Résistance pas résilience: approches de la classe dirigeante et approches radicales de la santé mentale

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Résistance pas résilience: approches de la classe dirigeante et approches radicales de la santé mentale

Kate Bradley

Récemment, sur mon lieu de travail, je suis tombée sur une affiche réalisée par une entreprise nommée Validium. L'affiche s'intitulait "Le bonheur en action" et laissait entendre que je pouvais améliorer ma santé mentale par des promenades dans la nature ou par un peu de soin-de-soi. J'étais agacée, mais j’eus du mal à comprendre pourquoi: ne devais-je pas m'estimer heureuse que mon employeur propose des ressources en matière de santé mentale? Et n'était-ce pas une charmante idée que de faire des promenades dans la nature?

Mais mon irritation revenait chaque fois que j’apercevais l'affiche qui me sermonnait du haut du placard de la cuisine du bureau. J'ai donc fait des recherches sur l'entreprise. Le slogan de Validium est "accroître la valeur de la main-d'œuvre" et le site Web s'adresse presque exclusivement aux employeurs et employeuses qui voudraient acheter les services de Validium: des programmes d'aide aux employé-es, des ressources comme cette affiche condescendante et des séances de formation pour améliorer la "résilience" de la main-d'œuvre. Voici ce que dit leur site web:

Dans un monde idéal, chaque employé·e pourrait laisser ses problèmes à la maison et se concentrer à 100% sur son travail.

Un PAE est un outil inestimable pour toute organisation, car il permet de promouvoir et de faciliter la santé mentale et de minimiser l'impact de toute distraction extérieure sur la capacité des employé-es à fonctionner ou à se concentrer pendant leur travail.


Le paragraphe est clair: "nous savons bien que vous préféreriez que votre travail soit fait par des machines plutôt que par des personnes, mais nous sommes là pour vous: afin que vos employé-es ressemblent davantage à des machines". Notez que Validium n'essaie même pas de prétendre que cela aidera à résoudre ou à remédier aux problèmes des gens – le but est seulement qu'iels "laissent leurs problèmes à la maison". La vie des gens équivaut à une "distraction extérieure" et le fait que le stress et l'anxiété des individus proviennent souvent de l'intérieur de leur lieu de travail n'est pas reconnu.

Le site Web est d'une honnêteté déconcertante sur la raison d'être de Validium: protéger les profits de votre entreprise. "Validium travaille en partenariat avec vous pour s'assurer que chaque centime investi soit largement rentabilisé", se vantent-iels. Parmi les soutiens affichés par Validium on trouve Zurich Insurance, qui écrit: "L'expertise clinique de Validium a permis une réduction tangible du temps nécessaire à la réadaptation des employé-es absent-es." La Nationwide Building Society a également laissé un avis élogieux: "En travaillant en partenariat avec Validium, nous avons pu générer une différence mesurable au niveau des résultats financiers."

Même si c'est affreusement déconnecté des raisons pour lesquelles je souhaite améliorer ma santé mentale, Validium répond à de réelles préoccupations des employeur-euses: le nombre de journées perdues en raison d'absences d'employé-es liées à la santé mentale, ainsi que la difficulté de la gestion émotionnelle des gens visant à s'assurer qu'iels fournissent constamment le travail intensif nécessaire pour réaliser un profit (ou, dans les associations sans but lucratif, pour garantir les résultats voulus par vos donateur-ices et les salaires des gestionnaires grassement rémunéré-es). En 2015/16, selon l'Enquête Emploi britannique, il y avait 0,5 million de travailleur-euses au Royaume-Uni souffrant de stress, de dépression ou d'anxiété liés au travail et le stress était à l'origine de 45% de toutes les journées de travail perdues pour cause de mauvaise santé. Selon les statistiques d'
Investor In People, jusqu'à 60% des travailleur-euses britanniques étaient insatisfait-es de leur emploi actuel et 57% prévoyaient de le quitter d'ici un an. Cela nous explique pourquoi les employeur-euses sont si anxieux-ses, mais inévitablement, iels ne s'intéressent pas au coût humain de la maladie mentale, mais au profit, ce qui biaise leur façon de parler des problèmes des gens.

De grandes ONG comme l'Organisation mondiale de la santé tentent maladroitement de combiner une sincère préoccupation pour la santé mentale et une rhétorique axée sur les employeur-euses, comme l'a clairement démontré leur campagne contre la dépression pour la Journée mondiale de la santé de 2017. Iels incitaient les employeur-euses et les États à augmenter les dépenses consacrées à la dépression, en indiquant dans leur vidéo de campagne que la perte économique mondiale due à la dépression était estimée à 1000 milliards de dollars US par an. Mais qu'est-ce que tout ça a à voir avec moi? Quand je suis déprimée, je me fiche que mon employeur gagne de l'argent. Je ne veux pas dépendre de sa charité, d'autant plus que son intérêt est de me rendre productive,
pas nécessairement que je sois véritablement heureuse et enrichie.

