Être un·e patient·e en psychiatrie

Publié le

Être un·e patient·e en psychiatrie

Rae Unzicker

(1984)

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est être stigmatisé·e, ostracisé·e, sociabilisé·e, patronné·e, psychiatrisé·e.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est quand tout le monde contrôle ta vie sauf toi. Tu es surveillé·e par des psy, des assistant·es social·es, tes ami·es, ta famille. Et ensuite tu es diagnostiqué·e paranoïaque.


Être un·e patient·e en psychiatrie c'est vivre avec la menace et la possibilité constante d'être enfermé·e n'importe quand, pour presque n'importe quelle raison.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est vivre avec 82 balles par mois en chèque repas, ce qui ne te permet même pas d'acheter les Kleenex pour essuyer tes larmes. Et c'est voir ton psy revenir à son bureau après déjeuner, au volant d'une Mercedes Benz.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est prendre des médicaments qui engourdissent ton esprit, endorment tes sens, te font trembler et baver et après ça, prendre davantage de médicaments pour diminuer les «effets secondaires».

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est postuler à des emplois et mentir au sujet des derniers mois ou années parce que tu étais à l’hôpital, pour qu'ensuite tu n'obtiennes pas le job de toute façon vu que tu es un·e patient·e en psychiatrie. Être un·e patient·e en psychiatrie c'est n'avoir aucune valeur.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est ne jamais être pris·e au sérieux.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est habiter dans un ghetto, entouré·e par d'autres patient·e en psychiatrie qui sont aussi apeuré·es, affamé·es, fauché·es et qui s'ennuient autant que toi.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est regarder la télé et s'y voir représenté·e comme une personne violente, dangereuse, stupide, incompétente et folle.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est être une statistique.


Être un·e patient·e en psychiatrie c'est avoir une étiquette sur le dos, et cette étiquette ne s'en va jamais, une étiquette qui en dit peu sur ce que tu es et encore moins sur qui tu es.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est constamment éviter de dire ce que tu penses, mais en donnant l'impression que tu penses ce que tu dis.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est dire à ton psychiatre qu'il t'aide, même si ce n'est pas le cas.

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est agir comme si tu étais content·e lorsque tu es triste et comme si tu étais calme lorsque tu es en colère et devoir toujours te comporter de façon «appropriée».

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est participer à de stupides groupes qui se disent thérapeutiques. La musique n'est pas de la musique, c'est de la thérapie; le volley-ball n'est pas du sport, c'est de la thérapie; laver la vaisselle c'est de la thérapie. Même l'air que tu respires est thérapeutique et on appelle ça «le milieu».

Être un·e patient·e en psychiatrie c'est ne pas pouvoir mourir, alors que tu le souhaites – et ne pouvoir pleurer, être blessé·e, avoir peur, être vulnérable, ni rire trop fort – parce que si tu le fais, tu ne fais que prouver que tu n'es rien d'autre qu'un·e patient·e en psychiatrie, et c'est faux.

Et donc tu deviens une non-chose, dans un non-monde; or tu ne l'es pas.

                                                        ★ ★ ★

Source: The Antipsychiatry Coalition

Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc en permanence susceptible d'être modifiée.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :