Le Syndicat de patientEs psychiatriques, 1973

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Photographie d'un morceau de journal d'époque, représentant 3 personnes sous une baniière du Mental Patient Union, la description indique "Lewis Mantus and Madlib colleagues: "Everyone knows I'm mad". Fighting for madmen's rights.


Voici un texte qui donne des outils de compréhension sur la naissance du mouvement moderne des survivantEs de la psychiatrie, ses concepts clés, ses influences politiques fondatrices et le type d’actions menées à l’époque.

L
e Mental Patient Union, ou syndicat de patientEs psychiatriques, est l’une des toutes premières organisations du mouvement moderne des survivantEs de la psychiatrie. Ce syndicat naît d’une grève dans un hôpital de jour londonien, en 1973. « Grève », « syndicat », « autogestion », tous les outils classiques des luttes de la gauche radicale sont mobilisés. En effet, l’idée d’autogestion ne sort pas de nulle part, il s’agit d’une stratégie calquée sur les luttes de la gauche classique : les luttes ouvrières pour la prise de contrôle et l’autogestion des usines.

Plusieurs personnes à l’origine du syndicat sont d’ailleurs trotskystes. Iels affirment vouloir détruire la psychiatrie à travers une stratégie autogestionnaire : les patientEs psy se libéreront en prenant le contrôle du système qui les opprime, tout comme les ouvrièrEs se libéreront de leur exploitation en prenant le contrôle des usines. Le MPU, comme le feront d’autres groupes en France dans les années 70, tels que le GIA, transposera les stratégies marxistes classiques aux luttes de psychiatriséEs.


Le début d’autonomie des psychiatriséEs dans leurs luttes se fait par la prise de distance avec l’antipsychiatrie des années 60 portée principalement par des psychiatres bourgeois qui se contentaient de critiques idéalistes et superficielles : les "psychiatres antipsy" des années 60 visaient surtout à réformer leur pratique psychiatrique. Les psychiatriséEs des années 70 ne veulent plus se faire confisquer leur lutte par les gens qui ont le moins intérêt à voir disparaître la psychiatrie : les psychiatres.

L’approche marxiste sera d'une grande aide pour sortir de cette impasse, puisqu’iels justifieront leur prise d’autonomie en affirmant que ce n’est pas les belles idées des psychiatres qui les libéreront de la psychiatrie, mais la prise de pouvoir par les personnes qui ont directement intérêt à révolutionner les choses, les personnes qui de part leur situation matérielle ont le moins à perdre et le plus à gagner : les psychiatrisées et dans une certaine mesure, mais avec une place secondaire, le personnel prolétaire de la psychiatrie.


C'est à travers une lecture de classe que le mouvement moderne des survivantEs de la psychiatrie commencera à  gagner de l’autonomie par rapport aux psychiatres. Le manifeste du syndicat stipule sans détour : "les patientEs, dont la majorité appartiennent à la classe ouvrière, ainsi que les employéEs de l’hôpital et les infirmierEs sont les seulEs agentEs du changement révolutionnaire à l’intérieur de l’hôpital psychiatrique."

On voit que s’organiser en lien avec une partie du personnel n’est pas toujours le signe d’un manque de radicalité. Tout d’abord, ici ce lien n’empêche pas l’autonomie des psychiatriséEs à l’intérieur de ce syndicat, puisque le personnel de la psychiatrie ou du travail social ne peuvent pas en être membres à part entière et ny ont aucun droit de vote. De plus, ce genre d’alliance vise à attaquer la psychiatrie de l’intérieur, à construire une résistance et un contre pouvoir dans ces murs, afin d'éviter que les psychiatriséEs enferméEs et isoléEs ne soient entièrement livréEs à leur sort. Cela peut permettre par exemple d’imposer des réunions de psychiatriséEs dans l’institution, ou des visites de membres du syndicat aux patientEs qui le souhaitent. Malheureusement, si ce genre d'alliance a pu exister dans les années 70, c'est dans un contexte où il existait des soignantEs réellement révolutionnaires et critiques de leur fonction, ce qui actuellement est loin d'être le cas.

