La psychiatrisation des enfants ou le développement normatif pour devenir adulte

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La psychiatrisation des enfants ou le développement normatif pour devenir adulte

Orlando Esquizo, Colectiva Antipsiquiatría (2014).

Contrairement à ce que l'on croit habituellement, on ne pathologise pas l'enfance parce que l'on veut – du moins actuellement – exclure les enfants qui avant recevaient les diagnostics d' «idiotisme», ou aujourd'hui de «trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité» (TDAH) et autres, on réalise ce processus à travers l'école, la psychiatrie et une partie de la psychologie parce que l'on souhaite normaliser de force ces enfants à priori déviant-es ou résistant-es à la norme. La création de cette norme est aussi la construction d'un «développement» qui sera déterminé par les institutions médicales et pédagogiques pour toutes et tous les enfants, ce développement cherche à la fois à être la vérité et la tyrannie de la régulation de l'enfance. Comme le disait Foucault: «le développement est commun à tout le monde, mais il s'agit plus d'une espèce d'optimum, une règle de succession chronologique avec un point idéal de culmination» (1), et ce point final auquel Foucault se réfère comme à un «idéal» c'est l'arrivée à l'identité «adulte». L'adulte n'est jamais un-e être naturel-le, c'est une création juridique, médicale et identitaire, qui doit porter et reconnaître en ellui-même la ou le sujet «normal et sain». L'âge adulte est donc l'archétype de la société disciplinaire et de l'ordre dominant.

L'enfant qui entre les XVII-XIX siècles était appelé idiot-e, est cellui dont les premières années de vie se maintiennent, et qui ne poursuit pas la norme, autrement dit le développement qu'on lui a imposé. Dans le cas de l'enfant qui jusqu'à maintenant était appelé «retardé-e», ce n'est pas cellui qui est resté-e à un moment déterminé de sa vie, mais cellui qui ne suit pas le développement à la stricte vitesse que celui-ci exige. Foucault disait: «que tous les phénomènes de la débilité – l'idiotie proprement dite ou le retard – ont été situés par rapport à deux instances normatives: l'adulte comme stade normal, les enfants comme définissant la moyenne de la vitesse du développement» (2).

Le processus de normalisation des enfants déviant-es ou résistant-es, qui est réalisé conjointement par deux institutions –avec la famille comme charnière de celles-ci– ; la psychiatrie (y compris la psychologie clinique et scolaire) et l'école se déroulent dans le cadre d'un mode d'emploi intangible et dans une moindre mesure, d'un développement considéré dans la culture dominante et dans l'imaginaire public comme une vérité absolue. Il y a une volonté d'assassiner le moindre type de manifestation de la singularité chez les enfants, on cherche en dernière instance à les homogénéiser pour les diriger à devenir des êtres d'obéissance, des êtres adultes. N'importe quelle petite fille qui résiste au «savoir» normé de l'école sera médicalisée par la psychiatrie en accord avec la pédagogie. L'ordre hégémonique ne tolère pas la dissidence, le désordre, ou la fuite. La déconstruction que je propose face à la normalisation doit partir de l'assassinat de ce sujet psychologiquement normal : l'adulte. Comme je l'ai exprimé dans un texte antérieur, arrêter d'être adulte n'est pas une question d'âge, encore moins une rhétorique romantique «pro-enfant», mais c'est se lancer dans le devenir fugitif d'orphelines dé-normalisées.

 

Orlando Esquizo.
Colectiva Antipsiquiatría
antipsiquiatria@riseup.net

(1) . Cours du 16 Janvier 1974. Le pouvoir psychiatrique, Michel Foucault.
(2) . Cours du 16 Janvier 1974. Le pouvoir psychiatrique, Michel Foucault.

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Source : https://colectivoantipsiquiatria.wordpress.com/

Traduction du castillan. Cette traduction est participative, toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.

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