Je suggère que nous commencions à faire la distinction entre les approches de la santé mentale de la "classe dirigeante" – illustrées par Validium,
mais aussi par les campagnes de déstigmatisation ineptes des Conservateur-ices et de la famille royale – et les approches "radicales", basées sur l'expérience réelle et compliquée de la souffrance psychique et visant à améliorer véritablement le bien-être et le bonheur des gens. Cette différence est cruciale, à la fois parce qu'elle nous aide à comprendre la méfiance et le malaise ressentis lors des campagnes de santé mentale classiques, mais aussi parce qu'elle nous enseigne comment lutter pour parvenir à de meilleurs soulagements de notre souffrance collective que ce qui nous est proposé par ces mauvaises approches.

 

Approches de la classe dirigeante de la santé mentale

Lors de la Journée sans hommes 2018 de rs21 [organisation communiste révolutionnaire britannique], un groupe de femmes travaillant dans un large éventail de milieux professionnels (comprenant des associations caritatives, des centres d'appels, des startups de la technologie, des écoles et le système de santé mentale) se sont réunies pour discuter de la nature changeante du travail et toutes ont rapporté la même expérience: leur lieu de travail les avait toutes obligées à suivre une "formation en résilience". Ces séances étaient un mauvais patchwork de conseils en gestion du stress, d'optimisme vide de sens et d'injonctions à pratiquer la "pleine conscience" et le soin-de-soi en période de stress et d'anxiété. Les formations à la résilience ont détourné le langage du soin-de-soi – à l'origine un concept féministe visant à ce que les personnes restent combatives et non à les rendre dociles – et l'ont remodelé dans le but d'augmenter la productivité au travail.

Un jour, alors que je postulais pour un emploi dans une grande organisation du secteur tertiaire, des questions codées concernant la santé mentale et la résilience ont été intégrées au "test de personnalité" du début du processus, afin d'éliminer les candidat-es les plus faibles et dont on présume qu'iels ne seraient pas capables de supporter l'augmentation du niveau de stress au travail (comme Jaz Blackwell-Pal l'a abordé dans ses écrits sur le "travail émotionnel"). Le magazine Hazards a souligné que "les employeur-euses aiment les concepts comme la résilience parce que cela implique moins d'effort que la prévention du stress". Cependant, parler de résilience peut déprimer davantage les travailleurs et travailleuses en les faisant se sentir responsables de leur propre échec à faire face à des exigences déraisonnables – les travailleurs et travailleuses intériorisent des "récits moralisateurs autour de la responsabilité personnelle", comme Felicity Thomas et ses collègues l'ont affirmé dans un excellent article cette année.

Les formations à la résilience et le baratin qui va avec reflètent une tendance plus large à la fausse-préoccupation pour la santé mentale dont le Parti conservateur a été le fer de lance lors des élections législatives de 2017. Dans leur manifeste, les conservateur-ices promettaient "de véritables actions en matière de santé mentale". Cela est régulièrement contredit par leurs autres politiques, car il est bien connu que les programmes et les politiques mis en place par les conservateur-ices, notamment leurs idéologies de restrictions des aides sociales qui forcent les gens à travailler, ont considérablement aggravé la vie des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Pour résoudre cette contradiction, les conservateur-ices adoptent des façons de concevoir la souffrance qui situent l'origine de l'improductivité dans un échec individuel – qu'il s'agisse de défauts liés à la neurochimie ou à la personnalité. Cela s'inscrit parfaitement dans la tendance plus large de la droite à considérer que les demandeur-euses d'allocations ne les méritent pas, que les sans-abri sont tous et toutes des toxicomanes ou des ingrat-es et que les dirigeant-es et propriétaires d'entreprises prospères ont "travailler dur pour y arriver", niant toute cause structurelle aux inégalités sociales.