Quel que soit le bout par lequel on attaque le problème, le principe de la diversité des tactiques peut aussi s'appliquer aux luttes antipsy. Prises individuellement, aucune stratégie n'est suffisante ni parfaite, mais prises dans un stratégie globale visant l’abolition de la psychiatrie et du monde qui va avec, la diversité des tactiques ne fait qu'augmenter notre force collective. Et l'histoire des luttes contre la psychiatrie est d'une richesse dont on a aucun intérêt de se priver.

★★★

Au début des années 1970, le Mental Patients Union (MPU), que l’on peut traduire par Syndicat de Patient’es Psychiatriques, peut sans doute être considéré comme le premier mouvement de personnes psychiatrisées au Royaume-Uni. Andrew Roberts, membre fondateur, en a décrit la genèse :

"L'idée d'un Syndicat de patientEs psychiatriques a été développée pour la première fois par un petit groupe de patient’es et de sympathisant’es en décembre 1972. Un pamphlet a été rédigé – connu sous le nom de Fish Pamphlet (il avait une image de poisson se débattant au bout d’un hameçon sur la couverture) – qui était fortement marxiste dans son analyse. Son argument était que la psychiatrie constituait une forme de contrôle social des classes ouvrières dans un État capitaliste et que le psychiatre était le "grand prêtre" de la société technologique, exorcisant les "démons" de la détresse sociale par les électrochocs, la lobotomie et les médicaments. L'idée était que, de la même manière que les travailleuses et travailleurs formaient des syndicats, les patientEs psychiatriques avaient également besoin d'un syndicat pour défendre leurs droits contre l'oppression politique et le contrôle social.

Nous étions six à participer à la création du syndicat : Liz Durkin, Brian Douieb, Lesley Mitchell, Eric Irwin, moi et ma partenaire Valerie Argent, mais seulement Eric, Valerie et moi étions des patientEs. Valerie et moi nous sommes principalement concentré’es sur la formation du syndicat. Nous n'avons pas participé à l'analyse politique ni signé le Fish Pamphlet.

Le groupe prévoit de tenir sa première réunion publique à l'hôpital de jour de Paddington, où Liz avait été assistante sociale. Elle avait pris contact avec la presse pour promouvoir l’
idée d'un Syndicat de patientEs psychiatriques. L'idée du syndicat a attiré l'attention de l'émission Today de Radio 4 qui lui a demandé de venir en parler dans l'émission le matin de la réunion. Liz a réalisé qu'ils lui demandaient cela parce qu'elle était assistante sociale, mais lors d'un "conseil de guerre", nous avons décidé que nous ne participerions pas à l'émission à moins qu'iels n'acceptent d'interviewer unE patientE – et que nous ne leur donnerions aucune information sur la personne interviewée, pas même d’où elle vient. On avait en tête de s'aligner dans le studio et de dire : "Trouvez qui est cingléE." Il leur a fallu trois ou quatre heures pour nous appeler et accepter d'interviewer unE patientE. Iels ont eu besoin de temps pour y réfléchir.

Au final, j'étais la seule des trois personnes avec des problèmes de santé mentale à vouloir le faire. Au studio, tout était très courtois. La principale question de l'interview était : "Comment les patientEs pourraient-iels former un syndicat - s'iels sont malades, comment pourraient-iels prendre part à une telle chose ?" À l'époque, il était radical de suggérer que des personnes souffrant de problèmes de santé mentale puissent faire des choses ensemble en tant qu’association.

L
es réactions après la diffusion ont été extraordinaires. J'ai donné mon numéro de téléphone personnel à l'antenne et dès que l'interview a été diffusée, le téléphone s’est mis à sonner.

Nous n'avions réservé qu'une petite salle à l'hôpital pour la réunion du soir. Plus de 100 personnes sont arrivées et il n'y avait pas de place pour
tout le monde. C'était chaotique et on a fini par nous trouver une salle plus grande. Certaines personnes ont pris le Fish Pamphlet et demandaient si, pour adhérer au syndicat, elles devaient partager ses analyses. Nous leur avons répondu que non, que ce n'était que l'opinion d'un petit groupe.

