«C'est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous.»

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«C'est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous.»

Pour participer à laisser une trace de nos luttes récentes, voici un texte écrit par des camarades de Belgique. Pour donner quelques clés de lecture, en Belgique le politicien Jo Vandeurzen a été nommé en 2009 en tant que «ministre flamand du bien-être, de la Santé et de la Famille», dénomination 100% orwellienne et fascisante, dans l'air du temps en somme, et couramment abrégée par «Ministre du bien-être». Son mandat actuel à ce même poste court jusqu'en 2019.
 

Zinzin Zine

 

 

Vous nous dites que nous sommes fous, anormaux, ingérables.

Si c'est vous qui le dites, ça doit être vrai.

 

 

On s'en doutait bien...

  • De plus en plus de placements en psychiatrie

  • De plus en plus de médicaments psychotropes prescrits

  • Toujours plus d'internements forcés

  • Toujours plus de suicides

  • Toujours plus d'enfants placés dans des homes, et des institutions pour mineurs, où on leur donne de l'Haldol pour les calmer, lieux connus pour les mauvais traitements et les abus sexuels qui s'y passent

  • Toujours plus de jeunes prennent des médicaments

 

 

Dans la mascarade de ce monde, il y a parfois des choses remarquables. Comme Vandeurzen, ancien ministre de la Justice qui se veut aujourd'hui Monsieur Bien-être (Ministre du Bien-être et Santé) et qui espère un serein débat démocratique. Qui essaie de concilier des choses qui sont inconciliables.

Monsieur Bien-être qui a fait construire le quartier d'isolement à Bruges où des personnes sont enfermées dans des oubliettes loin des yeux de tout le monde, bourrées de médicaments et prises en charge par autant de blouses blanches que de matons.

Monsieur Bien-être qui a décidé, en plus de tous les hôpitaux et ailes psychiatriques que ce pays compte déjà, de construire deux nouvelles prisons psychiatriques, une à Gand et une à Anvers. Y seront légalisées et structurées toutes les manières possibles pour mater la résistance des personnes face à leur enfermement: le bourrage de crâne intensifs des psychiatres et psychologues qui veulent nous enfoncer leur vision du monde à coups d'injections et de médocs, jusqu'à ce que nous croyons réellement que c'est eux qui ont raison de nous enfermer, jusqu'à ce que nous perdons toute confiance en nous-mêmes et en nos propres forces.

Monsieur Bien-être qui, bien qu'il ne soit plus officiellement le maître du monde carcéral, a toujours un pied dedans. C'est toujours lui qui gère les aspects «pédagogiques» des institutions pour mineurs par exemple. A Everberg, prison pour mineurs parmi d'autres, c'est lui qui instaure le côté doux de la répression. Les activités et les excursions comme chantage pour mater la résistance, rendre un peu plus vivable l'enfermement. La clef de la cellule qui te sourit avant qu'elle t'enferme. La carotte à côté du bâton.


La psychiatrie et la prison, unis, mains dans la main, pour faire le sale boulot

A l'heure où l'État rogne les ailes aux initiatives qui se veulent un moment de repos dans un monde de courses à l'argent, un moment de partage et de dialogue dans un monde de sourds-aveugles1, il ne cesse pas de construire plus de prisons et de favoriser les médicaments aux soins réels. L'Haldol, un des nombreux médicaments administrés, est injecté aux jeunes gens dans les asiles comme aux adultes dans les cachots.

L'Haldol est létal, et a déjà tué de nombreuses personnes enfermées.

 

Aujourd'hui, 1 prisonnier sur dix est interné. Quand les médecins viennent remplacer les juges, quand on est enfermé sans savoir si la peine pourrait un jour se terminer. La prison sert comme oubliette, où l'on est souvent entassé à 3, 4 dans une petite cellule. On péterait un câble pour moins que ça!
 

L'internement est aussi une peine infligée aux personnes qui ne veulent plus s'intégrer dans cette société, ceux qui ont fait le choix de prendre les richesses où elles se trouvent au lieu de bosser pour des miettes qu'un patron veut bien leur donner. Fou c'est comme ça qu'on appelle ceux qui ne se laissent pas faire, qui ne ratent pas une occasion pour gueuler leur rage, rendre les coups, garder la tête haute. Ceux qui ne changeront plus jamais.

Les juges, les médecins, les politiciens ont tout un arsenal de noms à nous donner. Fous, anormaux, ingérables. Sommes-nous fous? C'est pourtant eux qui enferment des gens à longueur de journée, dans les pires trous qu'une démocratie veut bien nous cacher. C'est eux qui prétendent tout savoir sur des individus qui ont choisi de vivre selon leurs propres choix et de tracer eux-mêmes leur chemin d'individus-libres. C'est eux qui jugent et ne ratent pas une occasion de nous pourrir la vie.


Nous ne collons pas avec ce monde, c'est vrai. En plus, nous en sommes fiers. Si la société et sa normalité se construisent sur l'enfermement, médicaments et drogues forcée, cachots, camisoles, blouses blanches et matraques bleues, travail à vie pour enrichir d'autres nous sommes fiers de ne pas vouloir l'intégrer. Si c'est eux qui nomment les choses, nous ne voudrons jamais être normaux.


 

 

 

1Note de Zinzin Zine : si seulement notre «monde» était «fou» (cf. le titre du texte) et si seulement nous vivions dans un monde de «sourds-aveugles»! C'est très loin d'être le cas, et malheureusement ce genre d'expression, qui utilise la folie, la surdité ou tout autre situation de handicap social comme un exemple de tare honteuse que l'on méprise, revient à reprendre à son compte une partie de l'idéologie dominante, en l’occurrence le discours validiste. Il n'est pas question ici de jouer aux puristes ni d'en tenir froidement rigueur aux camarades qui l'ont écrit, mais de rappeler que d'utiliser ces termes comme des insultes, ou de toute autre façon péjorative, constitue une contradiction qu'il est important de dépasser.

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Reçu par mail.

Tout les surlignages ont été rajoutés.

Description de l'image : Dessin en couleur et en contre plongée qui représente une personne aux cheveux longs, noirs et ondulés, qui regarde une nuée d'oiseaux qui passent au dessus de sa tête, entre deux rangés de hauts immeubles sombres. Le ciel étoilé arbore une lumière jaune-doré, qui tranche fortement avec le gris des façades.

Crédit image : Nhung Le