Comment être un·e allié·e pour les personnes handicapées et neurodiverses dans les communautés militantes et universitaires

Publié le

Comment être un·e allié·e pour les personnes handicapées et neurodiverses dans les communautés militantes et universitaires
Lee (07/06/12)

 

** Note: Ce qui suit est basé sur ma propre expérience en tant que militant·e handicapé·e, Trans, Queer, et Autiste, multiplement marginalisé·e. En réalisant cette liste, j'ai aussi consulté d'autres militant·es handicapé·es. La plupart de l'activité militante dans laquelle j'ai été engagé·e s'est déroulée dans les communautés militantes & universitaires queer. J'ai été à la fois un·e militant·e de terrain et un·e militant·e étudiant·e. Je ne prétends pas parler au nom des personnes neurodivergentes ou handicapées – ou de n'importe quel autre groupe concerné. Voici quelques idées que j'ai rassemblées sur comment être de meilleur·es allié·es pour les personnes qui ont été mises à l'écart des communautés/mouvements politiques et sociaux:

Rendez vos événements/rencontres sociales accessibles. Les personnes handicapées/neurodivergentes, & malades chroniques sont souvent exclues des espaces qui créent de la communauté. Cela signifie que les personnes handicapées sont souvent isolées. L'isolation extrême est encore utilisée comme châtiment corporel dans les complexes médico-industriel et carcéro-industriel. L'isolement est une forme de violence culturelle et ses conséquences sont graves – elles mènent au traumatisme, à la dépression, et au désespoir, entre autres. Être véritablement radical·e signifie inclure les personnes les plus isolées et silenciées. L'accessibilité signifie que vous souhaitez nous inclure – c'est un signal chaleureux, ça signifie que vous vous souciez et donnez de l'importance à notre bien-être et notre sécurité. L'accessibilité inclut (& n'est pas limitée à) : des rampes pour fauteuils roulants, des ascenseurs accessibles, des toilettes de genre neutre et accessibles, des événements près de lignes de bus, des espaces non-parfumés, des interprètes, des événements sensory-friendly (pas de lumière fluorescente, pas de pression à sociabiliser, calme, sans échos, etc.) du sous-titrage, des événements sans alcool & fumée, des canapés près de la piste de danse, des événements qui n'ont pas lieu trop tôt/tard dans la journée, des possibilités de garde d'enfants.

Comprenez le privilège intellectuel. Sachez que le QI a été utilisé comme un moyen oppressif de contrôle social & a été jadis mis en œuvre par les mouvements eugénistes. De plus, l'université s'approprie les luttes des groupes marginalisés. La résistance a commencé dans la rue avec les personnes handicapées, queer, trans, pauvres et racisées – les personnes qui subissent l'oppression à de nombreux nivaux. Accentuer l'intellectualisme (le privilège intellectuel) renforce l'idée que les gens devraient se conformer à une forme d'intelligence – c'est-à-dire, l'«intelligence» comme définie dans les milieux blancs, valides, élitistes, et universitaires. Prenez conscience qu'il existe de nombreuses formes d'intelligences et que les gens peuvent être magnifiques et remarquables quelle que soit leur intelligence perçue. Veillez à inclure toutes les personnes. Nous avons toustes de précieuses façons de contribuer.

Adopter différentes formes de communication: tout le monde ne peut ou ne veut pas communiquer verbalement. Certaines personnes préfèrent communiquer non-verbalement, certaines personnes communiquent avec leurs corps. Prenez en compte qu'il existe des gens qui ne veulent pas communiquer, toucher, ou s'engager socialement autant que vous. Cela ne signifie pas que nous sommes indifférent·es ou que nous ne vous aimons pas – ça signifie simplement que les façons dont nous nouons des liens ne vous sont peut-être pas familières. Essayez de ne pas faire d'interprétations concernant le contact visuel ou le langage corporel. Demandez toujours avant de toucher quelqu'un·e. N'imposez jamais de contact visuel. Valorisez les contributions des timides et des introverti·es – pas seulement des extraverti·es!

Éviter d'utiliser des stéréotypes pour parler du Handicap de quelqu'un·e. Par exemple, lorsque je dis aux gens que je suis autiste beaucoup de personnes pensent bien faire en mentionnant Temple Grandin, ou Rain Man. Les présupposés et les stéréotypes peuvent être blessants et offensants. Ne partez jamais du principe que c'est notre rôle de vous éduquer sur nos handicaps.

Évitez la question «Qu'est-ce que tu fais?». Prenez en compte que tout le monde ne peut pas trouver un emploi accessible. Les personnes qui n'ont pas de travail se sentent souvent rejetées par cette question. Beaucoup de gens affrontent du classisme et du validisme intériorisé parce qu'iels ne travaillent pas. Reconnaissez le privilège qui accompagne l'emploi – le lien social, le revenu plus élevé et parfois l'assurance santé. La plupart des personnes qui bénéficient d'allocations sociales ont de très faibles revenus. Les personnes qui bénéficient d'allocations sont souvent surveillées et pénalisées lorsqu'elles essayent de trouver un emploi accessible. Le simple fait que les gens bénéficient d'allocations en raison d'un handicap ne signifie pas qu'iels sont paresseuseux ou qu'iels manquent de motivation. Cela signifie que le système est ridiculement complexe et oppressif.

