Toutes les femmes utilisent ces moyens psychologiques contre le harcèlement quotidien de gens comme Harvey Weinstein

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Toutes les femmes utilisent ces moyens psychologiques contre le harcèlement quotidien de gens comme Harvey Weinstein

Jay Watts (12/10/17)

 

Ce n'est pas par hasard si la plupart des problèmes de santé mentale commencent à l'apparition de la puberté, lorsque le regard sexualisé devient soudainement pressant et que tant de filles sont soudainement sujettes à des réactions déstabilisantes de la part d'hommes beaucoup plus âgés


Le harcèlement sexuel présumé de jeunes femmes par le producteur de films Harry Weinstein aurait été un secret de polichinelle à Hollywood. Weinstein est l'une des nombreuses célébrités [tous les liens sont en anglais] qui ont été dénoncés pour harcèlement sexuel ces dernières années, à mesure que la prise de conscience du public grandit. Le harcèlement sexuel fait partie de la vie quotidienne de beaucoup, sinon de la plupart, des filles et des femmes. Pourtant, il y a eu peu de considération des effets de celui-ci sur la santé mentale.

 

Être une femme dans une culture qui objective sexuellement le corps féminin a des effets. Les filles et les femmes sont socialisées à internaliser le regard extérieur sur leur corps. Cela signifie qu'elles sont davantage susceptibles de prendre pour habitude de surveiller leurs corps et d'examiner l'espace social en prévision d'un danger potentiel. Cela a des coûts énormes. Il y a un fardeau financier bien sûr - prendre un taxi la nuit, et ainsi de suite. Mais il y a aussi un coût psychologique et physique.

 

Les femmes sont beaucoup plus susceptibles de connaître des problèmes de santé mentale en général, en particulier certains problèmes tels que l'anxiété. L'anxiété prend souvent la forme d'une inquiétude généralisée constante, et il devient difficile de quitter la sécurité de la maison. Ces expériences sont qualifiées de troubles mentaux – les troubles anxieux généralisés et l'agoraphobie en sont deux exemples – comme si elles pouvaient être clairement situées en tant que pathologies individuelles plutôt qu'être le produit de l'environnement.

 

Pourtant, le stress environnemental chronique de faible niveau, toujours genré, a des effets démontrables à long terme sur le corps et l'esprit. Le besoin de voir le harcèlement sexuel comme un problème de santé mentale devient clair si l'on considère les expériences des hommes trans dans l'espace public. Tout d'un coup, il y a un sentiment de sécurité qui s’accroît, un droit de s'étendre – un vécu d'être moins soumis à l'examen sexuel.


Les filles et les femmes sont aussi beaucoup plus susceptibles de s'autoblesser, les formes les plus répandues sont le fait de refuser d'alimenter son corps de façon adéquate (anorexie) ou de se couper la peau. Bien qu'il y ait de nombreuses causes à cela, attaquer le corps de ces façons est trop souvent le reflet d'une mise en acte de la haine et de la confusion sociale concernant le corps féminin et la maturité sexuelle.

 

Ce n'est certainement pas un hasard si la plupart des problèmes de santé mentale commencent à l'arrivée de la puberté, lorsque le regard sexualisé devient soudainement pressant et que tant de filles sont subitement sujettes à des réactions déstabilisantes de la part d'hommes beaucoup plus âgés.

 

La position des femmes en tant qu'objets d'un regard implacable est particulièrement déroutante à notre époque. On est à la fois supposée être sujette désirante, pensante et engagée, profitant des avantages du féminisme de la quatrième vague, et l'objet marketing phare d'Instagram, filtrée à la perfection. Cette ambiguïté vis-à-vis de la capacité d'agir [agency] des femmes, qui bien entendu s'internalise, se cristallise dans la catégorie diagnostique de «trouble de la personnalité borderline» (75% des diagnostics concernant les femmes).

 

Les femmes de cette catégorie sont pathologisées parce qu'elles sont trop douées à être des personnages caméléons qui s'adaptent aux désirs de quiconque se trouve en face d'elles, et trop en colère parce qu'elles refusent aussi cette insistance. Est-il vraiment juste de considérer ces femmes comme ayant un sens désordonné de soi, plutôt que de considérer cela comme un symptôme de la société qui envoie des messages hautement contradictoires sur ce que performer une féminité socialement acceptable veut dire?


Tout cela ne signifie pas que l'expérience genrée ne bousille pas les hommes aussi. La masculinité toxique, après tout, est un facteur important derrière les taux élevés de suicide chez les hommes. Ce que cela signifie, cependant, c'est que nous devons commencer à réfléchir sérieusement à la façon dont les expériences genrées et l'omniprésence de la violence sexuelle affectent la santé mentale.

 

À l'heure actuelle, les services de santé mentale ne posent souvent même pas les questions les plus élémentaires sur la violence sexuelle, sans même parler du manque total de sérieux avec lequel est pris en compte le harcèlement sexuel subi par tant de patientes dans les services psychiatriques et parfois venant des membres du personnel eux-mêmes.


La société a déjà su mieux faire. Dans les années soixante et soixante-dix, le féminisme de la deuxième vague plaçait le genre et la santé mentale fermement sur le même plan. Des livres majeurs tels que Femmes et folie de Chesler ont alimenté le mouvement féministe de prise de conscience. Ce n'était pas parfait, bien sûr, surtout parce que la façon dont le genre et la folie intersectionnent avec le racisme, le validisme et les privilèges de classe était négligée.

 

Mais c'était probablement plus sophistiqué que notre pensée actuelle où les campagnes de santé mentale sont séparées du féminisme de la quatrième vague et où les manuels de traitement pour des difficultés qui concernent massivement les femmes ne prennent pas du tout en compte le genre ou même la violence sexuelle.


Le harcèlement sexuel, la présence soudaine du regard sexuel à la puberté mais aussi sa disparition en milieu de vie, sont essentiels pour comprendre la «folie» des femmes. Nous devons célébrer les femmes assez courageuses pour briser le silence en ce moment et se servir de leurs expériences pour forger une compréhension plus nuancée des pressions auxquelles sont confrontées les femmes et qui causent tant de souffrances – une souffrance si facilement interprétée comme un signe de maladie mentale.
 

 

Le Dr Jay Watts est une psychologue clinicienne/psychothérapeute, écrivaine et activiste vivant au Royaume-Uni.

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Source : Independant

Traduit de l'anglais : cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations en nous contactant, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.

Illustration : deux survivantes de la psychiatrie sont assises pendant une manifestation en 1979, sur leurs pancartes ont peut lire en anglais : "Les folles contre-attaquent" ["Mad woman fight back"] et "Bien sûr qu'on est paranoïaques" ["Bet your ass we're paranoid"]

Tous les surlignages ont été ajoutés.