en fin de compte, la plupart des consultations que nous avons faites avec elleux étaient individualisées et centrées sur les médicaments ou les centres psychiatriques. Mais iels vous donnaient juste leur avis, n'imposant rien.

(J) Iels allaient dans le sens d'une réduction de la médication. Et le mieux dans tout ça est qu'iels proposaient un service complètement gratuit.


(LC) Quelles ont été les causes profondes de la dissolution de vos groupes?

(J) Je vais te donner mon opinion personnelle, parce qu'à l'intérieur des groupes chacun·e a la sienne. Au début, nous avions atteint un rendement personnel et collectif très élevé. Mais tu traverses une crise par an, ou une tous les trois ans, ou tous les quatre ans. Donc, faire une thérapie toutes les semaines ou toutes les deux semaines sur un thème c'était trop, ce n'était pas nécessaire. Et je pense qu'un·e ami·e véritable, de manière informelle, peut t'aider davantage. C'est pourquoi nous nous rencontrons maintenant de façon informelle, en tant qu'ami·es, et nous faisons de la thérapie par l'amitié. J'ai beaucoup appris des groupes d'entraide, mais je ne pense pas qu'il soit possible de vivre durablement de cette façon. Quoi qu'il en soit, cela a fait partie de notre parcours, de notre aboutissement, mais cela ne signifie pas que d'autres groupes d'entraide auront le même parcours. Les groupes d'entraide ne sont pas près de disparaître. Et je peux même dire plus: les groupes d'entraide fortement ancrés dans la non-médicalisation, et le fait de coexister avec la réalité imaginaire de l'autre ont davantage de chances de perdurer.

(LC) Pensez-vous qu'il existe de réelles alternatives au système psychiatrique?

(J) Je crois que la véritable alternative est le "refuge". Un refuge, c'est comme un hôpital psychiatrique, mais en réalité c'est une communauté thérapeutique, dont les personnes concernées pourraient faire partie, ainsi qu'un groupe de professionnel·les qui, sous forme de coopérative, travailleraient avec nous, pas sur nous. Il pourrait être financé par des dons, des cotisations de ses membres et même des subventions. Même si je ne crois pas que les institutions publiques soient très favorables au refuge (rires).

(LC) Y a-t-il des projets de refuge en cours en Catalogne?

(J) Oui, il y a un projet, mais pour le moment il est encore très inactif. Cela coûterait beaucoup d'argent et serait trop préjudiciable aux intérêts du système hégémonique, étant donné qu'il serait orienté vers la guérison et non vers la chronicisation des maladies. Je voudrais toutefois dire un mot au sujet de la relation entre les institutions et l'autogestion. Certains groupes d'entraide reçoivent de l'argent d'entités comme La Caixa [Une des principales institutions bancaires de l'État espagnol], dont on ne peut pas exactement dire qu'elle est opposée au capitalisme (rires). Il existe donc des groupes d'entraide institutionnels et des groupes d'entraide contre-culturels ou autogérés. Je pense que soit vous vous occupez de politique, soit la politique s'occupe de vous. Dans les groupes d'entraide, l'organisation interne, qu'elle soit subventionnée ou non, est plus participative. C'est pourquoi je suis favorable à la création de différents groupes au sein des institutions, avec des gens qui reçoivent un salaire pour leur travail. Cela peut sembler être une contradiction. Je ne pense pas que nous puissions changer les institutions, elles sont faites pour ce qu'elles sont faites, par contre nous pouvons ouvrir des espaces. Il est déjà si difficile d'arriver à y amener de l'autogestion, nous essayons d'améliorer la vie des gens, sans perdre de vue l'objectif d'une autogestion généralisée de la société.

(M) C'est compliqué aussi, étant donné qu'en général, un bon nombre de personnes qui commencent à travailler dans les institutions le font par commodité et non par vocation. Bien sûr, il y a des personnes qui sont impliquées. Mais beaucoup de gens travaillent froidement. Et cela est dû, à mon avis, à la formation et aux promesses de confort qu'iels reçoivent. Je n'ai jamais vraiment attendu beaucoup de la part des auxiliaires et des différent·es travailleuseurs des centres. Il y en a qui sont plus sympathiques et d'autres plus distant·es. Il y a des gens impliqué·es, mais iels doivent produire un rendement de tâches vraiment élevé, iels n'ont probablement pas les meilleures conditions de travail, et iels n'ont pas, même s'iels le voulaient, de temps à consacrer aux gens. De toute façon, quelle qu'en soit la raison, au final l'institution manque de temps à consacrer aux personnes.

(J) Il faut planter la semence pour que les professionnel·les elleux-mêmes commencent à lutter contre leurs propres institutions.


(M) Comme Ana Carralero, professeure d'université et en même temps infirmière, qui est une professionnelle qui a de l'empathie. Le truc c'est que lorsqu'iels te collent la catégorie de "maladie mentale", c'est comme s'iels te mettaient un autocollant. Tu deviens une catégorie différente du reste. Tu cesses d'être similaire, et pour certain·es professionnel·les tu deviens un objet d'étude. Tu es une altérité pour laquelle beaucoup de gens ne peuvent pas ressentir d'empathie. Une personne avec de l'argent, nous pouvons imaginer que les aléas de la vie pourraient la rendre pauvre. Par contre, en général on ne pense pas que quiconque parmi nous pourrait connaître la maladie mentale, que c'est une catégorie sociale, et non une catégorie "naturelle". En réalité personne n'est vraiment à l'abri de cela.

