Soutien psy alternatif : le groupe Psy psy

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Détail de la couverture de la brochure. Au centre le titre : Psy psy. Tout autour des illustrations en noir et blanc, des traits simples représentant des yeux, une personne aux cheveux longs recroquevillée, une fleur et ses racines, une maison, des mains qui se serrent et un visage souriant

 

Une brochure et une émission de radio pour découvrir Psy psy, un groupe de soutien auprès de personnes en souffrance psychique constitué de non-professionnel·les et habitant·es du plateau de Millevaches (Montagne Limousine). Ce groupe s’est formé après une rencontre intitulée "Trois jours autour des souffrances psychiques" qui était organisée en 2011 par Pivoine, une association d’éducation populaire de la région.

L’initiative se voulait une occasion de faire se rencontrer des gens de sensibilités différentes : "des professionnel·le·s de la santé qui sont dans l’institution de manière très classique", "des gens du réseau anti-psy", ainsi que des "habitant·e·s du Plateau de Millevaches qui étaient soit concerné·e·s par ces questions, soit proches de gens qui allaient mal et avaient envie de questionner ça."

Ce groupe présente une démarche pragmatique, au plus près de ce qui est leur est apparu possible d’organiser à l’échelle locale pour faire du soutien psy, tout en cherchant à sortir des logiques individualistes et libérales. Cette brochure est un partage précieux d’expérience qui aide à imaginer comment faire autrement pour soutenir une personne dont la souffrance psychique l’empêche de vivre.

Si cette démarche nous semble encourageante, ce partage d’expérience est aussi l’occasion de formuler quelques critiques amicales.

La principale étant que cette forme de soutien psy alternatif semble exclure d’emblée les personnes qui en ont le plus besoin, à savoir les fols. En effet, les personnes qui expriment une envie de mourir ne sont pas prises en charge et les personnes considérées comme "délirantes" "psychotiques" ou "schizophrènes" semblent le plus souvent être écartées de ce réseau alternatif et laissées aux mains de l’institution psychiatrique. C’est typiquement le genre de problème qui arrive lorsque des démarches de « soins » ne sont pas menées par et pour les personnes les plus directement concernées par les violences du système de "soins" actuel. La plupart des valides, même parmi les mieux intentionné'es, sont toujours profondément convaincu'es que les fols sont "ingérables" et incapables de s’auto-organiser. Ce jugement psychophobe agit comme une prophétie autoréalisatrice puisque le manque de solidarité qui va avec complique de fait grandement l’auto-organisation des psychiatrisé'es.

Si nous trouvons que cette initiative reste très intéressante, nous ne partageons pas les mêmes priorités. Nous espérons que les personnes qui portent ce projet ont conscience du problème, sans quoi, en plus de ne pas changer grand-chose à la vie des personnes qui subissent le plus de violences psychiatriques et validistes, elle comporterait le risque de renforcer les hiérarchies déjà à l’œuvre dans la société actuelle : d’un côté les bons malades qui sont "réparables" et qui méritent qu’on se soucie vraiment de leur "santé mentale" et de l’autre les fols dangereuseux irrécupérables dont il faut seulement se protéger en les excluant derrière les murs de l’institution ou de l’indifférence.

La deuxième critique porte sur le manque de recul critique sur la psychanalyse, dont l’idéologie corporatiste est ici reprise telle quelle, notamment la fameuse idée qu’au sein de la psychiatrie, la psychanalyse se distinguerait nettement des autres écoles, car contrairement aux autres elle irait "au fond des choses", sans chercher à nous adapter au monde tel qu’il est. C’est juste tellement faux. La psychanalyse ayant eu un rôle particulièrement central dans le système psychiatrique français, c’est toujours surprenant de voir le manque de conscience politique sur ses réelles assises idéologiques. Il serait temps qu’une idéologie qui a à ce point contribué à reproduire l’ordre établi et à conforter le conservatisme, en légitimant les structures sociales bourgeoises, patriarcales, racistes et validistes cesse d'être à ce point encensée par des gauchistes.

Ça peut sembler très abstrait comme critique, sauf que ce genre d’impensé empêche une véritable remise en question de l'idéologie libérale dans le soin psy et nous éloigne ainsi d'une réelle prise en compte des conséquences psychiques des violences induites par l’organisation sociale. Cela a des conséquences très concrètes, puisque ça déterminera notamment vers qui ira, ou n’ira pas, notre solidarité.

C'est sûr que plus une personne est exploitée et opprimée, moins elle sera en mesure de résoudre ces problèmes psy par un travail sur soi, la plupart d'entre nous ne pourront jamais se passer d'un rapport de force et d'une solidarité collective qui seules permettent d'espérer une modification de nos conditions matérielles d’existence. Même si des formes de soutien individuel et collectif devraient pouvoir coexister, ce n'est certainement pas en idéalisant la psychanalyse qu'on arrivera à un juste équilibre entre l'individuel et le collectif.

Ceci étant, ces critiques se veulent constructives, il ne s’agit certainement pas de jeter la pierre à ce réseau alternatif, qui a le mérite d’exister et de faire ce qu’iels se sentent capables de faire. C’est déjà largement mieux que rien. L’objectif ici n’est pas de décourager les expériences alternatives, mais au contraire de proposer des pistes pour améliorer nos pratiques collectives. Merci à ce collectif et à ces imperfections d’exister, en espérant que ça inspire d’autres gens pour lancer leurs propres initiatives toujours plus ambitieuses.

Voici la brochure :

 

Vous pouvez aussi streamez l’émission radio qui présente brièvement l’initiative : "Quand quelqu'un est à terre, tu le relèves"

Publié dans Outils pratiques

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