Nous leur avons dit que le syndicat se battait pour la dignité des patientEs psychiatriques, pour pouvoir parler en notre nom et non pas
parler d'"eux", car, à l'époque, si vous étiez dans un groupe et que le sujet des patientEs psychiatriques était abordé, tout le monde supposait que vous ne pouviez pas en être un’eon parlait d'"eux", pas de "nous".

Andrew Roberts est membre du comité de gestion du
Survivor History Group.

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Les revendications du Mental Patient Union extraites de la Déclaration d’Intentions d’Avril 1973

Nous exigeons

  1. L’abolition des traitements forcés, c’est-à-dire que les patientEs aient le droit effectif de refuser tout traitement spécifique.

  1. L’abolition du droit des autorités à traiter des patientEs lorsque leur famille ou leurs amiEs les plus porches s’y opposent, sauf s’il est clairement établi que c’est de sa propre volonté que le ou la patientE désire être traitéE.

  1. L’abolition des traitements psychiatriques irréversibles (électrochocs, chirurgie du cerveau, drogues spécifiques)

  1. Des critères plus stricts pour le contrôle préalable des "traitements", avant qu’on les utilise sur nous.

  1. Que les patientEs soient prévenuEs lorsque leur traitement en est au stade expérimental ; qu’iels aient le droit effectif de refuser de servir de cobaye.

  1. Qu’on dise aux patientEs quels traitements iels reçoivent, et quels en sont les effets à long terme.

  1. L’abolition du traitement par l’isolement ( incarcération dans des chambres séparées, cellules capitonnées, etc.)

  1. Le droit pour touTEs patientEs de consulter son dossier médical et de faire appel en justice sur son contenu et ses conséquences.

  1. Que les autorités n’aient en aucun cas le droit de se débarrasser d’unE patientE contre sa volonté, sous prétexte qu’iel refuse son traitement ou pour quelque autre raison.

  1. Que toutE patientE qui pense pouvoir être aidé par un traitement puisse le recevoir, quel qu’il soit.

  1. Que les autorités locales assurent le logement des patientEs qui souhaitent quitter l’hôpital et qu’iels reçoivent des indemnités de sécurité sociale convenables. Nous soutiendrons dans cette lutte toutE patientE ou ex-patientE, ainsi que toute personne courant le risque de devenir unE patientE psychiatrique par manque d’aménagement, de soutien financier, en raison de pressions sociales, etc.

  1. L’abolition du placement d’office.

  1. Que cesse l’usage inconsidéré du terme de "débilité mentale". Nous sommes décidéEs à combattre celles et ceux qui condamnent des gens comme "débiles mentaux", faute d’un effort réel et effectif pour résoudre ce problème par une compréhension et une aide sociale actives.

  1. L’abolition du concept de "psychopathe" comme catégorie légale ou médicale.

  1. Le droit pour les patientEs de conserver leurs vêtements personnels à l’hôpital et de mettre en sûreté ce qui leur appartient, sans intervention du personnel hospitalier.

  1. L’abolition du travail forcé à l’hôpital comme à l’extérieur et l’abolition du droit pour l’hôpital de confisquer et contrôler l’argent des patientEs.

  1. Le droit pour les patientEs d’adhérer au syndicat de leur choix et d’en être membre à part entière.

  1. Qu’on les paie au tarif syndical pour les travaux qu’iels effectuent là où ce tarif n’est pas encore appliqué.

  1. Que les patientEs disposent d’une salle pour s’entretenir en privé avec d’autres personnes de l’un ou l’autre sexe, selon leur propre choix.

  1. L’abolition de la censure qu’exercent les autorités hospitalières sur les relations des patientEs avec le monde extérieur, en particulier l’abolition de la censure sur les communications téléphoniques et le courrier.

  1. Nous exigeons l’abolition de tout pouvoir des autorités hospitalière à limiter le droit de visite des patientEs.

  2. Le droit pour les représentantEs du Mental Patient Union d’inspecter tout ce qui fait partie des hôpitaux et des institutions analogues.

  1. Nous nions l’existence d’une maladie mentale "incurable" et exigeons le droit d’enquêter sur la situation de toutE patientE internéE qui croit être traitéE comme incurable.

