Xb24 journal d'un sevrage"

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Page de couverture du zine en noir et blanc : Xb24. "Le sens de la vie". Septembre 2021. Journal d'un sevrage. La couverture est ornée de graphisme.

 

Voici un zine sur le thème du sevrage et de la psychiatrie, somptueusement écrit et dessiné par Jaja.

Si tu souhaites partager ta propre expérience ou simplement réagir n'hésite pas à lui écrire à cette adresse : j_net42000@hotmail.fr

L'usage de drogue est largement évoqué, alors si c'est un thème qui pourrait te remuer, prends peut-être le temps de lire tout ça à ton rythme et dans un contexte favorable.

Les 1ères pages du zine sont retranscrites plus bas, pour donner un aperçu du contenu.

Et pour télécharger le zine complet, clique sur le lien juste ici:

★★★

 

Je suis toxicomane, appelez-moi addict, junky, malade.

Je sens en moi l’addiction comme un flux perpétuel de demande
de récompense et de consommation.

Je suis celle qui souffre dans l’attente du produit.
Je suis celle dont la quête n’a pas de fin.

Le retour à l'état initial (avant la pathologie) est improbable.
Vavassori, 2003

Je me reconstruis sur des cendres.
Car chaque prise me consume un peu plus.

Je suis prise dans un cycle infernal d’auto-destruction.

J’ai voulu m’échapper, faire de l’horizon l’axe vertical.


Je continue, j’en meurs et si j’arrête, j’en souffre à mourir.
Vavassori, 2003


J’aime l’absolu.

Pas d’Aube entre le jour et la nuit.

J’aime le plaisir ultime, l’orgasme en solitaire, je comble le vide.

Chercher l’inaccessible, vouloir voler alors que je suis entravée.

J’éprouve mon corps. Il résiste, il se transforme,
il s’est construit ainsi.

J'ai eu le sentiment de mourir pour renaître aussitôt.

Le voyage dure une vie entière, puis l’on se réveille,
quelques minutes à peine sont passées.

Lorsqu’on décolle, expérience de mort imminente, seuls la peau
et le contact du sol sont un rappel au monde.

Il y a cet au-delà. Mais qu’en est-il de la confiance en soi ?
Il y a cet·te autre en nous dont on doit faire le deuil.

Il y a la lucidité, cette étrangère dont la violence
nous frappe de plein fouet.

Je veux guérir. À présent, les secondes sont déserts.


Sortir du prisme. Je me sens comme une enfant à la fête foraine
dans un labyrinthe de miroirs.

Confrontée à mon image.

Dans mes voyages, j’ai trouvé un sens à la vie.
Lors de mes redescentes, je l’ai oublié.

Je rêve de petites enveloppes, origami contenant tout un univers.

Suis-je bipolaire ? Suis-je borderline ? Suis-je une toxicomane ?

Avant tout, je suis moi et obligée de l’être.

Aux yeux du monde je suis une femme, donc je devrais être une mère :
pas une toxicomane.

Est-ce la pathologie psychiatrique ou le trouble de la personnalité qui m’ont menée à l’addiction ? Ou est-ce l’inverse ?

Les deux semblent être intrinsèquement mêlé·es. Comme le lierre à la pierre, de cette vieille ruine qu’est mon corps.

S’en sortir, ce long cheminement, celui d’une vie dont on n’a plus le contrôle.

Une guerre civile intérieure  dit Michelle Hautefeuille.

L’addiction est [•••] une maladie mais elle n’est pas que cela : elle est aussi l’expression d’une difficulté sociale et d’un questionnement singulier.

La drogue entretient un rapport intime et ambigu au remède dont elle est le pendant hors de l’institut médical.

Couteron, 2006


Elle est donc inacceptable aux yeux de la société.

C’est bel et bien un processus hygiéniste qui a mené la toxicomanie à devenir marginale. N’est il pas normal de chercher à me soigner et à apaiser mes douleurs ?

Seule, je navigue en eaux troubles, entre plaisir et souffrance, comme dans un refus du monde, une socialisation paradoxale..

Que veut dire
sortir s’il s’agit de revenir à un environnement que l’on a fui, d’où on s’est senti·e exclu·e, qui inspire la crainte et aucun désir ?

Sortir d'une addiction, c’est revenir au monde. Et revenir au monde, c’est se poser la question de la place qu’on peut y trouver. Chacun son trajet, sa trajectoire. Mais pour ça faut-il encore que le monde soit attractif,
désirable.

Je serai en ce monde. Même si par l’imaginaire, je m’en échappe.
Je me lâcherai, le transformerai de mon regard, de mes actes.
Je m’éveillerai de mes songes.

La condition humaine est tout à la fois un scandale et un bonheur… et de la condition humaine, on ne guérit pas ...

Couteron, 2006

Illustration en noir et blanc. En bas un visage, de la bouche se dégage des volutes de fumée dans lequelles sont mélés des gueules de monstres ou de chien, et des masques de théâtres. Au milieu l'inscription : "La vie, papillon sans poudre, les rêves, poudre sans papillon "

 

Illustration en noir et blanc. Collage de dessin, de typographies et de morceaux de papiers avec des jeux type mots croisés imprimés dessus. En haut l'inscription : "Le coeur au bord du gouffre - le gouffr aspire le coeur". Au milieu le dessin d'un coeur sur un radeau de fortune avec un baluchon et un drapeau de pirate

 

Illustration en noire et blanc, un regard aux yeux grands ouverts en gros plan, entouré d'un ruban tortueux.

 

Pour ne pas déranger le monde, endormie à mes peines, j’ai usé des
carnets.

Pour nous parler, alors que je me lovais dans le silence, nous nous sommes écrit.

Se relire c’est replonger dans sa propre histoire – la plus intime – c’est y sauter à pieds joints,
comme dans une flaque : le passé nous éclabousse.

(...)

La suite est dans le zine !

Publié dans Témoignages, "addictions"

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