On retrouve le même ton superficiel dans la campagne "
Heads Together", menée par diverses célébrités, dont les jeunes membres de la famille royale, qui versent d'énormes sommes d'argent dans la "sensibilisation" aux questions de santé mentale. Heads Together entretient l'idée que "provoquer des discussions" serait la clé permettant de résoudre les problèmes de santé mentale des gens. Si la déstigmatisation est importante – en particulier pour les personnes neurodivergentes qui subissent des discriminations, comme les personnes schizophrènes – elle favorise aussi la construction d'une catégorie de personnes "malades mentales", qui sont supposée préexister à cette catégorie et n'auraient besoin que de tolérance et d'empathie. Par ses non-dits, la campagne entretient l'idée que tous les problèmes de santé mentale sont semblables et simplement des faits inévitables, plutôt que d'être, dans de nombreux cas, causés et déclenchés par des conditions de vie difficiles. Se concentrer sur les causes mettrait vite les membres de la famille royale dans l'embarras, car il faudrait alors commencer à se demander pourquoi la pauvreté est corrélée à la dépression et pourquoi elle semble être surreprésentée dans certains groupes sociaux – ce qui implique qu'elle n'est pas simplement naturelle, mais causée et intensifiée par les inégalités sociales (inégalités qu'iels incarnent allègrement).

Les approches de la classe dirigeante en matière de santé mentale supposent que rendre une personne "fonctionnelle" – c'est-à-dire capable de travailler et de "contribuer" à nouveau – est la solution à ses problèmes. Ces approches sont souvent condescendantes, estimant que tout ce dont ces individus ont besoin est de conseils ou de médicaments pour "se remettre sur pied", considérant à tort les difficultés matérielles et les réactions négatives à une impuissance générale comme un échec des stratégies d'adaptation ou de la neurochimie individuelle. Telles sont les approches des ministres, des services de relations publiques des entreprises pharmaceutiques et même de nombreux-ses médecins. Les approches de la classe dirigeante tentent systématiquement de minimiser la responsabilité systémique de ces problèmes et tentent de résoudre le problème en utilisant des solutions à court terme et peu coûteuses afin que les gens restent productif-ives – en enseignant des "stratégies d'adaptation", en distribuant des médicaments rentables, ou en encourageant les gens à s'appuyer sur les membres de leur famille. Ensemble, ces approches créent une idéologie de la classe dirigeante en matière de santé mentale, qui se répercute dans le système et dans la façon dont nous parlons tous et toutes de nos vécus.

On peut aussi s’apercevoir comment les déclarations de la classe dirigeante sur la santé mentale servent d'exercice de relations publiques bien utiles. Par exemple, la principale chose dont la plupart des gens se souviennent à propos de la campagne Heads Together est qu'elle est menée par le prince William et la princesse Kate, et elle sert donc à renforcer les relations publiques de la famille royale, qui se préparent au décès de la reine.
Pour les conservateur-ices, parler de santé mentale peut être un moyen d'adoucir leur image publique ternie et d'atténuer leur réputation qui est d'adopter des politiques publiques punitives et violentes.

Les dangers des approches de la classe dirigeante en matière de santé mentale sont multiples. Premièrement, elles se concentrent uniquement sur les problèmes de santé mentale qui ont un impact négatif sur le profit, ce qui signifie qu'elles consacrent la majorité de leur énergie aux principales causes de "pertes" économiques, comme la dépression. Cela signifie qu'elles ignorent les réalités quotidiennes des personnes issues de minorités ayant des problèmes de santé mentale ou des personnes dont la neurodivergence pourrait de fait augmenter les profits au détriment de la cohésion et du bonheur de la société, comme la psychopathie, qui est représentée de façon disproportionnée parmi les personnes à grande réussite professionnelle1. (Par exemple, une étude menée en Australie a révélé qu'un-e PDG sur cinq répondait aux critères de psychopathe, associé à un comportement antisocial compétitif et agressif).

Deuxièmement, puisque le profit est la principale motivation, ces approches favorisent implicitement des solutions individualisées et peu coûteuses aux problèmes de santé mentale, comme enseigner aux gens à réprimer et à contrôler leurs émotions plutôt que de s'attaquer aux causes profondes, ou offrir des traitements de groupe peu coûteux conçus pour les inciter à retourner au travail plus rapidement, comme la thérapie cognitive comportementale. Ces approches reposent sur le facteur disciplinant qu'est la nécessité de travailler pour payer ces factures, de sorte que des mesures comme la réduction des prestations d'invalidité pour les personnes malades mentales peuvent être aussi "efficaces" pour réduire l'absentéisme au travail que d'aider véritablement les gens à retrouver la santé.