  1. Nous exigeons que chaque patientE ou ex-patientE à une contre-expertise gratuite par un psychiatre de son choix ou choisi par des représentantEs du MPU, s’iel n’est pas d’accord avec le diagnostic, ainsi que le droit effectif à une procédure d’appel pour toutEs patientEs ou ex-patientEs.

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Un autre membre fondateur du MPU, Joan Hughes, revient sur l'histoire du groupe :
"En Angleterre, vers 1972, quelques groupes de patient
Es psychiatriques et de personnel de santé mentale sympathisant ont commencé à faire des commentaires politiques sur leur situation sociale. En effet, un grand nombre de patientEs psychiatriques étaient privéEs de droit civique – par exemple, même le droit de vote était supprimé pour les patientEs n'ayant aucune adresse en dehors d'une institution.

HÔPITAL DE JOUR DE PADDINGTON
Le premier groupe dont j'ai entendu parler était un groupe de patientEs fréquentant l'hôpital de jour de Paddington, dans l'ouest de Londres. Cet établissement avait la réputation d'utiliser des méthodes de traitement progressives, notamment la psychothérapie. Les autorités nationales de santé voulaient le fermer.

Des réunions et des discussions ont eu lieu entre les patient
Es et la protestation contre la fermeture a été couronnée de succès. L'hôpital de jour de Paddington est resté ouvert.

THE FISH PAMPHLET
Eric Irwin était l'un des patientEs de l'hôpital de jour de Paddington. Lui et trois professionnelLEs, Liz Durkin, Lesley Mitchell et Brian Douieb, pensaient qu'il était nécessaire de créer une organisation de patientEs. Iels se sont réuniEs pour rédiger une brochure intitulée "The Case for a Mental Patients Union". Plus tard, iels ont été rejoints par deux autres patientEs, Andrew et Valerie Roberts.

Ce groupe est appelé le comité pilote pour un
syndicat de patientEs psychiatriques. La brochure est souvent appelée "The Fish Pamphlet" (le pamphlet du poisson) parce que la couverture comporte l'image d'un poisson au bout d’un hameçon. L’idée était d'illustrer comment le comportement d'une personne souffrant de maladie mentale peut sembler fou, mais qu'il s'agit en fait d'une tentative de se délivrer de ses problèmes.

LE SYNDICAT DE PATIENTES PSYCHIATRIQUES
Une grande réunion pour discuter de la formation d'un syndicat de patientEs psychiatriques s’est tenue dans la soirée du mercredi 21 mars 1973. Environ 100 personnes ont assisté à cette réunion à l'hôpital de jour de Paddington. La majorité était des patientEs ou d'ex-patientEs. La plupart vivaient à Londres.

Il s'est avéré que ce n'était pas le premier syndicat de patientEs psychiatriques. Des personnes venues ont annoncé avoir déjà formé le Scottish Union of Mental Patients. Des personnes présentes avaient tenté de former un syndicat à Oxford et un message a été reçu d'un autre groupe de Leeds.

The national Mental Patients Union (syndicat national des patientEs psychiatriques) a été créé, dont ne pouvaient être membre à part entière que les patientEs et ex-patientEs.

DÉCLARATION D’INTENTION DU MENTAL PATIENT UNION
Le contenu du Fish Pamphlet a fait l'objet de nombreuses discussions. Beaucoup de patientEs étaient opposéEs à l’usage d'idées marxistes. Il a été décidé que le Fish Pamphlet pourrait être distribué par l
e Mental Patient Union, mais ne serait pas une publication du MPU. La politique du syndicat serait rédigée de manière indépendante et ferait l'objet d'un vote lors de réunions où seuls les patientEs et ex-patientEs auraient le droit de vote. Ce document s'appelait la Déclaration d'intention du MPU. Elle commence ainsi :
« Nous proclamons la dignité de
ce que notre société appelle des "malades mentaux". Nous contestons la pratique psychiatrique répressive et ses concepts mal définis de "maladie mentale" ».

REVENDICATIONS
La déclaration contenait des revendications. Certaines revendications étaient modérées. Par exemple, le droit de recevoir des lettres privées qui ne soient pas ouvertes par le personnel. D'autres constituaient des objectifs à long terme. Par exemple, l'abolition à terme des hôpitaux psychiatriques. Certaines étaient inapplicables. Par exemple, le droit d'être représentéE par unE membre du MPU dans les tribunaux de santé mentale. Ce droit n'était pas applicable, car il n'y avait pas assez de membres du MPU disponibles pour être représentantEs. Les revendications les plus controversées semblaient être le droit de refuser certaines formes de traitement, comme les électrochocs et les médicaments.