(LC) Pour finir, parlez-nous un peu de la publication que vous avez en tête et qui deviendra bientôt une réalité.


(J) Eh bien, le livre est une critique radicale du système de santé mentale (rires). À tous les égards. Nous avons conçu une sorte de réplique du fameux texte du situationniste Raoul Vaneigem "De la grève sauvage à l'autogestion généralisée", qui est une sorte de questionnaire relatif au monde du travail; nous avons porté l'accent sur le système de santé mentale. Il y aura également une bande dessinée sur la répression quotidienne et la brutalité dans les établissements psychiatriques, qui traitera de questions telles que les électrochocs. Il arrive un moment où vous ou votre famille pouvez être désespéré·es au point de signer un papier. Ensuite, iels ont carte blanche pour vous faire subir des chocs. Aujourd'hui, les électrochocs sont réalisés sous anesthésie générale, avec le danger supplémentaire que cela comporte. Il y a une perte brutale de la mémoire, à court et à long terme, et vous perdez aussi la notion d'avenir. On dit que les électrochocs produisent des effets positifs en cas de dépression, mais c'est loin d'être prouvé, et les études qui vont dans le sens inverse sont occultées. Si tu changes d'avis, après avoir signé les papiers, iels te menacent de t'imposer une période de soins généraux de 3 mois à un an et demi. Une autre partie du livre parle du thème que nous avons déjà mentionné: comment entrer à l'intérieur des institutions pour les changer, mais sans perdre de vue le fait que la véritable émancipation sera toujours en dehors d'elles, et comment combiner ces deux axes de la lutte. Il y aura aussi un texte sur la philosophie de l'entraide et une critique de la thérapie multifamiliale écrite par un psychiatre. Et d'autres choses encore. Il sera en vente, publié par la maison d'édition Descontrol, vers la mi-mai ou en juin.

Vous pouvez trouver des informations, des textes et des événements de la Xarxa GAM ici [en catalan]: https://xarxagam.org/

Fanzine Ingresos forzosos: https://xarxagam.org/2014/07/23/fanzine-ingresos-forzosos/

 

1  Note de ZzZ: Je n'ai rien contre l'idée que certains malêtres puissent trouver leur origine dans l'enfance et le cadre familial, par contre il me semble erroné, voire dangereux, de considérer que tous les malêtres trouveraient leur origine dans ce cadre-là uniquement. Peut-être que ce n'est pas non plus ce que veut dire M., je ne veux pas lui attribuer faussement des idées, d'autant que le cadre d'interview collective et de retranscription de paroles ne permet pas toujours de présenter des idées de façon précise. Quoi qu'il en soit, je suis convaincue qu'aucune théorie ne devrait chercher à englober en une seule causalité toutes les formes de souffrances mentales. Un modèle unique qu'on cherche à appliquer à toutes les situations ne peut qu'aboutir à occulter certaines expériences, aplatir certaines réalités et déboucher sur des maltraitances. La psychiatrisation recouvre une grande variété d’expériences et il ne s'agit pas de remplacer un modèle hégémonique par un autre «moins pire», mais de rester au plus près des conditions concrètes qui produisent ces expériences. Cela ne revient pas non plus à tout individualiser, il existe une large nuance entre ne pas uniformiser les expériences et les atomiser.
 

2  NDT: FIES est l'acronyme pour «Ficheros de Internos de Especial Seguimiento», soit «fichiers d'interné·es en section spéciale», un régime de l'administration pénitentiaire de l'état espagnol constitué d'une série de mesures visant un contrôle et une vigilance accrue de certain·es détenu·es, et qui a été créé en 1989 pour des détenu·es censé·es appartenir à des organisations terroristes. Ce régime permet à la foi d'autoriser un plus grand éventail de collectes de données personnelles ainsi que toute une série de restrictions carcérales supplémentaires. Source: Wikipedia (en castillan).
 

3  Note de ZzZ: Concernant cette idée de "normalité inventée pour quelques-uns", je suis d'avis que l'uniformisation de l'être humain·e répond en grande partie (mais pas que) aux besoins directs du fonctionnement économique capitaliste: d'un point de vue purement gestionnaire et économique, il est en effet plus pratique et efficace d'avoir affaire à un modèle unique de travailleuseurs, plutôt que de devoir adapter chaque poste de travail aux capacités spécifiques d'un·e individu. Dans le système capitaliste, l'être humain·e n'est qu'un rouage d'une gigantesque machine économique; or plus les pièces du rouage sont standardisées, plus la machine est facile et rapide à faire tourner. Le fait que du point de vue de l'évolution des espèces, l'uniformisation soit dangereuse et représente une menace pour la survie n'entre pas en compte dans ce système économique qui est uniquement organisé pour favoriser le profit maximum en un minimum de temps.

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Source et texte en catalan : article paru dans la revue Lo Comunal le 22/02/18.

Traduit du catalan. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc susceptible d'être modifiée.

Description de l'image : Un paysage peint. Le ciel prend la quasi totalité du tableau: la lumière du soleil est rose, il y a de nombreux nuages blanc-gris et plusieurs volées d'oiseaux noirs y tournoient. Tout en bas du tableau une forêt noire, où des voitures roulent les phares allumés sur un chemin escarpé.

Crédit image : 
Yolanda Mosquera