 

Approches radicales de la santé mentale

À l'inverse, les approches radicales de la santé mentale partent des racines des problèmes des gens pour examiner pourquoi de nos jours l'expérience de vie de tant de gens induit de telles souffrances et anxiétés. Ces approches peuvent être distinguées de celles de la classe dirigeante dans la mesure où elles considèrent les gens comme des êtres humain-es à part entière et non uniquement comme des unités économiques dysfonctionnelles. Les approches radicales consistent à aider les gens à trouver leurs propres solutions, tant individuelles que collectives. L'un des buts lointains des approches radicales est de construire un monde où les gens auront véritablement la possibilité de s'épanouir sur les plans émotionnel, intellectuel et artistique. À long terme, cela peut signifier se battre pour l'automatisation du travail afin de ne pas avoir à travailler pendant la majeure partie de notre vie, l'abandon de la croissance économique comme principale motivation et la gratuité des soins de santé et du logement pour tous et toutes – pour donner trois exemples. Rien de tout cela ne pourrait faire partie de l'objectif d'un-e capitaliste convaincu-e, qui tient à ce que vous retourniez au travail dès demain.

Alors, comment pouvons-nous nous diriger vers cet objectif final?

Premièrement, je dirais que les approches radicales impliquent nécessairement de s'éloigner du modèle biomédical de la santé mentale, comme l'a écrit Hazel Croft avec beaucoup d'éloquence. Croft parle de la "pathologisation de la vie quotidienne", affirmant que les intérêts des grandes compagnies pharmaceutiques et de l'industrie psychiatrique en sont venus à dicter la recherche sur les problèmes de santé mentale et la manière dont cela est appliqué aux patient-es. Elle plaide plutôt en faveur d'une "approche sociale":

«Une approche sociale nous permet de voir que la santé mentale est centrale dans toutes les dimensions de notre vie, et qu’elle est liée à toutes les batailles que nous avons à mener – contre le racisme et le sexisme, pour la libération sexuelle, pour un logement décent, ou dans nos luttes sur nos lieux de travail contre le travail précaire et les tentatives de nous faire travailler plus longtemps et de façon plus intensive. Notre lutte se fait avec les travailleuse-eurs de la santé mentale, avec les usager-es et avec d’autres. Oui, nous devons défendre les services de santé, mais nous devons aussi chercher à conceptualiser la santé mentale d’une manière qui soit libératrice et qui ne nous réduise pas à nos corps biologiques ou à des unités que l’on mesure à l’aune du «bonheur».»

Cette approche sociale exige que nous soyons un peu plus sceptiques quant aux analyses biologiques et individualisées de la santé mentale auxquelles nous nous sommes habitué-es ces dernières décennies. Elle permet également de comprendre que de nombreux «problèmes» de santé mentale ne seraient pas des problèmes dans un monde plus solidaire et inclusif.
Par exemple, une intolérance extrême pour la dépression en tant qu'improductivité a surgi avec la globalisation du capitalisme, mais la souffrance existentielle pourrait conduire à une crise personnelle moins grave si nous n'avions pas à nous lever chaque jour pour aller travailler (il est même possible qu'il y en ait moins). Au lieu de nous contenter d'accepter les étiquettes médicales qu'on nous donne, qui sont réifiées par leur lustre scientifique, nous devrions toujours nous demander si le problème vient de nous – ou bien si le monde qui nous entoure pourrait être modifié afin de mieux répondre à nos besoins.

Néanmoins, même dans une société parfaite, il y aura probablement de nombreuses occasions où les gens auront besoin d'une étiquette pour être compris-e, pour exprimer leurs besoins et pour établir et accéder à un soutien pertinent2. Toutefois, ce soutien n'a pas toujours besoin d'être clinique. Pour beaucoup d'entre nous, il est préférable que le soutien émotionnel vienne de nos proches, de nos ami-es, de nos parent-es et de nos réseaux sociaux. Pour en arriver au point où nous serons en mesure d'offrir ce soin communautaire, nous devons nous battre pour une abondance de temps, d'énergie et de santé pour tous et toutes – donc pour un meilleur salaire, des journées de travail plus courtes et plus d'espaces dans lesquels construire une communauté entre les gens.

Une fois que nous cessons de considérer les soins de santé mentale comme une simple préoccupation médicale, il devient aussi évident que la question n'est pas simplement de financer des associations caritatives comme Mind ou de donner plus de moyens au système de santé mentale. Bien qu'il soit crucial de s'opposer aux coupes budgétaires dans le système de santé et de services publics, bon nombre de ces services sont administrés par l'État et les grandes ONG. Par conséquent, ils sont au mieux ambivalents vis-à-vis du bien commun, puisqu'ils sont conçus pour servir d'intermédiaires entre les intérêts des personnes et ceux du capital. La recherche et la mise en place de nouveaux modèles de financement pour les collectifs de soins de santé, les services sociaux gratuits et les groupes de soutien par les pairs pourraient constituer une approche radicale. Nous pouvons également essayer de rendre nos espaces politiques aussi inclusifs et solidaires que possible, une proposition qui peut paraître anodine, mais qui a une valeur inestimable lorsqu'il s'agit d'aider les gens à faire face à la souffrance d'une manière qui ne contribue pas à les atomiser.