SCOTTISH UNION OF MENTAL PATIENTS
Comme je l'ai dit, lorsque le MPU a été créée au niveau national, on a découvert que des syndicats de patientEs avaient déjà été créés dans différentes parties du pays. Le SUMP, le Scottish Union of Mental Patients, a été créée en 1972 par Tommie Ritchie et Robin Farqhuarson. Il s'agit du premier syndicat de patientEs psychiatriques au Royaume-Uni dont nous ayons des traces écrites. Tommy et Robin ont tous deux contribué à la création de la MPU nationale en 1973.

GROUPES OUBLIÉS
Nous savons qu'une grande partie de l'histoire est oubliée ou ne laisse pas de trace. L'un des objectifs d'un collectif de recherche en histoire devrait être de retracer les activités des patientEs dans différentes parties du pays avant et après le lancement public du mouvement des patientEs psychiatriques en 1973.

AU NIVEAU NATIONAL
Après 1973, des syndicats de patientEs psychiatriques ont été créés dans de nombreuses régions du pays. Le MPU de Hackney a fait office de centre de coordination pendant quelques années. Certains groupes, comme le West London MPU, étaient très petits, d'autres comptaient énormément de membres. Certains opéraient dans les hôpitaux psychiatriques, d'autres en dehors. Deux (Hackney et Manchester) géraient des maisons pour des membres. Parfois, un syndicat dans un hôpital était lié à un syndicat à l'extérieur. C'était le cas à Hackney, où les patientEs de l'hôpital ont créé leur propre syndicat avec le soutien du MPU de Mayola Road. Le Hackney Hospital MPU a peut-être été le premier syndicat hospitalier à être reconnu par les autorités hospitalières.

Une Fédération des syndicats de patientEs psychiatriques a été créée lors de la conférence de Manchester en 1974.

Les syndicats de patients psychiatriques n'avaient pas tous la même déclaration d'intention. Les groupes étaient libres de sélectionner leurs propres revendications à partir de la déclaration initiale, et d'ajouter celles qu’ils souhaitaient. Les principales archives de la Mental Patients Union sont celles conservées par Hackney. Cela signifie qu'une grande partie de l'histoire locale doit encore être reconstituée – y compris l'histoire des groupes MPU en dehors de Hackney qui ont continué après la fermeture du MPU de Hackney. Un groupe, le MPU de Dundee est censé avoir perduré jusque dans les années 1990. Bien qu'il ait changé de nom.

LE MPU DE HACKNEY
À Hackney, il y
avait deux MPU autonomes qui travaillaient ensemble. Bien que j'aie été, à un moment donné, un patient de l'hôpital de Hackney, le groupe auquel j'appartenais était le MPU de Mayola Road. Je vivais chez Robin Farquharson et j'ai été, à un moment donné, le trésorier du syndicat et, à d'autres moments, son secrétaire.

Pour autant que je sache, aucun
syndicat de patientEs psychiatriques n'a jamais reçu de fonds publics. Le MPU de Hackney était financée par les dons de patientEs et d'ex-patientEs, par certainEs membres associéEs et par les loyers que payaient celleux d'entre nous qui vivaient dans les maisons.

Les membres associé
Es étaient généralement des professionnelLEs du travail social et des services de santé sympathisantEs. Il y en avait très peu et, lorsque j'étais actif, l’ensemble des membres en activité étaient des patientEs ou des ex-patientEs. ToutE patientE ou ex-patientE pouvait assister et voter à nos réunions. Avant qu’une nouvelle personne ne participe, les membres à part entière présentEs devaient donner leur accord.