Déconstruisez les politiques du désir. Cela est entièrement nécessaire afin de construire des mouvements inclusifs. Les politiques du désir déterminent qui l'on inclut et qui l'on exclut. Les personnes qui sont le plus souvent «sur le devant de la scène» dans nos communautés bénéficient du privilège blanc, du privilège valide et du privilège de classe. Ces personnes s’intègrent plus facilement à la construction dominante de la désirabilité/beauté. Même s'il existe bien sûr des exceptions, nous devons constamment déconstruire les politiques du désir dans nos communautés afin de prendre conscience de qui nous excluons et déterminer si les personnes que nous excluons le sont parce qu'iels n'ont pas certains privilèges. En écrivant cela, je reconnais que je bénéficie aussi de certains privilèges qui me fournissent un plus grand accès à certains espaces et communautés*. Le revers de la désexualisation est la fétichisation/tokenisation qui n'est pas acceptable non plus. Les politiques du désir vont au delà de la question du «sexe» ou de la «sexualité» et concernent la façon dont on considère les gens en tant que personne à part entière.

Le désir est très complexe et il est aussi socialisé. Les plus «désirables» – souvent des personnes blanches, privilégiées par la classe, minces, cisgenres et valides sont inclues tandis que les personnes «moins désirables» (les personnes qui n'entrent pas dans la construction normative du désir) sont exclues. Les personnes handicapées sont encore souvent considérées comme des êtres non-sexuel·les. Classer tout un groupe comme non-sexuel le prive de son humanité. La désexualisation est une forme de déshumanisation et de violence culturelle.* Bien que le désir soit complexe, il est important d'identifier comment on nous a appris à juger qui est belle ou beau et qui ne l'est pas et comment ces critères de «beauté» sont utilisés pour créer des hiérarchies et opprimer celleux qui n'y correspondent pas. Les personnes handicapées, les personnes pauvres, les personnes non-binaires (au sein des communautés trans : les femmes trans sont exclues) & les personnes grosses sont fréquemment écartées des cercles sociaux & militants. Moins «désirable» est souvent synonyme de moins «cool/tendance». En tant que communauté nous devons déconstruire les façons dont nous nous aimons et créons des liens. Questionner les politiques du désir est crucial dans la création d'une culture d'inclusion.

*Pour plus d'information concernant la désexualisation dans le contexte des rencontres amoureuses, consultez [ tous les liens sont en anglais] Dating from the Margins: Desexualizing and Cultural Abuse”: 
https://gudbuytjane.wordpress.com/2011/10/13/dating-from-the-margins-1/.

Contrôler votre langage validiste. Pour des exemples de langage validiste (& pourquoi nous ne devrions pas l'utiliser) consultez ce blog: https://disabledfeminists.com/2009/10/12/ableist-word-profile-lame/.

Lutter contre les mentalités de «capital social». Le capital social renvoie à votre «position» dans la société. Il est le plus souvent associé à un privilège de classe. Les personnes qui ont le plus de privilèges de classe ont généralement accès à plus de pouvoir et de liens sociaux en raison de leurs privilèges. Les personnes handicapées sont souvent pauvres et isolées et ont donc moins de capital social. À cause de l'inaccessibilité, nous avons rarement accès aux espaces où les liens sociaux se forment. Nous devons travailler dur pour inclure les personnes qui n'ont pas accès aux espaces sociaux.

On nous a enseigné à toutes et tous que plus on a de liens sociaux, mieux c'est. Qui mettons-nous à l'écart lorsque nous créons des liens sociaux? Sur quoi sont fondés ces liens sociaux? Le capitalisme nous dit que plus nous nous entourons des personnes ayant le plus d'accès au «pouvoir» (comprenez: ressources, capital social) plus nous aurons de «pouvoir». Cette mentalité est oppressive, elle renforce la mentalité capitaliste et exclut les personnes les plus isolées et marginalisées de nos communautés.

Redéfinissez l'idée de «valeur». Les gens n'ont pas moins de valeur, ou ne sont pas moins important·es s'iels ne sont pas physiquement présent·es dans les mouvements militants. Cela signifie seulement que la société est inaccessible et parfois c'est impossible pour quelqu'un·e d'être physiquement présent·e. Nous pouvons toutes et tous travailler à corriger ça – avec des espaces accessibles et sans-parfums, en pensant au-delà de l'accessibilité physique, en offrant des trajets en voiture, en aidant à payer des tickets de transports. Nous pouvons redéfinir la «valeur» comme quelque chose d'inhérent – en considérant que nous avons de la valeur pour ce que nous sommes, pas ce que nous faisons. Cela aide à combattre le système de «valeur» capitaliste et oppressif. Nous pouvons travailler ensemble à construire des mouvements plus inclusifs.

 

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Source : Access Culture

Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.


Crédit image : Owen Davey