Dans nos syndicats aussi, nous devrions tenir compte de l'intérêt actuel pour les questions de "santé mentale" dans les médias, mais ne pas nous laisser emporter par le ton insidieux des grandes campagnes de santé mentale. Cela pourrait avant tout consister à indexer les demandes d'amélioration de la santé mentale aux campagnes pour de meilleures conditions de travail, notamment en termes de salaires et d'heures. Notre bonheur est ancré dans notre vie sociale et nos conditions matérielles, au travail et en dehors et les syndicats devraient donc éviter le langage creux des campagnes de santé mentale de la classe dirigeante. Les syndicats pourraient également offrir des voies alternatives pour les soins de santé mentale, à la fois en défendant les services du système de santé mentale et en augmentant leurs propres ressources. Bien conduit, cela pourrait amener à ce que les soins de santé mentale n'aient pas à être administrés (et donc gérés idéologiquement) par une ou un employeur ou par le gouvernement.

Pour les radicaux et radicales de tous bords, l'objectif final des soins de santé mentale devrait être le même que nos autres objectifs: la liberté collective et non une accommodation personnelle avec le statu quo. Cela signifie nécessairement qu'il faut rechercher plus profondément les causes de la détresse mentale que ce que votre employeur-euse et les Conservateur-ices ne seront jamais prêt-es à le faire.


 

1Note de Zinzin Zine: Il ne me paraît vraiment pas pertinent de psychiatriser les capitalistes (ou tout autre type de dominants). Médicaliser et psychologiser les rapports sociaux, c'est le fonds de commerce de la psychiatrie, mais dans un sens comme dans l'autre, ça conduit surtout à les invisibiliser. Le discours psychiatrique et les théories vaseuses qui vont avec n'en ressortent que renforcés. Il me semble préférable de partir du principe que, quel qu'il soit, le degré d'adaptation d'un fonctionnement psychologique à un système social donné ne peut pas constituer en soi un critère de pathologie. Surtout que le degré d'adaptation à ce système social dépend probablement bien plus des circonstances de vie, des obstacles systémiques ou au contraire des privilèges rencontrés sur son chemin, que d'une quelconque particularité individuelle.

2Note de Zinzin Zine: Ce passage semble reposer sur une définition assez floue du terme «étiquette». L'autrice semble considérer qu'une «étiquette» serait un simple «qualificatif», un outil langagier neutre qui permettrait juste de désigner une catégorie d'individus. Or d'un point de vue sociologique et politique, l'«étiquette» est indissociable du processus de stigmatisation sociale d'une catégorie d'individus (voir la théorie sociologique de l'étiquetage). L'étiquette n'est donc pas une simple qualification, mais une disqualification sociale. Bien sûr que tout le monde a parfois besoin d'un terme pour qualifier certaines expériences et ainsi déterminer les besoins qui vont avec, mais encore faut-il que ce terme soit réellement déterminé en fonction des intérêts et besoins des personnes concernées. Or une étiquette est un terme déterminé en fonction des intérêts des dominants, dans le but d'inférioriser et de faciliter le contrôle social d'un groupe minorisé. Une étiquette implique nécessairement une relation de pouvoir. Le fait qu'actuellement, l'accès à des soins, à des aides et à toutes les miettes qui nous permettent à peine de survivre, soit conditionné à notre étiquetage, est justement l'un des pivots de notre assujettissement. L'étiquette n'est pas un besoin vital, c'est même précisément ce qui nous restreint l'accès à certains besoins vitaux. C'est pourquoi il paraît contradictoire, dans une perspective libératrice, de parler de «besoin d'étiquette», au lieu de simplement reconnaitre d'une part, le besoin de mots, de concepts, pour appréhender certaines expériences et d'autre part, le besoin d'accès inconditionnel à tout ce qui relève de besoins vitaux.

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Source: article publié le 18 novembre 2018 sur le site "revolutionary socialism in the 21st century" (rs21) une organisation communiste révolutionnaire britannique.

Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée. 


Tous les surlignages ont été ajoutés.

Description de l'image: une cafetière à moitié pleine dessinée en noir sur fond rose. Il est écrit: "Your worth is not measured by your productivity", qui peut se traduire par: "ta valeur ne se mesure pas à ta productivité".

Crédit image: @traitspourtraits