Sans financement et en comptant entièrement sur nos propres ressources, nous avons
pu fournir des services. Nous avons géré la Robin Farquharson House à Mayola Road pendant trois ans. Cette maison était divisée en chambres individuelles qui étaient entièrement sous le contrôle des résidentEs, mais elle disposait également d'un bureau qui servait de centre d'accueil en cas d'urgence. Nous recevions souvent des personnes qui traversaient une crise et qui étaient soutenues par d'autres résidentEs. Nous aidions et conseillions également les gens par téléphone et par lettre, et des gens venaient de tout le pays et même de l'étranger pour nous rendre visite.

Nous avons créé deux autres maisons à Woodford pour accueillir des personnes et, après un certain temps, elles sont se sont autogérées.

LES MPU DE COPE ET DE WEST LONDON
COPE, Community Organisation for Psychiatric Emergencies (organisation communautaire pour les urgences psychiatriques), fonctionnait dans l'ouest de Londres en même temps que le MPU. CertainEs de ses membres étaient des patientEs, d'autres non. Ce groupe gérait un centre de crise, publiait un magazine et essayait également de fournir des logements à court terme. COPE a servi de base au "West London MPU" d'Eric Irwin. De nombreuses personnes l'y ont rencontré. L'une de ces personnes était Julian Barnett, le fondateur de PROMPT, Protection of the Rights of Mental Patients in Therapy (protection des droits des patientEs psychiatriques en thérapie).

MÉDICAMENTS PSYCHIATRIQUES
J'ai rejoint le MPU peu après sa création. J'ai participé à de nombreuses activités, mais, en raison de mon expérience, je me suis particulièrement intéressée aux effets secondaires des médicaments psychiatriques. En octobre 1975, j'étais l'une des trois personnes à l’origine de la publication d’un Répertoire des effets secondaires des médicaments psychiatriques. En tant que chimiste analyste, j'ai pu apporter une aide précieuse sur le plan scientifique, notamment pour la lecture et la compréhension des rapports. À l'époque, je m'appelais Joan Martin. Les deux autres étaient Andrew Roberts et Chris Hill, qui ont tapé le répertoire.

MON EXPÉRIENCE
Permettez-moi de vous parler d'abord de mon expérience des
médicaments psychiatriques et de pourquoi il est si important que les personnes qui en prennent soient bien informées de leurs effets.

Un jour de 1969, j'ai rendu visite à ma médecin généraliste pour lui parler de ma dépression. Elle m'a dit qu'elle pouvait me donner une injection qui me ferait sentir bientôt mieux. Elle m’a dit que le médicament s’appelait le "Modecate", je n’en avais jamais entendu parlé. J'ai reçu cette injection, je suis rentré chez moi, puis je suis allé voir un film au cinéma. Au milieu du film, je ne me suis pas sentie endormie, mais incroyablement déprimée. Le monde se dérobait sous mes yeux. Tout ce qui se passait autour de moi semblait se dérouler dans un autre monde, avec lequel je n'avais aucun lien.

Pendant les deux années suivantes, je n'ai entrepris aucune activité par moi-même. Je vivais dans un monde d'ombres que je ne suis pas capable de décrire. Je pouvais observer ce que les gens faisaient, mais pas agir par moi-même, sauf de manière désespérée, ce qui a rapidement conduit à mon entrée à l'hôpital psychiatrique de Rubery Hill.

Je ne suis pas contre les médecins. C'est un médecin qui m'a débarrassé des médicaments et m'a rendu la santé. Je suis entré à l'hôpital Goodmayes le 1er novembre 1971, après avoir fait une overdose. On a arrêté mon traitement et le premier jour où j'ai commencé à me sentir mieux, c'était le 29 novembre 1971. Quelques années plus tard, j'ai raconté à un médecin de l'hôpital de Hackney :
"Je sais que les médicaments ne me font aucun bien. Et le MPU n'est pas contre les médecins. À l'hôpital Goodmayes, il y avait un certain Dr Abrahamson. Il devait s’agir d’un bon médecin, car il a arrêté mon traitement, et après deux ans de maladie chronique, je me suis soudainement rétablie."

EFFETS SECONDAIRES
Lorsque le MPU a été créé, de nombreux médecins niaient que les médicaments psychiatriques avaient des effets secondaires graves. Il existe également des médicaments qui sont aujourd'hui considérés comme créant une dangereuse dépendance et dont les médecins disaient alors qu'ils étaient totalement inoffensifs.

Nous avons publié un feuillet énumérant les principaux médicaments psychiatriques et leurs effets secondaires, et ce quasiment depuis la création du MPU. Certaines personnes pensaient que cette liste était fondée sur les retours des patientEs. Mais elle était fondée sur les rapports officiels sur les médicaments. Nous avons pris soin de ne pas faire de sensationnalisme, en expliquant que les effets secondaires ne se produisaient pas systématiquement. La liste était destinée à éviter que les gens ne rejettent la faute sur leur maladie s'iels souffraient d'un des effets secondaires.

Nous
trouvions que c'était très raisonnable – mais beaucoup de gens étaient très en colère contre ça. Mind l'a republié dans le premier numéro de son magazine Consumers, mais en oubliant d'inclure l'avertissement disant qu’il s'agissait seulement d'une liste d'effets susceptibles de se produire. Cela a provoqué un grand débat dans leur courrier des lecteurs et lectrices.

Le répertoire des effets secondaires faisait huit pages. Nous l'avons
documenté avec soin, et l'avons divisé par types de médicaments, afin que les gens ne soient pas perduEs dans les différents noms. À cette époque, MIND était effrayé à l'idée de mentionner les effets secondaires, mais le répertoire a reçu de bonnes critiques de certains journaux médicaux. De nombreuses compagnies pharmaceutiques nous ont acheté des copies. Nous leur facturions un supplément.

Les commandes du répertoire sur les médicaments ont rapidement dépassé l'offre et j'ai continué à le réimprimer pendant plusieurs années, je l'ai même révisé. Il est aujourd'hui, bien sûr, définitivement obsolète.

FIN
Le MPU de Hackney a fermé en 1976. Les membres qui vivaient dans la maison ont déménagé dans deux nouvelles maisons. L'une d'entre elles a été gérée par Matthew O'Hara jusqu'à sa mort en juin 1980. Le Matthew O'Hara Committee : for Civil Liberties and Community Care a été créé en sa mémoire.

Jai [Joan Hughes] vécu, avec d'autres membres, dans l'autre maison (qui existe toujours). Nous avons gardé la même ligne téléphonique et avons continué à répondre aux appels du syndicat et à correspondre avec les personnes qui nous écrivaient. Des membres actifs du mouvement au Royaume-Uni, en Europe et en Amérique séjournaient fréquemment chez nous. L'une de ces personnes était Judi Chamberlin, une patiente militante nord-américaine. Lorsqu'elle a été invitée au Congrès mondial de santé mentale à Brighton en juin 1985, elle a été choquée de constater qu'aucunE militantE du Royaume-Uni n'était invitéE - mais elle a travaillé avec celleux qui sont venuEs sans invitation.

PROMPT
PROMPT (Protection of the Rights of Mental Patients in Therapy) a été créé en 1976. Il ne s'agissait pas d'un groupe de patientEs, bien que plusieurs patientEs et ex-patientEs l'aient rejoint. Eric Irwin du MPU de West London était l'un de ses membres les plus actifs. Le groupe utilisait le logo de la MPU et réimprimait de nombreuses publications de la MPU, avec des ajouts de son cru.

PROMPT n'a pas
tenté de fournir des logements ou de créer des groupes dans les hôpitaux. Son activité a consister à ouvrir un service de conseil téléphonique pour les patientEs et ex-patientEs en difficulté, insatisfaitEs de leur traitement ou de leurs conditions de vie. Ce groupe a également accordé une attention considérable aux campagnes sur des questions spécifiques telles que l'abolition des éléctrochocs."

Pour plus d'informations sur le MPU, voir :
http://studymore.org.uk/mpu.htm

L
e Mental Patient Union a évolué au cours des années 1970 jusqu’à devenir PROMPT (People for the Rights of Mental Patients in Treatment), qui s'est finalement transformé en CAPO (Campaign Against Psychiatric Oppression) au début des années 1980. CAPO a ensuite publié un manifeste fondamental qui est encore considéré par beaucoup comme une source d'inspiration.

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Source : Past Tense

Traduit de l'anglais. Cette traduction est participative et D.I.Y., toute personne peut proposer des améliorations, cette version est donc susceptible d'être modifiée.